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Billet de blog 29 oct. 2021

Liberté académique et justice sociale (2/2)

On assiste en Amérique du Nord à une recomposition du paysage académique, qui met l’exercice des libertés universitaires aux prises avec des questions de justice sociale, liées, mais pas seulement, au militantisme « woke », souvent mal compris. Publication du second volet d’un entretien au long cours avec Isabelle Arseneau et Arnaud Bernadet, professeurs à l’Université McGill de Montréal.

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Est-il encore possible de penser « loin des raccourcis et de l’agitation » et « de se donner du temps, à rebours des stéréotypes du prêt-à-penser » ? C’est ce que tentent de faire Isabelle Arseneau et Arnaud Bernadet, deux universitaires québécois, dans un entretien où ils livrent leurs réflexions sur l’évolution des libertés académiques au Canada. Les propos qui suivent gagnent à être lus après avoir pris connaissance de la première partie de l’entretien.

1. Dans notre premier entretien nous étions partis des exemples de remise en cause de la liberté de citer certains mots en contexte universitaire et nous avions traité des conséquences de ces pratiques sur les libertés académiques ainsi que l’action que vous avez engagée à travers la rédaction de votre mémoire. Je vous propose de revenir sur le mouvement “woke” qui semble être lié au développement de nouveaux comportements au sein des universités canadiennes. Comment caractériser le mouvement « woke » ou ce qu’on nomme parfois le “wokism” sur le continent nord-américain ?

Arnaud Bernadet. Il faut prendre le temps de déplier une question aussi glissante. D’autant qu’à consulter les médias, la désinformation et les simplifications règnent assez largement. L’usage qui en est fait par exemple dans l’espace public français, entre autres par les acteurs du milieu politique et l’entourage présidentiel, est consternant tant il correspond peu à la réalité. Au Québec, du côté des grands réseaux de communication, notamment du groupe Québecor (presse, internet, télévision) et de ses organes conservateurs et populaires (sinon populistes), Le Journal de Montréal en tête, on assiste depuis plusieurs mois à une véritable campagne de vitupération et de dénigrement autour du phénomène “woke”, selon une stratégie bien connue et souvent très efficace, celle qui répond à la construction fantasmatique de l’ennemi. Si bien qu’en retour la moindre réflexion critique, fondée quant à elle sur la complexité des faits et les besoins de l’analyse, semble par avance condamnée. Il importe cependant de défaire les caricatures, les amalgames intéressés, les polarisations, quelle qu’en soit par ailleurs l’origine. Aux “gros concepts”,  comme les appelait Gilles Deleuze, rudimentaires et massifs, qui n’expliquent rien et fourvoient tout un chacun, il est impératif d’opposer le multiple des nuances.

De manière générale, il y a deux attitudes à éviter : celle qui consiste à diaboliser le courant “woke” pour ne plus y voir que le “délire idéologique de notre temps” comme le fait un Mathieu Bock-Côté (La Révolution racialiste et autres virus idéologiques, 2021) ; celle qui consiste à l’exhausser au niveau du mythe culturel en le comparant à mai 68 (1). Rien de moins, s’il vous plaît. Ce genre de comparaison complaisante revient à faire de la politique de campus, au lieu d’aider à l’intelligibilité d’un phénomène. Entre les deux, il convient de mentionner encore ceux qui voudraient relativiser à tout prix, s’il le faut en niant qu’il se passe quoi que ce soit sur les campus. Non seulement il n’y aurait dans tout cela rien de très neuf, sinon les provocations et subversions habituelles qu’on observerait au sein des universités depuis plusieurs décennies, mais la question “woke” s’expliquerait (se résoudrait) surtout par la “panique morale” (2) qu’elle provoquerait au sein de la population. Les battages médiatiques et les campagnes idéologiques auxquels je faisais allusion plus haut en fourniraient la preuve incontestable. Ce qui permet en retour de faire l’économie de certains éléments : on se gardera ainsi d’affirmer que le cas survenu à l’université d’Ottawa, celui de l’enseignante Verushka Lieutenant-Duval, à l’origine pourtant de violentes cabales sur les réseaux sociaux, de plaintes pour racisme, de condamnations et d’appels à la démission, etc., correspond trait pour trait à ce que le sociologue Stanley Cohen appelait en effet la “panique morale”, ce sentiment disproportionné, fixé sur un groupe ou un individu qui est perçu comme une menace directe pour les valeurs et les intérêts de la collectivité...

