François Hollande soutient « Sciences en marche »…

… mais il ne le sait pas. Voici un rappel confondant des positions sur la recherche que le candidat Hollande avait fait connaître en mars 2012. Pour prendre la mesure, plus que des renoncements ou de la trahison, d’une politique qui fait l’exact opposé de ce qui est attendu et qui conduit notre pays dans le mur.

… mais il ne le sait pas. Voici un rappel confondant des positions sur la recherche que le candidat Hollande avait fait connaître en mars 2012. Pour prendre la mesure, plus que des renoncements ou de la trahison, d’une politique qui fait l’exact opposé de ce qui est attendu et qui conduit notre pays dans le mur. Il y a aujourd’hui une urgence à prendre enfin les mesures que préconisait le candidat et qui sont à la lettre celles que défend "Sciences en marche".

 

Après la plus forte mobilisation des acteurs de l’Enseignement supérieur et de la Recherche (ESR) depuis bien des années, le Président de la République devrait recevoir en personne une délégation de "Sciences en marche" et des organisations représentatives de ce secteur qui traverse la crise la plus profonde et la plus dramatique qu’il ait jamais connue. Fort d’une manifestation qui a rassemblé le 17 octobre à Paris 8000 personnes, soutenu par plus de 700 directeurs de recherche, par le Comité national de la recherche scientifique, par une vingtaine d’universités, 170 laboratoires, 220 médaillés du CNRS et des milliers de précaires, Sciences en marche, appuyé par une large intersyndicale, a acquis la légitimité d’un mouvement populaire que le sommet de l’Etat ne peut plus ignorer. Les médias s’en sont fait largement l’écho et la mobilisation promet de grandir dans les jours et semaines qui viennent. La résolution et la colère des personnels de l’ESR ne faibliront pas.

Alors que les députés socialistes et le gouvernement venaient de refuser les amendements déposés par des députés de gauche pour réformer le fameux Crédit Impôt Recherche (CIR) qui dilapide un milliard par an au profit des grands groupes industriels, la secrétaire d’Etat Geneviève Fioraso, droite dans ses bottes, faisait savoir que de cette réforme « il n’en est pas question », et ceci au nom du soutien aux entreprises, en cohérence avec la politique européenne et parce que, en définitive, « la recherche française ne se porte pas si mal ». L’ex-ministre aura bien du mal à expliquer cela aux docteurs sans avenir, aux précaires désespérés, aux chercheurs sans moyens et aux milliers de personnels des universités en souffrance à cause d’une politique inepte et irresponsable qui ne fait que prolonger et aggraver celle de la droite au pouvoir.

« Sciences en marche » ne demande pas à l’Etat des moyens financiers supplémentaires, mais le redéploiement d’un tiers des montants du CIR (soit 2 milliards sur 6), un dispositif largement inefficace et scandaleusement dispendieux, ce que la Cour des Comptes a confirmé. Cette somme doit être affectée là où la recherche se fait vraiment et servir à un plan pluriannuel de créations d’emplois statutaires et à un refinancement des universités et des laboratoires à hauteur de leurs besoins. Il doit enfin soutenir réellement et efficacement l’embauche des docteurs dans les entreprises et favoriser leur recrutement dans la Fonction publique. Or, ces trois mesures – réforme du CIR, financement des universités et des laboratoires, reconnaissance du doctorat - sont exactement celles que le candidat Hollande faisait siennes en mars 2012 dans les réponses qu’il apporta au site « Votons pour la science ». J’en reproduis ci-dessous quelques extraits, dans la reprise d’un bref discours que j’ai prononcé à la fin de la manifestation du 17 octobre, place Vauban, parmi les nombreuses prises de parole qui ont témoigné avec force de l’urgence à conduire une autre politique pour l’Enseignement supérieur et la recherche, pour l’avenir de notre jeunesse, pour nos emplois et notre économie, pour une société de l’intelligence, du savoir partagé et de la solidarité.

