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Le Club de Mediapart jeu. 1 sept. 2016 1/9/2016 Dernière édition

Comment l’Etat saigne les universités françaises

Dans un communiqué saisissant et courageux, Anne Fraïsse, Présidente de l’Université Paul Valéry Montpellier 3, explique aux personnels et aux étudiants les raisons de l’asphyxie financière de son établissement, semblable à celle de « la plupart des universités françaises ». Elle met en cause « le désengagement de l’Etat », s’en prend directement à François Hollande et critique vertement le gouvernement qui « n’a fait qu’aggraver la situation ».

Dans un communiqué saisissant et courageux, Anne Fraïsse, Présidente de l’Université Paul Valéry Montpellier 3, explique aux personnels et aux étudiants les raisons de l’asphyxie financière de son établissement, semblable à celle de « la plupart des universités françaises ». Elle met en cause « le désengagement de l’Etat », s’en prend directement à François Hollande et critique vertement le gouvernement qui « n’a fait qu’aggraver la situation ».

 Alors que Geneviève Fioraso se félicitait récemment de l’accompagnement efficace que son ministère aurait apporté au redressement des universités en déficit – pourtant encore une quinzaine, soit autant qu’en 2012 -, Anne Fraïsse vient apporter, preuves à l’appui, un démenti cinglant à l’optimisme de la ministre. Vice-présidente de la Conférence des présidents d’université (CPU) de 2010 à 2012, auteure en février 2012 d’une lettre mémorable au candidat Hollande, incapable de concevoir la « rupture radicale » qu’appelait la situation dramatique de la recherche et de l’université française, Anne Fraïsse prend aujourd’hui à témoin toute la communauté universitaire de la situation dramatique dans laquelle le nouveau gouvernement met son établissement. Elle lance une alerte à laquelle nous devons être attentifs et qu'il convient de relayer largement.

La gravité et la sincérité de cette lettre envoyée ce 17 septembre à tous les personnels et étudiants de l’une des plus grandes universités de Lettres et Sciences humaines en disent bien plus sur les causes et la nature réelles de la crise financière des établissements que les déclarations d’une ministre enfermée dans ses dénégations. Car ce sont aujourd’hui presque toutes les universités qui sont contraintes de geler ou supprimer des postes et d’amputer une partie de leur potentiel de formation et de recherche pour équilibrer leurs budgets ou faire face à des déficits structurels.

Que veut donc ce gouvernement ? Ainsi que l’ont fait les précédents, se servir de l’austérité comme d’un levier pour forcer les universités et la recherche à des restructurations massives et à un dégraissage de leur masse salariale ? Certains commencent à le craindre. Le gouvernement serait mieux inspiré de redéployer en urgence vers les universités et les organismes de recherche les milliards scandaleusement gaspillés en Crédit impôt recherche. La gabegie du CIR dénoncée par la Cour des Comptes n’a que trop duré ! L’argent est là : qu’il soit mis enfin au service de nos étudiants, de la recherche et de la société de demain !

Anne Fraïsse est courageuse. Elle a les convictions, l’intelligence et l’éthique des femmes et des hommes qui se sont formés dans les Humanités. D’autres présidents d’université feraient bien de s’en inspirer et de protester vigoureusement, collectivement et publiquement, au lieu de feindre d’hypothétiques rétablissements et de mettre leurs faibles pas dans ceux d’une ministre et d’un gouvernement autistes.

Pascal Maillard


PS du 21 septembre : Les relations entre Montpellier 3 et le ministère tournent au bras de fer entre Anne Fraïsse et Geneviève Fioraso. Pierre Dubois s'en fait l'écho sur son blog. La ministre n'a pas froid aux yeux : elle met en cause publiquement la responsabilité de l'université dans la fermeture du site de Béziers. La réplique d'Anne Fraïsse est cinglante. Elle publie ce jour un communiqué en réponse et apporte sur le site de l'université toutes les preuves de la gestion inconséquente de l'Etat. Et dans un entretien à L'Hérault du jour elle persiste et signe.


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Déficit budgétaire, conséquence de l’autonomie des universités : les mesures étudiées pour 2014 par le Conseil d’Administration.

 

Fermeture du site universitaire Du Guesclin à Béziers à partir du 1er septembre 2014, mise en place de quotas pour les inscriptions en 1ère année de licence pour les bacheliers 2014, réduction des heures d’enseignements pour les formations à effectifs réduits, gel partiel ou total des recrutements d’enseignants et de personnels administratifs à la rentrée 2014 (75 postes), suppression des financements complémentaires pour le recrutement de doctorants contractuels, désengagement progressif de la formation continue et de la formation des étudiants étrangers, telles sont quelques-unes des mesures que le conseil d’administration a été obligé d’envisager aujourd’hui pour faire face à la crise financière dans laquelle deux gouvernements successifs ont placé l’Université Paul-Valéry Montpellier 3 comme la plupart des universités françaises.

 

Depuis 2008, l’Université Paul-Valéry Montpellier 3 a réalisé un effort considérable pour remplir ses missions de service public avec des moyens de plus en plus limités. Aujourd’hui, la région Languedoc-Roussillon se place au 3ème rang national pour le nombre d’enseignants-chercheurs dans des unités de recherche classées A ou A+ dans le domaine des Langues, Textes, Arts et Cultures. Le potentiel scientifique  de l’Université Paul-Valéry en Archéologie et en Égyptologie est reconnu dans le monde entier. La fondation Hiérolexique qu’elle a créée a reçu un don d’1 million d’euros pour réaliser le premier dictionnaire de hiéroglyphes depuis celui de Champollion.