Repartons donc plutôt des faits. C’est au tournant de 2010 que l’on entrevoit l’avènement d’un nouveau mouvement de justice sociale aux États-Unis et plus largement en Amérique du Nord. Ce réveil a pu aboutir à l’étiquette de “gauche woke” bien que l’on parle aussi, selon les points de vue en présence, de “gauche diversitaire” ou de “gauche identitaire”, tant la défense des minorités et des communautés LGBTQ+ y occupe une place primordiale. Au reste, on ne saisit rien de la puissance de ce courant si l’on n’a pas en tête le calendrier des luttes sociales au cours de la décennie qui vient de s’écouler, du mouvement Occupy au meurtre de George Floyd, sans évoquer les deux présidences, si contrastées, d’Obama et de Trump. Ce qui le caractérise le plus est sans doute sa double approche antiraciste et décolonialiste, une critique politique qui vise à dénoncer toutes les formes de domination et d’oppression dans l’ordre de la race, du genre, de la classe - selon le trinôme en usage dans les études culturelles états-uniennes.

Cette première définition, encore approximative, laisse penser cependant que le “wokism” et la “wokeness” (à distinguer de l’adjectif “woke” au sens étroit, on va y revenir) seraient un phénomène strictement militant. Or il s’agit là d’une représentation pour partie tronquée de la réalité, largement imputable au mot, dont on n’interroge guère par ailleurs les bases philologiques. Si l’on veut, le mot masque l’étendue et la complexité du problème qu’en même temps il désigne. Forme dialectale, “woke” est d’abord et avant tout issu du vernaculaire afro-américain, il reste lié aux combats des cultures noires. On cite souvent l’injonction “Stay woke” (restez éveillé.s), qu’on rapporte en 1938 à “Scottsboro Boys” du chanteur noir Lead Belly. Il existe des traces antérieures. L’Oxford English Dictionary évoque encore l’adjectif en 1962 chez William Melvin Kelley. Le terme qui est synonyme d’être “informé” ou “conscient” se spécialise dans l’éveil à toutes les formes d’inégalités et d’oppressions. S’il renaît au début de la décennie, notamment avec la création en 2013 de Black Lives Matter, le problème est qu’il s’est propagé bien au-delà de sa base militante. Instrument de combat et de revendication, il est même devenu un phénomène de mode (chez les artistes, patrons d’entreprise, représentants politiques), pénétrant au cœur des médias sociaux sous la forme de ce qu’on nomme parfois le hashtag activism. Dans tous les cas, il s’agit d’une attitude qui prend la forme d’une éthique personnelle. Cette éthique conjugue les traits de l’awakeness, un état critique de vigilance, si l’on veut, à ceux de l’awareness, la conscience ou prise de conscience, un exercice d’abord tourné vers soi, mais appelé à devenir collectif.

C’est probablement à ce niveau que se dégagent certains traits religieux. Le travail de la conscience n’est peut-être pas sans lien avec le protestantisme. Et il s’y mêle une forme d’intransigeance puritaine qui a souvent frappé les observateurs. Surtout, il est impossible de ne pas relier la notion à l’épisode du Grand Réveil (The Great Awakening), un mouvement parti de Grande-Bretagne qui s’est étendu vers 1730-1740 aux colonies américaines, et qui a abouti à une reconfiguration des églises et du paysage spirituel. D’autres vagues ont suivi au milieu du XIXe siècle et au début du XXe siècle. C’est Joseph Tracy qui en 1842 consacre dans l’historiographie la catégorie de Great Awakening.  Dans sa forme première, ce mouvement se distingue par des prédications spectaculaires ou théâtrales, adressées aussi bien aux colons qu’aux esclaves et aux populations autochtones. Il est arrivé même qu’on brûle à cette occasion vêtements et livres... C’est à cette date également que nombre de Noirs se convertissent au christianisme. Ces prédications qui usent des ressorts de l’émotion contre la raison mettent l’accent sur l’économie du péché et la recherche individuelle du salut. Il importe de le souligner, car ce schéma se retrouve dans certains discours antiracistes contemporains, selon lesquels les Blancs en particulier ont péché dans l’histoire contre les minorités et doivent par conséquent racheter leurs fautes. C’est par exemple la position de Robin diAngelo, auteure de Fragilité blanche (2018), l’une des intellectuelles les plus en vue du moment : de même qu’on ne peut pas ne pas être pécheur, on ne peut pas ne pas être raciste pour un Blanc. Mais l’important est de le reconnaître - d’en avoir conscience (to be aware) ...

