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Billet de blog 26 févr. 2022

Solidarité de la communauté scientifique avec l’Ukraine

La communauté scientifique a un devoir de solidarité avec l’Ukraine. Contre les falsifications de l’histoire et la violation des droits, les universitaires ont aussi un devoir d’engagement critique et de résistance face aux idéologies totalitaires et aux violences sans limite de la guerre. Publication d'une pétition et d'un billet du collectif Rogue-ESR.

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"La guerre avec l'Ukraine, c'est un pas vers le néant", écrivaient plus de 600 chercheurs et journalistes scientifiques russes dans une tribune parue ce 25 février. En écho à leur alerte, des universitaires français lancent une pétition de soutien aux chercheurs et étudiants ukrainiens. Je la relaie ci-dessous et y ajoute un billet du collectif Rogue-ESR.

Les universités françaises et les organismes de recherche ont de nombreuses conventions de coopération avec l’Ukraine. Des chercheurs, des doctorants et des étudiants ukrainiens travaillent dans nos laboratoires. Ils doivent être soutenus activement alors qu’ils traversent des moments terribles. Notre attention doit aussi se porter vers les étudiants dont le visa ou la carte de séjour arrive à expiration. Des instructions doivent être données rapidement aux préfectures pour renouveler leur titre de séjour. Mais plus largement ce sont aussi les étudiant·e·s et les universitaires d’Ukraine qui, ayant pris le chemin de l’exil, devront être accueillis dans nos laboratoires et nos établissements d’enseignement supérieur pour qu’ils puissent continuer leurs rechercher et leurs études. Notre accueil et notre solidarité doivent être inconditionnels. Soutenons aussi les scientifiques et la population russes qui s'opposent courageusement à la guerre.

Pascal Maillard

Pétition à signer ICI.

Texte de la pétition : 

Soutien aux chercheurs et étudiants d'Ukraine

Nous exprimons notre profonde solidarité avec les chercheurs et étudiants ukrainiens, et avec l'ensemble de la société ukrainienne, victimes de l'intervention militaire du gouvernement de la Russie. L'invasion des forces armées russes et les bombardements sur l'Ukraine, depuis le 24 février 2022, est une entreprise criminelle historique qui fait écho aux destructions du passé. Nul ne sait quand et comment finira cette guerre mais nous connaissons déjà son coût exorbitant pour les civils et les militaires. Ce qui se joue dans ce pays européen est la destruction de l'ordre en Europe. Face aux usages belliqueux de l'histoire et à l'étouffement du pluralisme politique, les chercheurs doivent plus que jamais élever la voix pour refuser une instrumentalisation infondée de l'histoire et faire valoir la raison civique. En partenariat avec les chercheurs ukrainiens, nous continuerons à porter la parole des sciences humaines et sociales face à la violence armée et à la négation des crimes du passé. Nous apporterons aussi son soutien aux voix critiques et courageuses qui tentent de se faire entendre en Russie et dans l'espace postsoviétique.

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Billet du collectif Rogue-ESR à retrouver paginé ici :

https://rogueesr.fr/20220227/

Depuis quelques jours, l’attaque militaire russe en Ukraine a porté la guerre au cœur de l’Europe. Nous tenons à dire notre solidarité avec la population ukrainienne. Nos pensées vont en particulier vers nos collègues sur place et vers les étudiantes et étudiants venant d’Ukraine et qui peuvent se trouver actuellement en France, loin des leurs et de leur pays. Nous attirons votre attention sur cette pétition de soutien aux collègues, étudiantes et étudiants d’Ukraine :

https://www.change.org/p/communauté-scientifique-soutien-aux-chercheurs-et-étudiants-en-ukraine 

Vous pouvez également consulter la prise de position du Groupement de recherche CNRS « Empire russe, URSS et monde post-soviétique » :

https://gdrus.hypotheses.org/2018

Nous tenons également à dire notre sympathie aux universitaires russes qui ont le courage de prendre publiquement la parole contre cette guerre, parfois au péril de leur carrière et de leur liberté. En portant ainsi une parole de droiture, de solidarité et de vérité face à la machine de propagande belliciste, ces collègues nous renvoient aux plus hautes exigences de la liberté académique. Le journal Le Monde a publié un texte de collègues et journalistes scientifiques russes, que nous portons à votre connaissance ci-dessous.

Que peut faire l’Université dans cette situation ? Soutenir matériellement et accueillir les collègues, les étudiantes et les étudiants ukrainiens mis en danger par la guerre est une évidence. Mais sur le long terme, cette guerre rappelle aussi l’importance politique de garantir des formations de haut niveau relatives aux langues, aux sociétés, aux économies et aux cultures de l’ensemble des pays et des régions du globe. Un maillage de formations de ce type représente une contribution décisive à la formation d’un appareil d’État et d’une société civile à même d’analyser et de comprendre des crises régionales ou globales souvent latentes, mais risquant de connaître des phases paroxystiques aussi tragiques que cette guerre. Préparer notre pays à répondre efficacement et démocratiquement aux crises internationales impose de retrouver l’ambition perdue de la diversité linguistique et culturelle dans la formation des élites et du plus grand nombre. Cette crise s’ajoute à d’autres pour nous renvoyer à l’exigence collective de savoirs autonomes, inscrits dans la longue durée, et portant sur l’ensemble des champs de l’activité humaine. 

