Buenaventura, territoire de paix et d'harmonie

Por: José Javier Capera Figueroa1 -  caperafigueroa@gmail.com

Traduction Claude Rougier

Depuis, toujours, depuis la commune des débuts jusqu'à sa transformation en district portuaire maritime et fluvial, l'histoire de la terre de Petronio Alvarez 2 est pleine de paradoxes.
Pour commencer, précisons que Buenaventura est le principal port du pays, mais aussi une des zones les plus frappées par la pauvreté, la corruption et la violence, pour ne citer que quelques unes des plaies qui la frappent. Politiquement ,cette région du pays doit affronter deux types de problèmes.

Le premier tient aux liens unissent étroitement la classe politique traditionnelle, le secteur des entreprises et la corruption. C'est cette alliance qui a mené à la privatisation de ce qui constituait le principal bassin d'emplois et secteur productif de la région, l’entreprise Ports de Colombie. Une telle collision permet de comprendre que les structures rigides établies par les élites créoles3 du pays sur le territoire ont contribué à la création d'un climat social caractérisé par le désintéressement de l’état, la violence structurelle et des pratiques politiques qui servent les intérêts du capital et des entreprises monopolistiques locales.

Le deuxième problème tient à la connexion entre groupes paramilitaires, bandes criminelles et guerrilla ; ces organisations exercent leur autorité sur les parties les plus à l'abandon de la région C'est là un point essentiel, où apparaît clairement l'instabilité des institutions, et la terreur qu' inspirent ces secteurs liées au crime, au narcotrafic. Ils imposent leur contrôle dans les différentes parties du port, en poursuivant les gens, à travers diverses formes de violence et en faisant régner une insécurité structurelle

D'un autre coté, le climat de violence et d’insécurité dont souffre Buenaventura depuis longtemps est le résultat d'un processus d'exclusion organisé par l'etat. Quand sont apparues les fameuses « frontières invisibles «  ou « maisons de torture' »4, la presse, les organismes, les organisations sociales et internationales dédiés à la défense des droits de l'homme, ont réalisé que le port le plus important de Colombie vivait dans la terreur, l'exclusion et l'abandon.
Sur ce territoire, les communautés noires ou afrocolombiennes ont développé tout un processus visant à s’organiser, s'entraider, et défendre la vie, la paix, la terre . Et cela a damé le pion aux organisations criminelles, qui ont toujours mis en danger la cohabitation des habitants, des touristes ou de tous les citoyens désireux de connaître de visu la terre de l'eau de vie viche, de l'arrechon5 , de la cocada6 et de la marimba, et la gaîté, le piquant propre au peuple du Pacifique colombien.Et cela rend compte d'une volonté de s’organiser de l’intérieur, de construire un autre type de paix d’harmonie et de cohabitation, à partir de la base.
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Tout cela pour dire que ce vide structurel qui caractérise Buenaventura est le fruit d'une histoire, celle d'une exclusion et d'une négation systématique face aux demandes des organisations ou mouvements qui réclament un autre rapport au territoire et à la culture, d'autres conditions de vie. Ces revendications ont fini par déboucher sur une Grève Civique qui a duré trois semaines, et qui a su mobiliser puissamment la population, permettant aux secteurs les plus opprimés de la ville de revendiquer leur légitimité. Elle a mis en évidence la force de l'organisation communautaire, et le renforcement du tissu social qui s'est produit sur le territoire.
Enfin, en ce moment crucial que nous sommes en train de vivre sur la terre de Macondo, alors que le processus de paix semble piétiner, nous ne pouvons pas négliger les espoirs de le mener à bien , en partant si possible de la base, de ceux d'en bas. Pour arriver à concevoir un scenario de pardon, de réconciliation et construction de la paix, il nous faudra attaquer les problèmes fondamentaux de la nation. Le but n'est pas de de négocier avec la guerrilla, de permettre aux multinationales de s'installer sur le territoire , de se mettre d' accord avec les propriétaires fonciers qui dominent la région, et d'imposer un modèle économique basé sur la privatisation, bénéficiant à des groupes qui n'ont rien à voir avec les communautés locales . Concrètement, cela reviendrait à mettre en danger la souveraineté, la vie, la terre et des ressources naturelles qui devraient être au service des exclus et des opprimés de notre époque, au lieu de bénéficier aux grands monopoles, aux familles et aux secteurs politiques traditionnels qui se sont emparés des différentes régions du pays.

Post-scriptum: Le gouvernement continue à faire le pari de la paix, il ne sait pas comment, mais c'est l'idée qui compte 2) Les secteurs les plus réactionnaires et conservateurs de la société commencent à intimider les grandes villes en ayant recours à la violence, comme lors du dernier attentat d'un centre commercial à Bogotá7 3)L'organisation syndicale ASPU, qui est une alliée de la direction actuelle de l'université du Tolima, légitime la casse de l'emploi qui se prépare pour la fin du semestre8.

1. José Javier Capera Figueroa es Politólogo de la Universidad del Tolima (Colombia), Analista político y columnista del Periódico el Nuevo Día (Colombia) y del portal de ciencias sociales rebelión.org (España

2.Musicien célèbre de Buenaventura

3.En Amerique latine, criollo, à l'origine, désignait l'habitant, blanc, au mieux métis, mais jamais indien ou noir, qui était né dans le pays. Le terme est apparu sous la Colonia, et différenciait le criollo de l'espagnol péninsulaire

4.Il s'agit d’une guerre pour le contrôle du territoire que se fait aux frais de la population. Deux gangs, les Urabeños et la Empresa font la loi, établissent des frontières dont personne ne sait où elles sont et imposent des couvre feu impromptus. La population fuit quand elle le peut. Cette guerre a entraîné le déplacement de 2500 personnes, et fait une centaine de morts en 2016, sans compter les disparitions .Les habitants qui ne ne jouent pas le jeu des gangs risquent de mourir démembrés dans les centres de torture, des baraques du bord de mer.

5.Mélange de liqueur de canne, clou de girofle et épices

6.Gâteau à à la noix de coco

7.Il s'agit d'un attentat qui a eu lieu à la mi juillet et a provoqué trois morts. Il a été attribué à une organisation de guerrilla.

8.360 enseignants vont se retrouver sans emploi.

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