2. Mais le wokisme est-il un mouvement seulement social et culturel, qui comporterait des traits religieux ? Quelle est sa place aujourd’hui au Canada et en particulier au Québec ?

Arnaud Bernadet. Des traits religieux ou para-religieux ne font pas une religion, on l’aura compris. Il faut encore préciser ici la géographie et la sociologie de ce phénomène. Car non seulement il n’est pas limité au noyau militant, mais il déborde largement le cas des minorités. Son évolution et sa propagation ont fini par mettre en oubli ses sources afro-américaines. L’historien Olivier Moos qui y a consacré une étude de fond a bien montré comme d’autres que le “wokism” ou la “wokeness” sont en réalité répandus à une large majorité parmi les populations blanches, urbaines, diplômées et progressistes. Une caractéristique qui se vérifie dans d’autres pays de langue anglaise, puisque s’il est parti des États-Unis, ce courant est également vivant au Royaume-Uni, en Australie et au Canada. Dans ce dernier cas, on comprend la situation ambivalente du Québec, placé dans un rapport à la fois d’assimilation et de forte résistance à la mouvance “woke”. Cette situation devient encore plus complexe si on la mesure aux tensions entre le pouvoir fédéral, aux mains du Parti Libéral du Canada, plutôt centriste, et la majorité provinciale dirigée par François Legault et la Coalition Avenir Québec, un parti conservateur et souverainiste. L’espace francophone n’ignore pas sa diversité culturelle, loin s’en faut, il la pense autrement que dans le restant du Canada. Par contre, lui donner des leçons en matière de décolonialisme, surtout lorsque ce genre de critique émane du monde anglophone, est un message qui passe très difficilement, vu la domination à laquelle, historiquement, la Nouvelle-France a été soumise après la Conquête. Pour ce qui regarde la question autochtone en particulier, il ne s’agit certainement pas de l’occulter, mais plutôt de garder à l’esprit les différences qui ont historiquement séparé les régimes coloniaux, britanniques et français, comme l’ont fait Denys Delâge et Jean-Philippe Warren dans leur très beau livre, Le Piège de la liberté (2017).

Du côté canadien, le premier ministre Justin Trudeau se présente très volontiers comme un allié des “wokes” ou un dirigeant particulièrement soucieux de justice raciale. Il a officiellement reconnu l’idée qu’il y aurait du “racisme systémique” dans son pays. Son gouvernement a mis récemment en place une Journée nationale de la vérité et de la réconciliation (chaque 30 septembre) pour s’assurer que la tragédie des pensionnats autochtones ne tombe pas dans l’oubli. Ce qui n’empêche pas par ailleurs que soit toujours en vigueur, sous des formes plusieurs fois amendées, l’Indian Act (1876), reliquat s’il en est de colonialisme. Au-delà des différends entre anglophones et francophones, qui se répercutent pour partie au sein des universités québécoises, ce qu’on perçoit c’est combien les élites sociales et politiques sont elles-mêmes engagées au cœur du phénomène dit “woke”. L’erreur serait de croire qu’il s’agit là d’un détournement ou d’une récupération des causes de la justice sociale. La composante élitaire de ce courant est en fait perceptible dans les universités qui lui ont donné une assise doctrinale. Au risque de heurter sur ce point nos convictions démocratiques les mieux enracinées, n’est pas éveillé qui veut. Le sens de la justice sociale n’est pas non plus sans rapport avec le capital scolaire et culturel, hérité des familles ou acquis dans les salles de classe.

Quoi qu’il en soit, on doit aux sociologues Campbell et Manning d’avoir montré, dans le cas des USA, que les pratiques de manifestations, sit-ins, demandes de censure, stratégies de diffamation, etc., ont été observées sur des campus non seulement progressistes mais dont les frais de scolarité sont aussi parmi les plus élevés. Le revenu annuel des familles pour certains colleges (Oberlin, Claremont) a pu être estimé entre 200 000 et 240 000 $. Dans ces établissements où se sont multipliés, en quelques années, des programmes, écoles ou centres spécialisés dans le domaine de la Justice Sociale, la culture dite “woke” est devenue l’expression de l’“upper middle class” américaine. Autant de diplômés qui ont pris, ou occuperont à l’avenir des postes dans les affaires, les médias, la justice ou le monde politique. Les valeurs qui leur servent de devise, “diversité, équité, inclusion”, semblent se rattacher à la justice sociale. Dans les faits, il s’agit plutôt d’une justice vue par les élites, et qui en sert les intérêts. Et l’on n’oubliera pas que l’inclusion est à l’origine une notion issue de la communication, du design, de la publicité, tout comme la diversité qui a été théorisée et acclimatée dans les écoles de commerce, les milieux du management, les entreprises privées au cours des années 90, suite aux résultats mitigés voire à l’échec des politiques d’affirmative action aux États-Unis ou des politiques d’égalité en matière d’emploi au Canada.

