Bilan de la grève civique à Buenaventura.

Bilan de la grève civique à Buenaventura

José Javier Capera Figueroa1 - caperafigueroa@gmail.com
Traduction Claude Bourguignon-Rougier

Ils ont crié haut et fort, ils ont résisté, ont manifesté dans les rues, des centaines de familles se sont mobilisées. Tout cela a joué un rôle fondamental et la détermination des citoyens de Buenaventura a obligé les élites, le gouvernement et les secteurs traditionnels de la Colombie à prendre enfin en compte cette région de la Colombie, et à reconnaître le caractère vital de l'organisation communautaire.
Maintenant, il faut continuer le travail, et espérer que l'accord qui a été signé entre le gouvernement national et le Comité de Gréve Citoyenne sera le début d'une nouvelle histoire pour les communautés noires, le territoire, la terre, le port, et que la qualité de la vie va enfin changer sur la terre de Petronio alvarez
Le slogan « Respect pour Buenaventura, bordel », n'a jamais cessé d 'être entonné dans les rues. C'est l'union des artistes, des chanteurs, des enseignants, des leaders sociaux, des petits entrepreneurs, et des familles, qui a permis de faire pression sur le gouvernement, originellement hostile ou indifférent aux demandes et aux besoins des habitants de Buenaventura.
Maintenant, le défi majeur va être d'arriver à canaliser les émotions, les idées, les courants émanant des diverses organisations qui ont réussi à se coordonner et à rédiger des propositions collectives . Ces propositions mettaient en évidence les raisons u lesquelles la population s'est mise en grève, une gréve qui a ému les communautés nationales et internationales, choquées par la violence qu'a déployé la force publique et par les « oublis », les tergiversations, et surtout, la disqualification du mouvement dont se sont rendus coupables certains médias, en particulier lors des moments les plus chauds qu'ont vécu les habitants.
En effet, le gouvernement et les leaders du mouvement ont réussi à élaborer une plate forme à partir de laquelle proposer des solutions aux problèmes structurels dont souffre la region .
Dans cet accord, il est question de :
-Dégager dans les deux années à venir une subvention de 1,5 billions de pesos .
-Créer un fond autonome, alimenté par des ressources ordinaires mais pas seulement : le but étant de mettre en place un service des eaux digne de ce nom, pour que la population puisse disposer de l'eau courante 24 heures sur 24.
-Financer un plan de restructuration des conduites d'évacuation des eaux usées.
-Construire un nouvel hôpital , restaurer celui qui existe déjà, et réfléchir à la mise en place d' une cité médicale, dans le but de garantir l’accès à la santé de tous .
- Réaménager le stade Marino Klinger. Ce chantier fait partie de l'ensemble de travaux sur lesquels les deux parties se sont mises d'accord. Et pour lesquels sera dégagé un financement.
https://www.youtube.com/watch?v=SoxidbQ3OVY
Parmi les aspects les plus importants, notons la création d'un fond spécial destiné à financer des projets locaux visant la défense du territoire ainsi que la vie et l'organisation des communautés noires. Un point crucial pour lutter contre la violence structurelle, systémique et l'abandon systématique dont souffre depuis plus de cinquante ans le port le plus important et le plus aimé du pays.
Mais la lutte n'est pas finie, et un des défis sera d'arriver à créer un groupe de résistance, qui affrontera la corruption et contrôlera les très nombreux “politiques” qui vont vouloir représenter les intérêts des citoyens, et gérer les biens et les ressources qui ont été débloqués suite au conflit. C'est un défi de taille et le chemin sera semé d’embûches. Mais la communauté, à travers son comité de gréve citoyenne a un grand atout : elle a su montrer au gouvernement national et à la société colombienne que l'union, l'organisation, et la solidarité sont plus fortes que la violence, la répression et le refus de voir les problèmes.
Tout cela s'est passé en plein XXI siècle : un port d'Afrodescendants a su montrer que l'organisation et la résistance pacifique, pédagogique et communautaire payent. Qu'elles peuvent contrecarrer la logique de la violence, la méconnaissance politique et la myopie dont fait preuve régulièrement l’État avec les populations qui revendiquent leur souveraineté sur leurs territoires et l'autodetermination.

Aujourd'hui, nous pouvons chanter avec notre chère Leonor Gonzalez Mina :

Beau port sur la mer/Toi, ma chère Buenaventura/ où l'on respire une brise toujours pure/chaque fois que je souffre/je regarde ton ciel/ et me sens soulagée/ Chaque fois que je souffre/je regarde ton ciel et me sens soulagée.

 

 

 

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