Penser la pandémie (partie 3): La société masquée

Si la crise du coronavirus pose des questions éthiques et politiques majeures, c'est qu'elle nous oblige à repenser les rapports entre le sujet et la société. Comment être un sujet pour un autre sujet dans un espace social où les masques font de nous des individualités anonymes ? Troisième vidéo de la série "Penser la pandémie", produite par le collectif Rogue-ESR.

Bonjour à toutes et à tous,

Dans les deux premières vidéos ( voir ici et ), nous avons envisagé la pandémie du Covid-19 à l’échelle macrosociale. Ici, il s’agira plutôt de réfléchir aux types d’individus que postulent les politiques publiques actuelles, comme aux comportements et aux façons de penser qui, à notre échelle personnelle, seraient les plus à mêmes d’incarner des réponses réfléchies et solidaires à la crise. La question que posent le confinement, l’usage des masques et des test est avant tout celle de l’exercice de notre liberté et de notre responsabilité dans le cadre de rapports ambivalents avec un Etat tout à la fois omniprésent et impuissant.

Le confinement a indéniablement sauvé des vies et en aurait sauvé plus encore s’il était intervenu plus tôt. Il a été imposé de manière coercitive à la population, en ayant recours à un état d’exception,  les libertés individuelles et collectives étant temporairement suspendues au nom de l’urgence sanitaire. 

Frontispice du Leviathan de Hobbes Frontispice du Leviathan de Hobbes


Sur la célèbre gravure qui orne la couverture du Leviathan de Hobbes, le corps massif du Souverain qui surplombe la campagne et la ville se compose des sujets qui y sont rassemblés et “confinés”, les regards tournés vers son visage d’automate. Le glaive gigantesque symbolise la sécurité et l’ordre qu’assure aux sujets l’Etat souverain. On y lit aujourd’hui la menace d’un régime autoritaire et illibéral. La crosse témoigne de la sujétion des consciences, en même temps que des corps, ce qui symbolise la sagesse du gouvernement palliant l’irresponsabilité des gouvernés. Dans la ville d’en bas est proposée une représentation de la nature de l’ordre assuré par la soumission des sujets au pouvoir absolu du souverain. Aucune trace d’animation; aucune vie ; toute juste une poignée de lanciers à la parade qui imposent un ordre stérile. Au centre, dans la ville déserte, deux médecins de la peste reconnaissables à leurs masques dont le bec rempli d’herbes aromatiques ou d’éponges vinaigrées servait à filtrer l’air putride en le déchargeant de ses miasmes. Outre la protection des sujets vis-à-vis d’un état de guerre de tous contre tous, l’Etat souverain prétend offrir la sécurité contre l’épidémie.

 La suite à découvrir dans la vidéo, qui comporte 4 parties :

  1.  La fabrique du consentement
  2.  Une éthique portative : articuler le “je” et le “nous”
  3.  Masque et identité
  4.  Tests, tests rapides et autotests : la liberté de savoir

La dernière vidéo sur la crise que nous traversons portera sur l'Université et la recherche, en préparation du 20 septembre : voir l'appel "Refonder l'université et le recherche".

Penser la pandémie (Partie 3) : La société masquée © Politique Des Sciences


PS : Je relaie une vidéo de Kopp Art sur le secret du double masque dans l'histoire du théâtre. Un travail de grande qualité qui apporte un complément utile à la réflexion sur la dimension culturelle et anthropologique du masque.

Le secret du DOUBLE MASQUE © Kopp Art

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