Les étudiants exilés, l’université punie et bâillonnée

Le Roi Macron l’a décidé : les universités ne pourront rouvrir qu’après les bars et les restaurants, début février, soit deux mois après les églises et les commerces. Ce n’est plus l’Absurdistan, c’est l’Internement et le bagne pour tous les personnels et les étudiants. Appel à déconfiner l’université et nos libertés.

« Cette guerre se prolongera au-delà des armistices platoniques. L’implantation des concepts politiques se poursuivra contradictoirement, dans les convulsions et sous le couvert d’une hypocrisie sûre de ses droits. Ne souriez pas. Écartez le scepticisme et la résignation, et préparez votre âme mortelle en vue d’affronter intra-muros des démons glacés analogues aux génies microbiens » 

« Nous devons surmonter notre rage et notre dégoût, nous devons les faire partager, afin d'élever et d'élargir notre action comme notre morale »


René Char, Feuillets d’Hypnos (1943-1944), dans Fureur et mystère, Poésie-Gallimard, feuillets 7 et 100.

Nous savions depuis une semaine que l’université ne se remettrait pas de la LPR, si nous n’entamions pas un combat dur et long. Nous savons depuis hier soir que Macron entend bien enterrer ce combat en nous exilant le plus longtemps possible de notre lieu d’étude et de travail. Alors que les offices religieux à 30 personnes seront autorisés dès ce 28 novembre, il ne sera pas possible de faire un cours avec 30 étudiants dans les universités avant le 4 février. Avec un peu d’humour, mais aussi de manière très sérieuse, certains universitaires songent à formuler un ultimatum au gouvernement : vous nous autorisez à faire des TD de 30 dans nos établissements, ou bien nous demandons aux imams, aux évêques et aux rabbins de nous accueillir pour faire des cours dans les mosquées, les églises et les synagogues...

Les étudiants exilés, l’université punie et bâillonnée. Voilà donc la grande et belle punition que Macron, Blanquer et Darmanin infligent aux islamo-gauchistes séparatistes qui détestent la LPR et la Police. Le couvercle est posé et bien serré sur la cocotte-minute universitaire, ce lieu où la tradition séculaire du charivari, de la libre critique et de la contestation des réformes et des lois liberticides ne sera plus admise : en Macronie le délit d’entrave à la tranquillité et au bon ordre des établissements est désormais puni par des peines allant jusqu’à 3 ans de prison et 45 000 euros d’amende. Loi adoptée la semaine dernière en procédure accélérée. L’université en taule. Hier l’article 24 de Darmanin de la loi « Sécurité globale » adopté en première lecture. Demain la loi sur les séparatismes. Demain l’état d’urgence permanent et la surveillance généralisée des populations. Demain c’est aujourd’hui.

Pour les personnels et les étudiants l’addition est très lourde et n’est plus humainement supportable depuis longtemps : 11 semaines de confinement à venir, après les 3 semaines passées, après 2 mois à 50 %, ça fait 5 mois de dépression numérique pour tout le monde et de misère morale et économique aggravée pour des centaines de milliers d’étudiants et des milliers de personnels précaires. Imaginez que certains étudiants n’ont pas eu de vrais cours depuis début mars ! Imaginez que vous ayez eu à vivre ceci, lorsque vous fûtes adolescents ou jeunes gens : 6 mois de confinement. Comment auriez-vous tenu ?

Il va y avoir une vague de suicides dans l’enseignement supérieur et la recherche, des traumatismes durables, des abandons d’études, des avenirs professionnels détruits, des vies brisées. 23 % des étudiants disent avoir pensé au suicide lors du premier confinement selon une enquête IPSOS. Combien sont-ils à être dans la plus grande détresse en ce moment ? Une génération sacrifiée sur l’autel, non pas de la pandémie, mais de sa gestion calamiteuse et de son exploitation politique éhontée : le bâillon sur nos libertés. Un bâillon élevé au carré par un confinement qui tout à la fois invisibilise la souffrance et rend son expression impossible. Ce n’est plus seulement la liberté qui est bâillonnée, c’est la possibilité même de l’expression de la révolte qui est remise en cause. Le confinement est un cri et en même temps l’étouffement de ce cri. D’où l’urgence, pour notre survie, pour la santé physique et mentale de la jeunesse, pour la nôtre propre, pour ce qui peut encore subsister de notre vie démocratique, pour nos libertés fondamentales, pour les libertés académiques, l’urgence à déconfiner l’Université.

J’ajoute qu’il convient d’être attentif à ce que des élections, nombreuses et majeures – dans les conseils centraux -, auront lieu en janvier et février, suite à des reports. Des Conseils d’administration se prononceront dans les jours et semaines qui viennent sur des scrutins avec des votes électroniques. Des présidences sont en difficulté, dans un contexte de contestation durable de la LPR et des lois liberticides de Macron. Cette extension du confinement jusqu’à début février 2021entretient évidemment des rapports avec l’enjeu des élections universitaires. Des campagnes électorales numériques et à distance sont pour la CPU, la ministre Frédérique Vidal et le gouvernement l’occasion rêvée de garder le contrôle politique des universités. Le confinement n’est plus sanitaire. Il est politique, biopolitique, on le sait depuis longtemps.

Je l’écris avec tout le sérieux et l’expérience que j’ai acquise de la sécurité des personnels de l’université en tant que membre d’un CHSCT : aucun argumentaire sanitaire rationnel ne peut être avancé contre la programmation d’une reprise partielle des cours en présence dès début décembre. Reprise des TD de licence 1, avec jauge à 50% dès le 1er décembre, et reprise de tous les autres niveaux le 4 janvier, pour les examens en présence et pour des cours sécurisés avec les moyens sanitaires appropriés que les universitaires réclament depuis 8 mois. Je rappelle qu’aucun étudiant de CPGE ou de BTS n’aura été privé, pendant tous ces longs mois, de présence physique dans son lycée, alors que les conditions sanitaires y sont moins bonnes qu’à l’université. Cette inégalité devant le confinement est un accélérateur calamiteux des inégalités sociales. Il convient d’y mettre un terme immédiatement.

Si les universitaires et les étudiants n’obtiennent pas la possibilité d’un retour progressif mais rapide dans leurs établissements, ils seront fondés à entrer dans des formes de désobéissance civile. Face à un pouvoir autoritaire et liberticide, l’éthique de la résistance les enjoint à se réapproprier leur bien, en tenant des AG respectueuses de règles sanitaires et en mettant au vote des délibérations souveraines. Le pouvoir tue la démocratie dans l’université et toute la société : il nous appartient de la réinventer.

L’Université, c’est Nous. Nous, c’est-à-dire chacune, chacun.

Pascal Maillard

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.