Monnaie de singe

Je publie ici le commentaire que j'ai laissé sur un article de Blog paru aujourd'hui.

Ce qui me gêne, le plus, dans les commentaires sur le Venezuela, c'est l'incroyable certitude de ceux qui condamnent un  processus réduit à la "dérive" d'un régime. J'invite d'ailleurs à ce sujet à écouter la video du philosophe colombien Santiago Castro Gomez, qui établit   avec simplicité la différence  entre défense d'un regime et défense d'un processus.

Pourquoi ne pas admettre que c'est difficile de comprendre ce qui se passe, pas seulement parce qu à propos de l' Amérique latine  le prisme du populisme est systématiquement utilisé pour décrypter la réalité mais aussi, et là j'interpelle l'auteur de l'article, parce que ce sont nos propres impasses qui apparaissent dans ce conflit, entre autres la question du changement social, évacuée, ou reléguée à un idéal qui n' a jamais à se confronter avec le réel ; ce qui n'est jamais abordé,  c'est la question  pouvoir constituant pouvoir constitué, le  rapport  nécessairement contradictoire entre état et population, qui est au centre du processus Venezuela, ici réduit à la manipulation des masses, au mieux,  par un homme.

je crains que derrière la vertueuse dénonciation d'une dérive maffieuse, dans cet article comme dans la masse de ceux qu'on peut lire, ce soit le renoncement qui se lise. Une autre phase dans le reboulonnement neo-libéral .mais quand c'est fait au nom de la gauche, c'est pénible.

A quel pays profite tout cela?  a quelle  geopolitique?

Pourquoi la question de la commune dont Cicciarello Maher a montré qu'elle était née dans une relation complexe entre etat et peuple est elle réduite à un sordide calcul électoral ? Où puiser de telles certitudes?

 

Enfin pourquoi faire  comme si le monstre de l’État était plus terrible au Venezuela qu'ailleurs? Les morts du Venezuela sont toujours mis dans le même sac, comme si les guarimbas  n'étaient responsables d'au moins autant de morts que les forces de police ?

Pourquoi un pays comme la France ou les vraies "manifestations pacifique's" sont réprimées durement juge-t-il  le Venezuela qui doit affronter la violence des guarimbas ?  Pourquoi un payscomme le nôtre,  où même pas 1 pour cent de la population a bougé contre l'etat d'urgence,  formol dans lequel nous flottons béatement depuis  le début des attentats, juge-t-il   les manquement à la liberté qui se produisent ailleurs?

La démocratie et la liberté sont elles plus que la la monnaie de singe des débats actuels?

 Enfin, lorsque nous réduisons au  populisme, à la dictature, l'histoire dramatique d'un pays, sans considérer les retombées qu'aura l'après Maduro(, ce que souligne un autre lecteur dans son commentaire, c'est à dire Open bar pour l'oligarchie)   vu l'absence de pensée alternative, ici comme là bas,  nous soutenons  l’État néo-libéral. 

 

 

 

 

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