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Billet de blog 1 août 2016

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Chronique de ma Nature (4)

Les libellules n’aiment pas les compromis..

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Chroniques de ma nature (4).

A vrai dire, je ne l’attendais pas là : le Cordulegastre annelé (Cordulegaster boltonii) est une belle beste qui va et vient dans les fossés où l’eau est plutôt vive et claire.

Le rencontrer dans ce fossé, très végétalisé, dans un immense espace où s’étendent des hectares de vignes, de maïs et de tournesol, où s’épandent des centaines de mètres cubes d’insecticides ne peut qu’étonner. On dit des libellules qu’elles seraient des bio-indicateurs… Que certaines espèces seraient tellement fragiles que…. Sauf que ces informations propagées par nos propres circuits d’information manquent de recul, d’intelligence à les faire partager.

De fait, ces bio-indicateurs sont victimes annoncées de l’urgence qu’imposent les rapports qu’entretiennent les bureaux d’étude et ceux qui les financent. Ce dont souffrent les associations, concurrentes de ces bureaux d’étude, reste que l’embauche actuelle de ses membres, étudiants et membres aguerris, passe par l’entonnoir de l’emploi. Leurs finances restent assujetties aux programmes qu’inventent les aménageurs de territoires… tous liés aux entreprises de « travaux publics », toutes privées.

Elle va et vient, dans ce fossé pris entre un champ de blé récemment fauché et le mur du maïs qui a atteint plus de deux mètres. Comment ne pas admirer sa robe noire, tracé de quelques lignes d’un jaune solaire… En contre-bas la rivière Tarn s’écoule. On la dit sauvage parce que ses rives, très souvent, restent inaccessibles. Les falaises qui la bordent s’effondrent sous les coups répétés de pluies orageuses. Le Gomphe à pinces et son cousin à crochets trouvent toujours en hauteur l’espace utile pour se reposer et chasser. C’est là que je les rencontre, c’est là que je trouve le bonheur de les inscrire dans le beau livre d’un inventaire que je revendique…

Seulement voilà, le borgne reste roi dans le monde où survivent les aveugles… Et c’est là que le bât blesse. On nous dit qu’un milieu dit « naturel » pourrait se refaire à coups de fric, à coûts publics… après que les bulldozers l’aient détruit. On nous dit qu’à Sivens, un jour, la forêt renaîtra… Ben oui, évidemment, elle n’a fait que çà depuis plus de 500 années… Mais comment va se refaire le tissu humain, celui qui l’avait construit depuis si longtemps, patiemment, précédemment ?

Sur ce chemin, si souvent pratiqué, s’envole une Cordulie au corps fin… Elle monte en spirale, le bleu éclatant du ciel m’aveuglant. Et à cet instant, je reste les bras ballants, l’appareil photo en bandoulière et l’âme en peine.

Dans la veine d’un ru comblé ne chante plus la grenouille, ne s’envoleront jamais plus ces si fragiles agrions de Mercure, si discrètement habillés de bleu turquoise…

(à suivre)  

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