Naturellement, ceci n’enlève rien aux combats contre les discriminations de genre ou de race, les luttes pour l’égalité fiscale ou la justice environnementale. Mais ne voir la mouvance appelée “woke” qu’à travers l’optique associative et militante, n’y voir surtout qu’une invective, la désignation ironique et dégradante qu’emploient pour la disqualifier conservateurs et réactionnaires de tous poils, c’est s’interdire aussitôt de comprendre ce qui s’en vient plus largement, et qui efface très certainement les origines afros du terme : une offensive néo-libérale qui sait utiliser à ses fins la rhétorique égalitaire et inclusive. Une nouvelle ruse de l’histoire, comme disait Hegel.


3. Dans la dernière partie de votre mémoire - qui me semble l’une des plus incisives - , après avoir interrogé la liberté d’expression à partir de la linguistique de l’énonciation, vous rappelez l'importance de bien distinguer les concepts de pouvoir, d’autorité et de domination. Vous soulignez ainsi que “le fait de détenir la légitimité du discours et du savoir confère aux professeurs non pas un pouvoir mais une autorité”. Cette autorité est soumise aux règles de la critique et de la contradiction. Toute prise de parole est liée à une prise de risque, en particulier dans l’enseignement et l’espace public. Contre la promotion des safe spaces et des trigger warnings (des avertissements destinés à prévenir des chocs émotionnels ou des traumas), vous appelez à une “pédagogie de l’inconfort”. Les conditions en sont-elles encore réunies ?

Isabelle Arseneau. Nous avons en effet tenu à rappeler dans le mémoire que le fait de détenir la légitimité du discours et du savoir confère aux professeurs non pas un pouvoir mais une autorité, qu’il est peut-être de plus en plus difficile d’assumer dans un contexte où l’on confond les termes. À partir du moment où l’on interprète la relation pédagogique à travers le prisme d’un pouvoir qui risque de s’exercer aléatoirement ou en vertu d’un schème dominant/dominé (professeur/étudiant) plutôt réducteur, on ne doit pas s’étonner de voir se multiplier les demandes liées à la protection et à la sécurité. Attention : personne ne disputera le fait que les institutions d’enseignement doivent réunir les conditions matérielles qui permettent d’assurer la sécurité des corps (en cela, elles ne diffèrent pas des autres institutions) ; il en va autrement lorsqu’il s’agit de satisfaire au confort des esprits dans le cadre d’un exercice qui repose historiquement sur la démarche rationnelle et critique et qui suppose — cela me semble aller de soi — un rapport de respect et de bienveillance mutuels entre les parties en présence.

En évoquant les trigger warnings, vous ciblez un mécanisme que l’on a longtemps jugé apte à accroître le sentiment de confort et de sécurité des étudiants sur les campus et qui est de plus en plus critiqué, autant par le monde de la pédagogie que par celui de la psychologie clinique (3). Emprunté au domaine commercial du divertissement télévisuel et cinématographique, « l’avertissement de contenu » cible avant la séance magistrale ou la lecture individuelle les lieux possibles d’inconfort ou de trauma (comme le suggère la traduction par « traumavertissement », qui est de plus en plus souvent retenue au Québec).  Dans un essai qui vient de paraître dans les pages de la revue culturelle L’Inconvénient (4), j’ai voulu mettre à l’épreuve l’un des corpus les plus problématiques dont j’ai la charge, les fabliaux, en insistant sur ce que perdent les étudiants plutôt que sur ce qu’ils gagnent à se voir offrir des avertissements oraux ou écrits avant la lecture des œuvres. Insister par exemple sur l’homophobie, la misogynie, les violences sexuelles et la manipulation dans tel ou tel autre récit les détourne de ce qui fait l’intérêt du texte, qu’on ne lit plus en littéraire mais en attendant le pire contre lequel ils ont été prévenus. Les spécialistes liés aux domaines pertinents ont de surcroît déjà montré que la pratique qui consiste à « prévenir » pour mieux « éviter » se pose comme l’exact inverse du traitement le plus approprié pour surmonter le trouble de stress post-traumatique (TSPT) qui recommande bien au contraire l’exposition au souvenir douloureux. Chose certaine, que le professeur de lettres ait à se familiariser avec les recherches les plus récentes dans le domaine des traitements liés au TSPT montre bien que le recours aux trigger warnings dans la salle de classe repose sur une confusion entre l’exercice du pédagogue et celui du thérapeute. On ne s’improvise pas psychologue ou psychiatre et on est en droit d’attendre d’une université qu’elle reste sensible à cette spécificité des champs de savoir et de pratique, et à la reconnaissance des compétences propres à ces derniers (les spécialités).

