L’autre 14 juillet

Mexico-Istanbul-Strasbourg-Paris. Quatre billets en un. Un fil conducteur : les Droits humains. Les victimes : des enseignants, des enfants et des étudiants. Une urgence : la mobilisation citoyenne.

Mexico-Istanbul-Strasbourg-Paris. Quatre billets en un. Un fil conducteur : les Droits humains. Les victimes : des enseignants, des enfants et des étudiants. Une urgence : la mobilisation citoyenne.

Pas d’analyse, ni de longue argumentation pour ce billet, mais une invitation à des actes, des engagements concrets. Des honneurs scandaleux rendus ce jour par la France à un président mexicain complice de meurtres à un projet de loi qui institue la délation obligatoire des fonctionnaires contre les étrangers, le gouvernement dit "socialiste" bafoue un peu plus chaque jour nos libertés fondamentales et les principes et valeurs de notre République.

 

1. La France arme le Mexique et snobe les droits humains. Lire aussi cet article. 14 juillet de 14h à 16h il faut être Fontaine des Innocents à Paris, métro Châtelet :

https://paris-luttes.info/l-autre-14-juillet-les-43-d-3583

L’autre 14 juillet : les 43 d’Ayotzinapa à l’honneur !

Rassemblement du 14 juillet de 14h à 16h à la Fontaine des Innocents, métro Châtelet, appelé par le Collectif de solidarité avec Ayotzinapa Paris.

En faisant du président mexicain, Enrique Peña Nieto, son hôte d’honneur, François Hollande fait de la fête nationale celle de l’honneur au militarisme au détriment des droits humains.

Nous ne pouvons pas cautionner, comme le fait François Hollande avec son invitation, le meurtre de 3 étudiants innocents et la disparition forcée de 43 autres au Mexique. Nous ne pouvons surtout pas OUBLIER les dizaines de milliers de victimes de la violence d’État dans ce pays.

Donnons une voix à ceux qui n’en ont plus ! Donnons-leur une place dans leur fête de la liberté !

RENDEZ-VOUS A LA FONTAINE DES INNOCENTS

Pour TOUTES nos sœurs, victimes innocentes de feminicide au Mexique !!!

Pour TOUS nos frères et sœurs DISPARU(e)S, TORTURÉES, ASSASSINÉES,

Pour TOUS nos journalistes réprimées, menacés et assassinés,

Pour TOUS nos frères et sœurs tombés sous la guerre sale, sous les ordres de paramilitaires, militaires, police fédéral, police estatal et municipale, sous les balles et l’extorsion du narco-trafique,

POUR TOUS LES MIGRANTS qui perdent leur vie sur les voies du chemin de fer de La Bestia,

Pour TOUS les peuples autonomes, en lutte,

POUR LES 43 ÉTUDIANTS D’AYOTZINAPA,

POUR LA VIE,

POUR LES INNOCENTS D’ICI ET D’AILLEURS !

Soyons nombreux !!!


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2. Reçu hier, de Pinar Selek, cette action de soutien à une professeure de littérature turque du Lycée français d'Istanbul, licenciée pour son engagement contre les violences masculines :

Melike Koçak, féministe et professeure de littérature turque au lycée français Notre Dame de Sion d'Istanbul depuis 5 ans, a appris le 29 juin 2015 que son contrat n'a pas été renouvelé pour l’année prochaine. Le motif de sa mise à l’écart est scandaleux : 

Ses élèves ont publié des articles et des poèmes sur la violence masculine dans leur  fanzine indépendant "Tavuskuşu" (le paon) et selon la direction c'est Koçak qui influence la radicalité des propos féministes des élèves.

Nous, féministes de Turquie, n'acceptons pas cette décision patriarcale et autoritaire qui empêche les élèves et les professeurs de penser et créer librement.  

Nous appelons chacun et chacune, en France et en Turquie, à empêcher cette injustice dans cette école française et à défendre la liberté d'expression. 

Réagissons en écrivant et en appelant l’école.

Lycée Notre Dame de Sion, 

Adresse: Cumhuriyet Cad. 127, Harbiye, 34373, Turquie

Tel: +90 212 219 1697


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3. Ils ne sont que deux cette année, deux dont la situation critique est portée à notre connaissance et que nous défendons depuis de longs mois. Mais nous ne parviendrons peut-être pas à les sauver de l’expulsion. Va-t-on revenir à la situation de mars 2012, avant la suppression de la circulaire Guéant? La Cellule de veille et d'alerte sur les étudiants étrangers de l'Université de Strasbourg avait obtenu la régularisation de 6 étudiants étrangers en 2013, de 5 en 2014. En 2015 la préfecture ne nous reçoit plus et coupe les ponts. Des ordres ont-ils été donnés? Quoi qu'il en soit, Cazaneuve entend faire mieux que la droite en matière de reconduites à la frontière et reprend la politique du chiffre alors qu'il faut Ouvrir l'Europe. Pendant ce temps "Aides" nous alerte sur les expulsions de malades étrangers et lance une pétition. Et des blogueurs de Mediapart se mobilisent : lire par exemple Ils ne veulent pas repartir ? « Qu'on les enferme ! » ordonne Père Ubu.

https://www.facebook.com/events/1450533558584196/

Non à l'expulsion des étudiants étrangers !