 

En formation également l’Université Paul-Valéry se place aujourd’hui parmi les meilleures universités françaises. Elle est, selon les « indicateurs de performances » du ministère, la première en attractivité pour la licence et elle se distingue dans la réussite de ses étudiants, en particulier des étudiants étrangers. Son antenne de Béziers a été jugée « exemplaire » par l’AERES et remplit une mission sociale et de développement du territoire dans un travail conjoint de l’Université et de l’agglomération de Béziers.

 

Aujourd’hui, le conseil d’administration a cependant été obligé de constater que le désengagement de l’État et, dans une moindre mesure, de la région ne lui permettait plus de faire face à ses obligations financières. Le déficit budgétaire est structurel et il s’explique simplement. Sous prétexte « d’autonomie » des universités, l’État a transféré la charge des salaires des fonctionnaires aux universités sans leur transférer les crédits pour les payer. En 3 ans, l’université constate ainsi que ce sont près de 7 millions d’euros de charges supplémentaires non compensées par l’État qu’elle a du prélever sur ses réserves. L’évolution du SMIC et des charges sociales, la défiscalisation des heures supplémentaires, la licence à 1500 heures … toutes ces mesures décidées par l’État ont été payées par les universités ; sans parler du GVT (Glissement Vieillesse et Technicité) qui en deux ans a coûté près d’1,5M€ à l’Université.

 

Et le nouveau gouvernement n’a fait qu’aggraver la situation ajoutant aux réductions de crédits un mépris affiché pour les universités et le service public de l’enseignement supérieur, en particulier pour les universités LLASHS.

 

Le président François Hollande a bien promis de créer des postes et l’université a bénéficié de 13 postes… mais il a repris de l’autre main l’argent qu’il donnait  en créant une « contribution exceptionnelle au redressement des comptes publics » qu’il a prélevée sur les crédits des universités. Pour Paul-Valéry, 362.000 € gagnés grâce aux 13 postes… et 400.747 € prélevés pour redresser les finances publiques ; les promesses électorales se sont envolées.

 

L’Université a fait face et a réalisé plus de 3 millions d’économies sans prendre une seule mesure de dépense supplémentaire. Mais elle ne peut plus aujourd’hui assumer cette diminution croissante de ses moyens et cette augmentation mécanique et politique de ses charges.

 

Parce que nous voulons continuer à garantir la qualité des formations que nous offrons aux étudiants que nous accueillons, parce que nous voulons continuer à garantir le rayonnement international de notre établissement, parce que nous voulons continuer à nous situer au meilleur niveau de la recherche dans nos domaines d’excellence, le conseil d’administration est amené à faire des choix extrêmement douloureux pour garantir l’avenir de notre établissement. Pour redresser les comptes et supprimer le déficit structurel causé par le désengagement de l’État (3 M€ pour 2014), le conseil d’administration a donc demandé à la présidente de préparer un budget 2014 en intégrant les mesures d’économie suivantes :

-   Fermeture complète du site universitaire Du Guesclin à Béziers à la rentrée prochaine (septembre 2014). Les étudiants seront invités à poursuivre leur formation sur le site de Montpellier

-     Limitation des inscriptions 2014 en première année de licence dans les filières Arts du spectacle, Arts plastiques, Information - Communication, Psychologie, Administration Économique et Sociale, voire d’autres filières sur leur demande.  Les étudiants seront inscrits, selon la loi pour les formations à capacité d’accueil par tirage au sort dans la limite des places disponible

-       Réduction des volumes d’enseignement dans les filières à petits effectifs, masters notamment.

-       Diminution progressive du financement de la formation continue par l’université

-       Diminution progressive du financement de la formation au français pour les étudiants étrangers par l’université

-       Diminution des crédits pour l’accueil des professeurs et scientifiques étrangers

-       Arrêt du financement par l’université des contrats doctoraux

-       Gel total ou partiel  pour la campagne d’emplois 2014

 

C’est avec beaucoup d’amertume que le conseil d’administration a été contraint d’envisager ces mesures qui vont à l’encontre de tout le travail accompli depuis des années et des missions de service public que l’université se doit de remplir.

 

En voyant les longues files d’étudiants hors délai qui cherchent à s’inscrire aujourd’hui à l’université, en pensant à tous les jeunes encore plus nombreux qui l’année prochaine seront tirés au sort pour entrer dans nos formations ou qui ne pourront pas faire d’études supérieures à cause de la fermeture de notre site de Béziers, nous posons une question à l’Etat : est-ce vraiment ce que vous voulez pour l’université française vous qui vous vantez de faire de la Jeunesse une priorité ?

 

Anne Fraïsse

 


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Tous les commentaires

Sans vouloir dénoncer personne, un des conseillers de Pécresse pour la LRU, ancien pdt d'université, a été nommé recteur par Hollande. Un type de 60 ans, à deux doigts de la retraite, qu'il fallait nommer à ce poste prestigieux de toute urgence.

Tendance sgenard, en gros.