Il va de soi que les membres du corps enseignant ont la responsabilité de réfléchir, périodiquement, à leurs méthodes d’enseignement et à leurs comportements pédagogiques et à s’assurer de maintenir en classe un climat qui facilite non seulement la transmission des savoirs mais le retour collectif et critique sur ceux-ci. Malgré cela, ou peut-être grâce à cela, il semble possible de continuer à pratiquer une pédagogie qui accueille la surprise — la défamiliarisation — voire le choc dans le contexte contrôlé de la salle de classe. Sans doute faut-il pour cela être dans les dispositions nécessaires. Il nous semble donc d’autant plus indispensable et urgent de maintenir et de multiplier les services liés à la santé physique, mentale et psychologique de la population étudiante. En distinguant nettement les espaces pédagogique et thérapeutique et en confiant aux étudiants qui intègrent le monde universitaire la charge de leur bien-être, nous cessons de les infantiliser et évitons du même coup l’affaiblissement de la formation.  

4. Comment expliquer la part grandissante de l’affect et de l’émotion dans les demandes de censure de mots et d’œuvres ? Est-ce en lien avec des formes d’éducation surprotégée ?

Isabelle Arseneau. Tout à fait. « L’éducation surprotégée » fournit une piste explicative qui nous éloigne des strictes considérations idéologiques et nous permet d’étendre la compréhension du problème à l’évolution globale des sociétés nord-américaines. La contribution majeure demeure sur ce point le livre de Greg Lukianoff et Jonathan Haidt, The Coddling of the American Mind (2018) (5). Revenant sur la genèse de la « parentalité paranoïaque » (on dit aussi « intensive ») dans l’Amérique des années 1980-1990, ils en évaluent les conséquences, autant sur la santé mentale de ceux et celles qui « en font les frais » que sur les campus universitaires, qui s’en font le relais. En effet, l’université gestionnaire que nous dénonçons est plus souvent qu’autrement une « université hélicoptère ». Haidt et Lukianoff parviennent à montrer que la plupart des problèmes qui s’y vivent depuis une bonne décennie (multiplication des demandes liées aux avertissements de contenu et à la censure ; « désinvitations » ; cabales sur les médias sociaux ; suspensions et démissions, etc.) ont leur origine dans trois grandes « contre-vérités », qui sont non seulement communément admises mais qui ont de plus en plus d’importance dans le milieu de l’éducation post-secondaire :

1) « Ce qui ne vous tue pas vous rend plus faible » (« la contre-vérité de la fragilité ») ;

2) « Il faut toujours faire confiance à ses sentiments » (« la contre-vérité du raisonnement émotionnel »)

3) « La vie est un combat entre les bons et les méchants » (« la contre-vérité de l’opposition eux/nous »).

On voit bien comment cette dernière contre-vérité a pu favoriser le développement et la prolifération d’idéologies polarisées sur les campus. Mais l’ensemble de ces « Three Great Untruths » fait plus globalement signe vers un « dorlotage » (coddling) de l’esprit et accorde, dans le cadre de l’exercice pédagogique, une plus grande valeur au raisonnement « émotionnel » (le ressenti et la sensibilité) qu’au raisonnement « rationnel » (sur lequel sont historiquement fondées nos institutions de savoir). Laisser ainsi entendre aux étudiants qu’ils sont d’emblée « fragiles » ; qu’ils ont « raison » parce qu’ils « ressentent » ; et que le monde est un combat à finir entre des camps qui ne se reconnaissent qu’entre « eux », tout ça freine leur maturation et ne leur donne pas les outils adéquats pour négocier leur passage à la vie adulte. C’est ce même type de dérive — « lacrymale » — qu’Anne-Cécile Robert a pu retrouver dans la culture médiatique et politique qu’elle soumet à l’examen en débordant cette fois le seul cadre américain (les exemples analysés sont principalement français et canadiens) : « l’émotion, écrit-elle dans le chapitre d’ouverture de Stratégie de l’émotion (2018), devient une unité de mesure de ce qui peut ou doit être dit, en lieu et place des outils du débat raisonné » (6). 

