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Billet de blog 1 août 2016

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Chroniques de ma Nature (2)

Sivens et ses conséquences.

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Chroniques de ma nature (2).

S’il est entendu que nous soyons nommés « odonatologues », remarquons que le mot reste rébarbatif, voire incompréhensible. De fait l’espèce d’Homo Scientificus à laquelle nous nous trouvons attaché reste celle des entomologistes - un de mes élèves l’ayant traduit en « insectologue » -, guère plus attractif.

Dans l’immense monde des insectes – plus de trois millions d’espèces – les odonates font piètre figure statistique : uniquement quelques milliers de familles…. Mais ce qui paraîtrait simple se complique quand on s’en mêle. Parce qu’après tout, même une petite centaine de bestioles qui se présentent à notre curiosité - vivant, larve sous l’eau, et s’envolant ensuite – a inventé une telle diversité de couleurs au fil de leurs âges, qu’à la fin, il faut bien convenir, qu’une vie ne suffira pas à les appréhender.

En 2013, s’était invité, au travers d’un inventaire des odonates du Tarn, une nouvelle espèce mal connue en Tarn : la Libellule fauve. C’était non loin d’une bande marécageuse prise entre d’immenses champs de maïs, de tournesol, de blé et de vignes, entre Gaillac et Lisles sur Tarn, qu’elle s’est révélée. L’année suivante, toujours rare, elle est venue, de nouveau, se présenter sous l’objectif d’un appareil photographique complice.

En 2015, il fallait bien la retrouver… Aussi, armé de beaucoup de patience et d’une volonté de la retrouver, j’ai, de nouveau arpenté les zones terraquées qui lui plaisent tant.

Mal m’en pris… Puisque plusieurs fois, cette quête a rencontré des menaces inimaginables.

A chaque fois, marchant dans des sentiers battus, une voiture, un tracteur, une personne à pied sont venus pour m’enjoindre de quitter les lieux, pour m’intimider… Qu’est-ce qui était dit ? Monologues : « t’as rien à foutre là ! ». « Toi, t’es là pour nous espionner ! ». « On vous connaît, les mecs de Ségolène ! ». « Casse toi ou t’auras à faire à nous ! » .

On l’a compris, les événements de Sivens, l’insupportable tension qu’ont créée l’attitude guerrière de la FNsea, la violence de l’Etat et la complicité du Conseil Départemental du Tarn, avaient agi pour que des gens, que je côtoyais depuis tant d’année, en arrivent à cette posture faite de haine et d’insultes.

Cette année, j’ai de nouveau croisé la route de ces mêmes personnes. Elles étaient calmes et interrogatives quant à mon « travail » de naturaliste. Pire, ou tellement mieux, j’ai été invité à boire un verre en leur compagnie… et ai retrouvé Libellula fulva dans des effectifs qui rassurent l’avenir de cette magnifique libellule.

(A suivre)

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