Biopolitique. Suite.

Il y a une vidéo qui fait le buzz en ce moment.  le chef de service de réanimation  de l'hopital Cochin y explique qu'il faudrait faire des essais de vaccins  sur les populations africaines, comme on en avait fait pour le sida sur les groupes de prostituées.

Beaucoup sont choqués. Certains remarquent justement que ça ne suffit pas. Mais c'est  oublier que nous touchons là à certains fondements de la pratique médicale. Le corps expérimentation, en l'occurence, Foucault, il y a bien longtemps,  remarquait que la médecine occidentale  s’était construite, entre autres, grâce au développement de l'anatomie. Celui-ci avait exigé la pratique en masse de la dissection, opérée sur des cadavres appartenant tous au même groupe : les pauvres ou nécessiteux de l'ancienne Assistance publique. Notre savoir sur la vie, disait le philosophe, s'est donc construit sur des corps morts.

C'est là le paradoxe de la médecine moderne, paradoxe qu'on peut filer en rappelant  le lourd tribut des colonisés dans l’avancée des connaissances, avec la fameuse médecine coloniale. Voir par exemple le cas du fondateur de la gynécologie américaine et son travail, dans tous les sens du terme,  sur le corps des femmes amérindiennes.

Voir aussi le tribut payé par les animaux de laboratoire et le fait que dans le contexte actuel, une consigne d’euthanasie de toutes les populations d'animaux de laboratoire a été donnée

C'est notre contradiction fondatrice :  qui veut la fin veut les moyens. Dans toutes ces pratiques, il y a réduction  à un commun dénominateur : des corps, du bios. Toujours au nom du bien commun. Le pouvoir sur les corps, comme celui de les enfermer,  avec des règles qui changent en fonction de l'humeur ou de la connerie des dirigeants.

Mais pour que cela soit possible,  il a fallu une histoire de luttes des classes anciennes,(voir le chapitre sur la prise du pouvoir par les classes dominantes à partir du XVI siècle, concomitante de l’infériorisation des femmes, dans le dernier livre de Sylvia Federici ), une histoire coloniale qui, au nom de la mission civilisatrice, autorisa la domination de groupes humains dits inférieurs, et une séparation nature/nature qui  justifiait également  un pouvoir de mort  sur les animaux et la nature

Je suppose, bien sur que ce n'est pas le moment de parler de ça...

Mais c'est quand le moment ?

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.