Ici encore, il importe de faire la part des choses et de bien comprendre qu’il ne s’agit pas de « jeter le bébé avec l’eau du bain ». À chaque nouvelle rentrée, je mesure un peu mieux l’écart (la faille générationnelle, peut-être) entre le modèle actuel de l’université et celle qu’elle était lorsque j’y suis arrivée, étudiante, à la fin des années 1990. Mais ne pas se reconnaître dans les séances de zoothérapie qui visent à gérer le stress des examens ou douter de la pertinence des vidéos qui font attendre le pire en proposant la dramatisation d’exercices de confinement barricadés ne revient pas à regretter les progrès accomplis en ces matières ! Comme je le disais ci-dessus, c’est plutôt le transfert de ce type de demandes vers l’espace réservé à l’enseignement et à la recherche qui fait problème. Il est donc nécessaire et urgent que les étudiants prennent en charge leur bien-être. Plus ils le feront, moins ils risqueront de confondre la salle de classe avec une série de lieux intimes (la cellule familiale, le cabinet du thérapeute, etc.) où le ressenti et l’expérience individuels prévalent. Car après tout, venir en cours, n’est-ce pas accepter de sortir de soi pour se saisir collectivement d’un objet? Universitas. La communauté. L’université n’a jamais été une égologie et elle a toujours mis en jeu une pensée et une invention du collectif. 

5. Ne craignez-vous pas que votre critique aussi bien du “wokisme” et de « l’attitude excessivement permissive des gestionnaires » face aux étudiants, conduise à rabattre vos positions sur celles des conservateurs et à renforcer les réformes néo-libérales de l’université, sans parler du tournant autoritaire qui sévit dans milieux académiques? Vous n'ignorez pas que les droites, conservatrices et parfois ouvertement racistes et anti-féministes, se sont emparées du “wokisme” pour conduire une offensive contre les progressistes et les mouvements de défense des minorités …

Arnaud Bernadet. Isabelle et moi ne prétendons rien d’autre depuis le début que de parler depuis nos savoirs et notre discipline, certainement pas sur la base d’une doctrine a priori. On n’aspire qu’à démêler le présent - et surtout à ramener un peu de raison dans un débat public qui, au Québec, et au Canada, en manque singulièrement. Bref, faire un travail critique, d’élucidation intellectuelle, que ceux qui sont dans la célébration ou dans la diabolisation se refusent de faire. La critique n’a pas pour fonction de plaire ou de déplaire. Mais de donner à penser - humblement. Ce qui est autre chose que les raisonnements binaires, les raccourcis simplistes, ou les divisions idéologiques de ceux qui seuls en détiennent les critères, et tentent par ce biais (“ceci est à gauche”, “cela se classe à droite”) d’éviter de répondre sur les enjeux et les problèmes. Il y en aura toujours pour instrumentaliser les combats, et favoriser le maintien de l’ordre ; d’autres pour prendre leur habitus radical comme un gage de pensée et de clairvoyance.

Pour le reste, il ne faut pas confondre le travail ordinaire du militant, qui oeuvre en faveur de la reconnaissance des personnes transgenres, de l’égalité salariale hommes-femmes, de la réduction de la pauvreté, du rejet des préjugés ethniques, et la Justice Sociale - la version institutionnelle et dogmatique de qui est prompt à signaler publiquement ses vertus, et exalte avec emphase l’éveil et la prise de conscience. En se généralisant notamment dans le monde de l’enseignement et de la recherche, cette version dessert toute forme de progrès au nom même du progrès. On a précisé plus haut l’extension du concept de “wokism” et “wokeness”, il convient d’être vigilant sur les termes même de la lutte politique. Par exemple, la promotion de la diversité semble s’accorder à première vue avec l’antiracisme. Impossible d’oublier cependant les mises en garde de Walter Benn Michaels (La diversité contre l’égalité, 2009) qui a bien montré que les thématiques antidiscriminatoires ont aussi servi à améliorer la culture d’entreprise, les images commerciales et le marketing, et ont constitué non un moyen d’instaurer l’égalité mais tout au contraire un outil de gestion de l’inégalité (dans l’ordre socio-économique en particulier).

