Journal de pandémie. Biopolitique et bien public.

Récemment, nous nous  disions avec des amis : il faut arrêter de faire comme si le secteur public et l’État, c’était la même chose.

Ce qu’on vit nous ramène à  ça :

Qu’est ce qui s’est passé à l’hôpital  ?

L’état n’a pas cessé depuis les années 80, que le gouvernement soit de gauche ou de droite, d’imposer des logiques qui ont produit le désastre actuel. Au nom d ‘une logique gestionaire et d’une rationalisation du travail censés bénéficier aux usagers. Le livre édité par Raisons d’agir rend bien compte du phénomène :  l’hôpital a été une affaire d’état mais visiblement pas dans le sens du bien public.

Le caractère social de cette privatisation de l’hôpital mené par l’état me fait penser à ce que disait Foucault dans son cours sur la médecine sociale de 1974. Il écrivait alors :

Je soutiens l’hypothèse qu’avec le capitalisme, l’on n’est pas passé d’une médecine collective à une médecine privée, mais que c’est précisément le contraire qui s’est produit ; le capitalisme, qui se développe à la fin du XVIII siècle et au début du XIXe siècle, a d’abord socialisé un premier objet, le corps, en fonction de la force productive, de la force de travail. Le contrôle de la société sur les individus ne s’effectue pas seulement par la conscience ou par l’idéologie mais aussi dans le corps et avec le corps. Pour la société capitaliste c’est le bio-politique qui importait avant tout, le biologique, le somatique, le corporel. Le corps est une réalité bio-politique ; la médecine est une stratégie bio-politique.

Je trouve que « socialisation du corps, en ce moment », c’est parlant… Elle s’exprime de toutes les manières, confinement pour les uns et obligation d’aller travailler pour les autres, malgré le danger.

Et c’est le même monde qui a inventé l’idéal de liberté, la fiction de l’individu libre. Est-ce que  ce qui nous arrive nous fera prendre conscience de cette donnée; ou replongerons nous avec délices dans notre narration fondatrice : une nation d’individus libres.

Changer de mythe pour changer de monde. Ouais. Pas fait.

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