Rassemblement de soutien le jeudi 16 juillet

à 12h Place de la République devant la Préfecture

Appel des syndicats et associations de l'Université de Strasbourg

(Le 13 juillet 2015)

  

Depuis plus de deux mois la Préfecture du Bas-Rhin refuse de recevoir les associations et organisations syndicales qui soutiennent deux étudiants étrangers régulièrement inscrits au sein de notre université. Sous le coup d’OQTF (Obligations de Quitter le Territoire Français), ils vont passer l’été dans l’angoisse permanente de l’arrestation et de l’expulsion, alors qu’ils bénéficient de l’appui des équipes pédagogiques et de la présidence de l’université pour poursuivre leurs études.

Plutôt que de considérer avec bienveillance et humanité des situations particulières, la Préfecture fait le choix d’un traitement purement administratif des dossiers. Ce n’est pas acceptable! Refuser une carte de séjour à une étudiante marocaine inscrite en Bachelor à l’Ecole de Management, au prétexte qu’elle est entrée sur le territoire français avec un visa étudiant belge, cela n’est pas acceptable! Refuser une carte de séjour à un étudiant tunisien qui vit seul avec son père malade en Alsace et qui a lui-même des problèmes de santé, cela n’est pas acceptable! Tous deux ont montré leur courage et leur détermination dans la réussite de leurs études. Pourquoi ne pas les laisser tous deux terminer librement leurs études à l’Université de Strasbourg comme des milliers d’autres étudiants étrangers?

Nous appelons toute la communauté universitaire, les associations de défense des Droits humains, les élus locaux et tous les citoyens à se mobiliser en soutien à nos étudiants étrangers et à se joindre à un

Rassemblement le jeudi 16 juillet

à 12h Place de la République devant la Préfecture

 Nous demandons à Monsieur le Préfet du Bas-Rhin de bien vouloir recevoir à cette occasion une délégation qui pourra enfin exposer les raisons de notre détermination à obtenir des autorités préfectorales le traitement humain et le sens de l’accueil que notre République doit aux étudiants étrangers qui font la richesse et la fierté de l’Université française. 

UDEES (Union des Etudiants Etrangers de Strasbourg), Sud Education Alsace, SES-CGT, SNTRS-CGT , SNESUP-FSU, SNCS-FSU, UNEF, AFGES, SNPREES-FO 67, Sgen-CFDT


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4. « Devenez Big Brother! ! ». Telle pourrait être l’injonction que contient l’article 25 du projet de loi relatif au droit des étrangers en France. Une loi liberticide et dangereuse pour tous les élèves et étudiants étrangers, pour tous les citoyens.

 

Alors que les reconduites à la frontière se multiplient, j’essaie d’imaginer un instant ce que pourrait être dans les écoles et les universités la traduction concrète d'un article de loi, plus orwellien encore que la Loi Renseignement : l’article 25 du projet de loi relatif au droit des étrangers en France qui modifie de façon substantielle le CESEDA (Code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile) sera adopté par l’Assemblée nationale en dernière lecture à partir du 20 juillet prochain.

Selon une analyse interassociative « cet article prévoit pour les personnes étrangères l’échange généralisé d’informations détenues par des administrations ou entreprises publiques et privées (…). Les préfectures pourront, dans le cadre de l’instruction des demandes de titre de séjour, requérir des informations auprès des administrations fiscales, des établissements scolaires, des organismes de sécurité sociale ou encore des fournisseurs d’énergie, de télécommunication et d’accès internet. Elles pourront aussi consulter les données détenues par ces mêmes organismes. Le projet de loi met ainsi en place un dispositif de contrôle jamais imaginé jusqu’alors en dehors du droit des étrangers, interrogeant le respect de la vie privée et de la déontologie professionnelle des travailleurs sociaux, des établissements de soins, des enseignants, des personnels des Impôts, ou encore des agents de Pôle Emploi. (…) Si elle devait être adoptée, cette mesure ne manquerait pas d’entraîner, en plus d’un alourdissement des procédures (et son lot de tracasseries administratives), des retraits de titre ou des refus de délivrance, sans oublier le risque que les personnes se détournent de certains services. »

Pour faire barrage à cet article liberticide je relaie, à destination des personnels de l’Education nationale ou de l’Enseignement supérieur, un modèle de lettre conçu par un professeur des écoles, lettre destinée à être envoyée au député de votre circonscription. La liste des députés est ici.

