Maintenant il va fallor l'admettre l'actuel combat pour préserver les 92 emplois va passer par des chemins d'une incroyable complexité.
L'usine est un cimetière de morts, futurs locataires, annoncés. L'amiante y a instillé son poison. Son histoire ouvrière apparaît ignorée par toute une génération de jeunes salariés, en CCD, en intérim, allant et venant, mis dans l'impossiblité de cosntruire leur avenir. La lutte des classes s'est dissoute dans l'insouciance du plaisir d'être ensemble sur le terrain de rugby, jetant sa boule sur la sable d'un terrain de pétanque.. Ainsi va la vie qui veut ignorer des drames annoncés, prévus et connus...
Lettre ouverte à une autre génération.
" Et puis soudain, plus personne n'est en route vers l'usine, la machine de la vie s'enraye, le plan "de restructuration", celui qui te dit que t'es, ou pas dans la charette te saute à la gueule... T'es 133, seras-tu dans les 92 qui vont aller se faire voir ailleurs.. Pas trop difficile, t'es malin, t'es pas dans l'atelier qui saute...
Et puis, t'as des syndicats, t'as voté pour la CFDT, vu qu't'aimes pas la CGT qui est coco... alors qu'elle n'est plus depuis plus de vingt ans... mais toi, tu sais pas, c'est tes vieux qui t'ont dit que... et les journaux, et ton voisin... Et pis Fo, si le gars est sympa, et les copains itou, c'est aussi ton vieux, ou les mêmes qui t'ont dit que dans le syndicat c'est tous des vendus... Sais-tu que dans les vestiares du rugby, - ce sport de brute -, dans les vestiaires du foot - ce sport de pédés-, dans les vestiaires du hand - ce sport de cul-de-jatte -, dans le vestaire de la fanfare - ce même-pas-sport- tout le monde va déguster ? As-tu compris qu'à la pêche, t'es pas mieux loti qu'au bistrot quand, à Alphacan sonne le glas d'un emploi qui te fait vivre et ausi le boulanger, la coiffeuse, l'instit de tes enfants, le facteur qui va t'annoncer la fin... de ton emploi ?
Et là, plus personne ne joue au foot, à la pétanque, va boire son godet sur la place de la Libération, ou place Jean Moulin.. plus personne n'ira trainer dans les vide-greniers... La vie s'époumonera à en perdre la vue...
Alors tu sais, camarade, va falloir, comme disait l'autre, l'autre soir, à l'AG, se sortir les doigts du cul, et savoir si t'as envie d'y être ou pas...
Pas de doute, le combat sera d'autant plus long qu'il prendra les formes que tu inventeras... patiemment, ensemble, tranquillement réfléchissant, comprenant qui est avec nous, et nommant nos adversaires, avançant et reculant, imaginant en permanence, mobilisant le ban et l'arrière ban, le cousin facho et la tante coco, le boulanger bio et l'employé de banque voisin... patiemment, patiemment...
... mais clairement."
Pascal Polisset