Je souligne enfin à quel point cette logique du renoncement et du grand écart entre les engagements et les politiques conduites est dévastatrice pour notre vie citoyenne et la politique elle-même. Le mensonge est la première des corruptions politiques. Il démonétise la parole publique et fait un peu plus chaque jour le lit de l’extrême droite. François Hollande et ses gouvernements successifs, François Hollande et ses derniers soutiens, François Hollande et les députés socialistes qui le soutiennent encore de manière acritique, portent une responsabilité insigne dans le délitement des valeurs et la perte de sens qui affectent toute notre société. Cette crise du sens doit être combattue avec la plus grande énergie. La recherche et l’université ont un rôle majeur à jouer dans ce combat pour le sens et les valeurs. A condition que nous nous battions pour une université et une recherche libres et fortes, en particulier dans les secteurs des Humanités et des Sciences humaines et sociales, une université et une recherche indépendantes des lobbies financiers et industriels, soutenues par un Etat responsable et soucieux du Bien commun. Ce combat est celui de tous les citoyens.

Pascal Maillard

 

François Hollande dans le texte

(Discours du 17 octobre 2014, Paris, Place Vauban, manifestation Sciences en marche)

 

Je souhaiterais apporter un témoignage très particulier, non de personnels de l’Université de Strasbourg – vous en avez entendu plusieurs – mais d’un témoin de premier plan qui n’a pas tenu ses engagements. Il s’agit de François Hollande, candidat à la Présidence de la République qui avait apporté les réponses suivantes en mars 2012, dans le cadre d’une enquête organisée par le site « Votons pour la recherche ».

Il disait ceci : « Depuis plusieurs années, le pilotage de la recherche se retrouve placé entre les mains d’une bureaucratie centralisée et opaque, aux techniques managériales, qui dicte ses priorités – et les financements qui en dépendent – à la communauté scientifique. Or c’est tout le contraire qu’il faut faire. »

François Hollande candidat avait raison ! François Hollande président a tout oublié !

Il affirmait vouloir « restaurer la confiance avec la communauté scientifique. Non pas seulement par des mots, mais en pratique. La droite, on le sait, a usé et abusé du mot « autonomie » jusqu’à en dénaturer le sens, et elle n’a pas su – ou plutôt n’a pas voulu – instaurer un système qui respecte réellement l’autonomie de la recherche et de l’enseignement supérieur, en particulier ses temporalités spécifiques, qui ne sont évidemment pas les mêmes que celles du politique ou du monde économique. »

François Hollande candidat avait raison ! François Hollande président a tout oublié !

Il entendait « favoriser le recrutement d’un plus grand nombre de docteurs au sein de la fonction publique et des grandes entreprises, ainsi que dans l’administration dont ils sont absents, afin de familiariser les esprits avec les modes de fonctionnement de la recherche ».

François Hollande candidat avait raison ! François Hollande président a tout oublié !

Il affirmait encore avec beaucoup de justesse : « Les dernières années  ont été … celles d’un tour de passe-passe permanent consistant à faire passer pour des priorités budgétaires des baisses et des stagnations. On ment à nos concitoyens dans cette affaire. Il n’y a pas eu, en valeur absolue, de créations de postes dans l’enseignement supérieur et la recherche ces dernières années. Le budget reste loin des 3% du PIB annoncés, le Crédit impôt recherche a été détourné de son usage d’origine et le Grand Emprunt a créé une concurrence éhontée entre nos établissements. »

François Hollande candidat avait raison et aujourd’hui c’est son gouvernement qui ment à nos concitoyens !

Il proposait enfin ceci : « Il convient de rééquilibrer les dotations, en redonnant aux universités et aux grands organismes des moyens qui leur font aujourd’hui défaut. Dans le cadre du R&D, il faudra ré-orienter le Crédit impôt recherche, qui a trop souvent servi d’effet d’aubaine pour les grands groupes, vers les PMI-PME et les ETI  (il bénéficie seulement pour 23% aux PME et ETI, et 77% aux grandes entreprises) et en redéployer une partie pour les organismes et les Universités ». 

François Hollande candidat avait décidément bien raison ! Deux ans et demi après son élection il est temps que François Hollande président mette sa politique en conformité avec ses positions. La Recherche et l’Université n’attendront pas deux ans de plus. Avec « Sciences en marche », avec vous toutes et vous tous, le changement, c’est tout de suite !

 

Pascal Maillard

Membre du comité de pilotage « Sciences en marche »

 

PS : J'ajoute en pièce attachée la lettre signée de la main de François Hollande, datée d'avril 2012 et adressée à Dominique Faudot, Présidente de la Commission permanente du Conseil national des universités (CP-CNU). Le nombre et la nature des engagements pris permettent de mesurer le gouffre entre les promesses et la politique conduite. Cette lettre a été rendue publique et est téléchargeable sur le site de la CP-CNU (onglet "documents" puis "courriers 2012")

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