 

Mr/Mme X

À : Mr/Mme Y député(e)

 

Madame/Monsieur,

Je prends connaissance via Rue 89 (1) d'un texte qui sera étudié par les députés en lecture publique à partir du 20 juillet. Ce texte prévoit à l'article 25 (2) la création d’un « droit de communication ». Cette disposition donnerait aux préfets le pouvoir de demander « sans que s’y oppose le secret professionnel autre que le secret médical » des informations sur les personnes demandant ou possédant un titre de séjour, auprès d’institutions aussi variées que :

• Les établissements scolaires et d’enseignement supérieur.

• Les établissements de santé.

• Les banques et organismes financiers.

• Les fournisseurs d’énergie et les services de communications électroniques.

• Pôle emploi.

• Les services d’état civil.

• La Sécurité sociale.

• Les tribunaux de commerce.

Le but étant de confronter les déclarations des requérants à des données provenant directement des organismes concernés.

 En tant qu’enseignant de l’Education nationale/de l’université, je tiens à vous informer que je refuserai, en conscience, de transmettre et de laisser transmettre toute information concernant un des élèves de l'école/étudiants de l’université où je travaille.

En effet, cette loi, si elle était votée et appliquée, menacerait de façon irrémédiable les libertés fondamentales que je tiens à défendre en tant que citoyen et fonctionnaire de l'État.

 Je vous demande en tant qu'élu, de relayer cet engagement devant l'assemblée, et d'empêcher par tous les moyens à votre disposition l'adoption de cette loi.

Je me tiendrai informé de votre présence, de vos interventions et de votre vote lors de ce débat. Je faciliterai la diffusion des noms des député(e)s qui n'auront pas voté contre ce projet de loi.

Mr/Mme X

(1) : http://rue89.nouvelobs.com/2015/07/02/profs-edf-banques-devront-aider-les-prefets-a-fliquer-les-etrangers-260073

(2) : http://www.assemblee-nationale.fr/14/projets/pl2183.asp

 

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L’envoi d’une lettre ou votre simple présence à une manifestation, c’est peu, mais c’est beaucoup si nous sommes nombreux à nous engager. L’autre 14 juillet, c’est tous les jours au pays de Droits humains bafoués.

 

Pascal Maillard

 

NB du 16 juillet : On m'écrit pour me dire que la loi aurait été adoptée le 15 juillet. NON. Il s'agit de la réforme du droit d'asile, distincte de la loi sur le droit des étrangers en France. Cette dernière passera bien à l'Assemblée nationale le 20 juillet. Il reste donc quelques jours pour envoyer la lettre à votre député. Il vaut mieux l'envoyer par mail que par courrier postal : adapter le texte de la lettre à votre situation, imprimer, signer, scanner et envoyer le pdf par mail.

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Addendum du 16 juillet sur les étudiants étrangers de Strasbourg menacés d'expulsion :

Le rassemblement devant la Préfecture a eu lieu ce jour. Voici un bref compte rendu.

- La préfecture a fait le choix de nous recevoir à un niveau purement administratif, par le seul directeur du service de l'immigration, alors que nous demandions à être reçus à un niveau politique, au moins par le Secrétaire général. Ce dernier, pourtant disponible, a fait le choix de mandater un directeur de service. 

- La composition de la délégation a dû faire l'objet d'âpres négociations : alors que nous demandions que 10 responsables d'associations et d'organisations syndicales soient reçus, la préfecture a limité le nombre à 5, avant de concéder 7 personnes. Ces pratiques sont inacceptables et témoignent du mépris des autorités préfectorales pour les milieux associatifs et syndicaux. 

- L'écoute a été purement technique avec pour seul propos un rappel du cadre légal. Nous avons fait valoir une application humaine des textes règlementaires et nous avons demandé que le Préfet exerce son pouvoir discrétionnaire en délivrant rapidement deux titres de séjour. D'un an pour Aïcha (pseudonyme) afin de lui permettre d'achever son Bachelor "Jeune entrepreneur" à l'Ecole de Management, de deux ans pour Rajeb afin qu'il puisse conduire son master de Littérature à terme. Nous avons mis en avant la qualité des dossiers pédagogiques des étudiants, leur capacité et leur détermination à réussir leur parcours académique, le soutien des enseignants, du président de l'université et d'élus locaux et nationaux. Nous avons enfin souligné l'urgence à agir en raison de la fragilité de la santé des deux étudiants, aggravée par l'angoisse permanente de l'arrestation et de l'expulsion.

- La seule réponse apportée par le directeur est que la décision ne relevait pas de ses compétences et qu'il transmettrait nos positions et demandes aux autorités préfectorales. Aucune date ne nous a été donnée pour une éventuelle réponse.

Un nouveau communiqué de presse est en cours de validation avec programmation de nouvelles actions. (à suivre)

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Mise à jour du 17 juillet : PETITION EN LIGNE :

http://www.petitionpublique.fr/PeticaoVer.aspx?pi=P2015N48048


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