Lubrizol : le président de l’université de Rouen censure les libertés académiques

Une journée d’étude était programmée ce 27 septembre sur l’accident industriel le plus grave de ces dernières années. Le président de l’université de Rouen a décidé le 24 septembre d’annuler la tenue de cet événement. Aurait-il cédé au puissant lobby des industriels ?

La décision qu’a prise le président de l’université de Rouen d’annuler une journée d’étude sur l’accident industriel de Lubrizol est particulièrement grave. Elle s’inscrit à la conjonction de trois faits.

Tout d’abord l’urgence et la légitimité, deux ans après la catastrophe, de continuer à conduire des travaux de recherche, des enquêtes citoyennes et des actions en justice pour tirer le bilan de ce drame, prévenir d’autres catastrophes et identifier les responsabilités. C’est tout le sens du bilan remarquable qu’ont élaboré trois associations de victimes et de sinistrés.

Le second fait est la responsabilité majeure et commune des acteurs industriels et de l’État dans les multiples catastrophes écologiques que nous connaissons et dont la gravité met en péril nos santés et nos vies, le vivant et toute notre planète. L’incendie de Lubrizol-Normandie Logistique est malheureusement exemplaire de la perméabilité des Services publics aux puissants lobbys industriels.

Enfin cette décision d’annulation intervient alors même que de multiples attaques sont menées contre les libertés des universitaires, qu’il s’agisse des libertés de recherche, d’enseignement ou d’expression. Une publication récente de Mediapart nous rappelle fort justement l’importance des libertés académiques.

Joël Alexandre, président de l’Université de Rouen et ancien vice-président en charge des partenariats et des relations avec les entreprises, devra s’expliquer sur sa décision d’annulation, présenter ses excuses aux composantes, laboratoires, chercheuses et chercheurs qui s’apprêtaient à présenter leurs travaux ce jour, aux étudiant.es et au public qui devaient y assister, et œuvrer à la reprogrammation et à la bonne tenue de cet événement scientifique. Je publie ci-dessous un communiqué de la FSU de l’Université de Rouen ainsi que le programme de cette journée d’étude interdisciplinaire, dont l’intérêt public est évident. Les résultats de ces travaux sont attendus par le plus grand nombre et mériteront certainement une large communication.

Pascal Maillard

PS : L'annulation de la journée d'étude est d'autant plus incompréhensible qu'il y a un an exactement l'Université de Rouen publiait un article ainsi intitulé : "Lubrizol, un an après : l'Université toujours mobilisée". Ou bien serait-ce que cette journée d'étude risquait d'apporter des contradictions aux conclusions du groupe d'expertise ?

Annulation de la journée d’études sur Lubrizol à l’université de Rouen Normandie sur décision du président : de quoi a-t-on peur ?


Communiqué du SNESUP-FSU et du SNASUB-FSU de l'université de Rouen-Normandie

Pour le 2ème anniversaire de l’accident industriel de Lubrizol qui a très fortement marqué l’ensemble de l’agglomération rouennaise, une journée d’études interdisciplinaire intitulée
 « Deux ans (d'enquêtes) après Lubrizol » était prévue ce lundi 27 septembre dans les locaux de l’université à Mont-Saint-Aignan.

Vendredi 24 septembre, nous avons appris que la journée d’études était annulée sur décision du président de l'université, sans aucune explication.

À ce stade, nous ne pouvons que regretter très vivement cette décision et nous poser quelques questions.

En effet, il s’agissait indubitablement d’un événement important pour l’Université de Rouen Normandie compte-tenu de l’implication d’un nombre important de ses personnels dans le cadre d’actions de recherche pluri-disciplinaires visant à s’interroger sur les causes et les conséquences de cette catastrophe industrielle. Journée importante aussi pour l’ensemble de la société qui se pose encore aujourd’hui de nombreuses questions restées sans réponse et que l’université, en tant qu’acteur dans le champ social et institution apte à mener la réflexion s’est engagée à étudier.

Dès lors, les questions qui nous viennent immédiatement à l’esprit sont les suivantes :
- De quoi a-t-on eu peur pour prendre une telle décision qui va marquer la communauté scientifique rouennaise, l'annulation d'une journée d'étude par le président étant un événement exceptionnel ?
- La décision du président de l’université est-elle prise de son propre chef ou des pressions ont-elles été exercées ces derniers jours ? Si c’est le cas, de la part de qui ? De la préfecture, de certains industriels ... ?
- La communauté scientifique n’est-elle pas à même de mener un éventuel débat contradictoire sur la gestion de cette crise ou a-t-on peur des conclusions qui pourraient en résulter ?
- Les libertés académiques dont jouissent les chercheurs et les chercheuses dans la définition et la conduite de leurs sujets de recherche sont garanties par la Constitution. Quels motifs pourraient donc justifier leur limitation ? 

Sur l’ensemble de ces questions, nous interrogeons publiquement la présidence de l’université et demandons des réponses publiques que les habitants et les habitantes de la métropole rouennaise sont aussi en droit d'obtenir.

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