Nous assurons de notre soutien chaleureux les collègues spécialistes de cette aire géographique, qui voient aujourd’hui la guerre déchirer les pays de leurs interlocuteurs scientifiques. Nous invitons toute la communauté universitaire à apporter son soutien et à témoigner sa solidarité aux nombreux chercheurs, doctorants et étudiants ukrainiens qui sont dans nos établissements d’enseignement supérieur et à tous ceux qui y seront accueillis dans les semaines et mois qui viennent.

Appel de 664 chercheurs et scientifiques russes : « Nous exigeons l’arrêt immédiat de tous les actes de guerre dirigés contre l’Ukraine »

Collectif

Dans une lettre ouverte publiée par Le Monde le 25 février, un collectif de chercheurs et de journalistes scientifiques russes dénonce l’entière responsabilité de la Russie dans le déclenchement du conflit. Par cet acte, « la Russie s’est condamnée à l’isolement sur la scène internationale et à un destin de pays paria », estiment-ils encore.

Nous, chercheurs et journalistes scientifiques russes, exprimons ici notre protestation énergique contre les actes de guerre lancés par les forces armées de notre pays sur le territoire de l’Ukraine. Cette décision fatale causera la mort d’un très grand nombre de gens. Elle sape les fondements du système de sécurité collective. La responsabilité du déclenchement de cette nouvelle guerre en Europe incombe entièrement à la Russie.

Cette guerre n’a aucune justification rationnelle. Les tentatives de manipuler la situation dans le Donbass et de s’en servir comme prétexte pour déclencher les opérations militaires ne dupent absolument personne. Il est évident que l’Ukraine ne représente aucune menace pour notre pays. La guerre contre elle est injuste et absurde.

L’Ukraine était et reste un pays dont nous sommes très proches. Nombreux sont ceux, parmi nous, qui y ont des parents, des amis et des collègues chercheurs. Nos pères, grands-pères et arrière-grands-pères ont combattu ensemble le nazisme. Déclencher une guerre pour satisfaire les ambitions géopolitiques des dirigeants de la Fédération de Russie, mus par des considérations historiques fantaisistes et douteuses, ce n’est pas autre chose que trahir leur mémoire.

La guerre avec l’Ukraine, c’est un pas dans le néant

Nous respectons l’Ukraine, voyant en elle un État fondé sur des institutions démocratiques qui fonctionnent. Nous comprenons le choix européen de nos voisins. Nous sommes convaincus que tous les problèmes entre nos deux pays peuvent être résolus de manière pacifique.

En déclenchant la guerre, la Russie s’est condamnée à l’isolement sur la scène internationale et à un destin de pays paria. Cela signifie que nous, les chercheurs, ne pourrons désormais plus faire nos recherches normalement, tant il est vrai que l’avancement des recherches scientifiques est impensable sans coopération approfondie avec les collègues des autres pays.

L’isolement de la Russie dans le monde va aggraver encore plus la dégradation culturelle et technologique de notre pays, tout en fermant toutes les portes de sortie. La guerre avec l’Ukraine, c’est un pas dans le néant.

C’est avec douleur que nous voyons notre pays, dont le rôle pour abattre le nazisme a été décisif, allumer en ce moment même une nouvelle guerre sur le continent européen. Nous exigeons l’arrêt immédiat de tous les actes de guerre dirigés contre l’Ukraine. Nous exigeons le respect de la souveraineté et de l’intégrité territoriale de l’État ukrainien. Nous exigeons la paix pour nos pays.

La traduction et la publication de cette lettre sont à l’initiative de chercheurs français travaillant sur la Russie, l’Ukraine et l’espace post-soviétique.

Premiers signataires : Aleksandr Anikin, linguiste, membre de l’Académie des sciences de Russie ; Jurij Apresjan, linguiste, membre de l’Académie des sciences de Russie ; Aleksandr Bondar, membre de l’Académie des sciences de Russie ; Viktor Vasil’ev, mathématicien, membre de l’Académie des sciences de Russie ; Mikhaïl Danilov, physicien, membre de l’Académie des sciences de Russie ; Jurij Kostitsyn, membre de l’Académie des sciences de Russie, docteur en géologie ; Aleksandr Moldovan, membre de l’Académie des sciences de Russie, philologue ; Serguej Nikolaev, académicien de l’Académie des sciences de Russie, philologue ; Konstantin Novoselov, physicien, lauréat du prix Nobel ; Valerij Rubakov, membre de l’Académie des sciences de Russie, physicien ; Roal’d Sagdeev, membre de l’Académie des sciences de Russie, physicien.

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