À l’inverse, il serait pour le moins inquiétant de renoncer à défendre la liberté, qui est l’une des valeurs fondatrices de la gauche au même titre que l’égalité. Faut-il le rappeler ? On a tendance à associer spontanément la liberté académique au camp conservateur, en comparant la situation actuelle à celle des années 90 et aux plaintes voire aux jérémiades portant alors sur les offensives du politically correct. Or d’une part celui-ci a été l’objet de critiques méthodiques venues de la gauche (souvent de ses composantes “antitotalitaires”), par exemple Isabelle Barbéris dans L’Art du politiquement correct (2019), ou de l’extrême-gauche, Pierre Mouterde et Les Impasses de la rectitude politique (2019) ; d’autre part, on ne saurait négliger le fait que sur les campus, parmi les cibles de la Cancel Culture, on ne trouve pas uniquement des orateurs de droite, mais également nombre de progressistes. Surtout, le danger, on ne le répétera jamais assez, est d’amalgamer les dossiers, academic freedom et academic justice. Enfin, il y aurait un manque certain de discernement, et une forme d’abdication, à laisser les droites, et parmi les plus brutales, se présenter comme les championnes des libertés démocratiques. Ce serait pour le camp du progrès manquer à ses responsabilités devant l’histoire.


6. Votre mémoire a la vertu de la clarté dans l’exposition. Vous traitez la question des libertés académiques comme d’un objet de recherche, avec une rigueur qui est celle de votre métier, ce qui devient de plus en plus rare, en particulier quand les scientifiques sortent de l’université pour intervenir dans le champ social ou politique, ainsi que vous le faites. Or vous estimez que la recherche militante, qui procède d’une intervention de l’idéologie, tend à confondre le vrai et le juste et change la nature des savoirs. Est-ce en soi négatif ? Quel danger voyez-vous à cela pour la recherche et l’enseignement ?

Arnaud Bernadet. Non seulement cela n’est pas en soi négatif, mais cela ne justifie en aucun cas une chasse aux sorcières, comme certains dirigeants sont tentés actuellement de le faire. Un dérapage de plus qu’il importe de dénoncer très fermement. Sur les campus et ailleurs, les militants sont des instances de veille qui jouent un rôle absolument essentiel dans la société. L’activisme peut se ressaisir des conclusions d’une recherche ; à l’inverse, il peut ouvrir la voie, désigner des questions - environnementales, constitutionnelles, éthiques, etc. - à côté desquelles des chercheurs seraient passés. Mais avant ou après s’en être fait une bataille, et quelles que soient les causes qui tiennent au cœur de chacun, une conversion du regard doit s’opérer : les savoirs s’établissent sur la base de faits et ressortissent en priorité à l’ordre du vrai. Tant mieux si une recherche peut servir à améliorer nos conditions de vie, réduire les inégalités au sein de la société, répondre aux défis politiques du monde contemporain.

Confondre le vrai avec le juste, nous voilà revenus cependant à un débat que Baudelaire dans la France du XIXe siècle a porté en littérature contre ceux qui assimilaient le beau, le vrai et le juste. Il leur opposait la spécificité de l’art, les lois de son autonomie. Il en va de même pour la recherche qui doit rester indépendante des pouvoirs et des influences de son temps. Bien sûr, nul n’oserait affirmer que les savoirs sont à l’abri des idéologies. Rien de plus naïf. Pour autant, on ne saurait rabattre les uns sur les autres sous peine d’hypothéquer à terme la démarche de la connaissance elle-même. En fait de recherche militante, on a désormais affaire à un corps de doctrines, qui s’est institutionnalisé depuis une trentaine d’années dans les universités nord-américaines, sous l’espèce de recrutements et de postes, d’une recomposition des départements et des curricula. Or ce paradigme, qui a pris racine historiquement du côté des pensées postmodernes (Derrida et Foucault en tête) et des Cultural Studies, n’est plus si productif qu’il l’était. D’un côté, il a donné naissance à une constellation d’approches, impossibles à unifier, aussi inégales que passionnantes, dont les branches postcoloniales et féministes sont parmi les plus dynamiques. De l’autre, il a aussi produit des modes de penser dogmatiques et répétitifs. C’est dans ce cadre qu’on assiste à une énième variation à la manière de la XIe Thèse sur Feuerbach de Marx : “Les philosophes n’ont fait qu’interpréter le monde de différentes manières, ce qui importe c’est de le transformer”. La politisation des savoirs ne va pas sans risques, notamment quand elle sacrifie aux exigences de la méthode ou perd de vue l’observation empirique. Du moins cette politisation ne se confond-elle pas avec la fonction politique et critique des savoirs dans une société. Car cette fonction s’exerce, au contraire, à la condition qu’on en respecte rigoureusement l’autonomie. Ce sont de tels écueils ou limites que la recherche dite militante doit se prémunir.

Là où le problème se complique toutefois, c’est lorsque cette recherche se traduit par une forme d’académisme voire de conformisme intellectuel, par définition contraire à sa vocation. Un danger double, et pour les savoirs et pour l’activisme. Il en va ainsi actuellement au Canada, spécialement du côté de la recherche subventionnée, il importe de le souligner, les organismes en charge des projets ayant tendance à soutenir des propositions dont la scientificité se révèle pour le moins discutable. Un cas exemplaire : la demande obtenue par l’Université Concordia à Montréal, et financée à hauteur de 153 000 $ : “Décoloniser la lumière : repérer et contrer le colonialisme en physique contemporaine” (7). S’y trouvent mélangées des questions qui ne sont pas du tout sur le même plan : recruter des étudiants issus des minorités comme assistants de recherche ; interroger les représentations culturelles de la lumière ; déconstruire les lois du domaine de la physique parce que celles-ci ont été énoncées par des savants occidentaux (Descartes, Newton) ; engager un travail d’épistémologie historique de la discipline. Autant d’amalgames qui entretiennent le malaise dans la pensée, dans le savoir, dans la critique.

7. Pour finir cet entretien, j’aimerais vous demander ce qui vous a conduit à vous engager dans votre important travail de rédaction d’un mémoire pour la “Commission scientifique et technique indépendante sur la reconnaissance de la liberté académique en milieu universitaire” ?

Isabelle Arseneau. Il y a à la base de ce travail de réflexion le découragement lié à la gravité des gestes qu’a posés notre université à l’automne 2020 et son silence (voire son déni) subséquent. Il est apparu urgent de faire sortir du seul cercle de notre université les ratés de ses administrateurs et les dangers que leurs décisions nous font courir. Mais il y a également la lassitude liée à la polarisation des discours dans l’espace public, notamment dans les médias sociaux, que je fréquente davantage qu’Arnaud, et aux raccourcis qui y prolifèrent, aussi bien ceux de la gauche que de la droite d’ailleurs. On a pu voir très nettement lors de la publication des résultats de l’enquête de la Commission que les uns comme les autres parlent la même langue : négation des faits et des chiffres ; résistance à la rationalité ; mise en soupçon systématique de la parole des journalistes ; interdiction et annulation ; censure ou autocensure qui se double du déni de l’(auto)censure…

J’ai également trouvé très irritante la démagogie du sensible qui valorise le ressenti au détriment de la distance critique. Une démagogie promue en premier lieu par des enseignants et des chercheurs à qui il arrive d’en faire leur fonds de commerce. Entendre répéter qu’il est impossible de parler de certaines choses  et de « savoir » sans avoir « vécu » a excité l’envie inverse : celle d’essayer de comprendre (je suis médiéviste : je vous laisse imaginer à quel point cette proposition liée à la valorisation des seuls savoirs expérientiels est, pour moi, aussi absurde qu’irrecevable). Le mémoire a donc été l’occasion de tenter une réflexion lente, patiente, méthodique, loin des raccourcis et de l’agitation ; de se donner du temps, à rebours des stéréotypes du prêt-à-penser ; l’occasion de proposer une analyse critique des « affaires » d’Ottawa et de McGill à travers la lunette des lectures faites pendant l’année, en espérant que celles-ci s’avèrent utiles à l’interprétation de phénomènes actuels.

Entretien réalisé par écrit au mois d'octobre 2021

Notes

(1) Martine Delvaux, « Les professeur.es d’universités doivent s’adapter aux nouvelles morales » (qub.radio, 08.02.2021)

(2) Francis Dupuis-Déri, «La panique morale et les wokes » (Le Devoir, 22.03.2021).

(3) Voir, parmi les articles récents, ceux de François Charbonneau ( « Les trigger warnings comme symptôme de la crise de l’université », Argument, 2021, exclusivité Web) et de Amna Khalid et Jeffery Aaron Snyder (« The Data Is In : Trigger Warnings Don’t Work », The Chronicle of Higher Education, 15.09.2021). 

(4) Isabelle Arseneau, « Pour une pédagogie de l’inconfort. Enseigner les fabliaux au temps des trigger warnings », L’Inconvénient, no 85, automne 2021.

(5) Jonathan Haidt et Greg Lukianoff, The Coddling of the American Mind, New York, Penguin Books, 2018. Les traductions sont de moi.

(6) Anne-Cécile Robert, La Stratégie de l’émotion, Montréal, Lux, 2018, p. 36.

(7)  https://decolonizinglight.com 

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