Les retraités. Le talon d’Achille de Jupiter

Depuis trente ans, les politiques d’inspiration libérale ont transformé le droit à la retraite en une charge dont il faut absolument réduire le poids. Les gouvernements successifs pensaient que les retraités se résigneraient à la perte de leur pouvoir d’achat. Ce n’est pas le cas et les retraités constituent peu à peu une force sociale que personne, désormais, ne peut ignorer.

Pourquoi s’attaquer aux retraités ?

La logique ultralibérale, à laquelle se tient Emmanuel Macron, considère que ce qui n’est pas utile aux marchés financiers est une charge qu’il faut absolument réduire. Contraint cependant de faire un geste en direction des salariés, le président présente la hausse de la CSG infligée aux retraités comme un moyen de financer les réductions de cotisations sociales des salariés pour leur procurer un regain de pouvoir d’achat. Le dispositif offre l’avantage de culpabiliser les retraités au nom de la solidarité intergénérationnelle et d’épargner les employeurs.

L’engagement du candidat Macron de protéger le pouvoir d’achat des retraités est oublié. D’autant que très vite est apparu le demi-mensonge : la hausse de la CSG s’appliquerait non pas aux pensions inférieures à 1 200 euros, comme annoncé, mais au revenu fiscal de référence. Ce qui eut pour effet d’impacter des millions de retraités qui pensaient y échapper. À cela s’ajoute l’affirmation scandaleuse selon laquelle les retraités recevant une pension au-dessus de 1 200 € étaient des « retraités aisés »…

Parmi les arrière-pensées des auteurs de la mesure, il y avait aussi l’idée que les retraités sont, certes, nombreux mais ne pourront pas peser sur les entreprises et ne sont pas suffisamment organisés pour représenter une menace sérieuse.

Des arguments qui ne tiennent pas la rue

Erreur stratégique du président : pressé qu’il était de renvoyer l’ascenseur à ceux qui l’avaient fait Roi, ses amis financiers et grands patrons d’industrie et de presse, et inquiet de ne pouvoir le faire en fin de quinquennat, Emmanuel Macron décide, sans attendre, de supprimer l’Impôt de solidarité sur la fortune. « En même temps » qu’il en appelle à la solidarité des retraités, il supprime le seul impôt de solidarité des plus riches ! Et il prive les recettes de l’État de 4,5 milliards d’euros, alors que l’impôt qui lui est substitué, l’IFI (Impôt sur la fortune immobilière), n’en rapporte que 1,2 milliards, soit une perte sèche de 3,3 milliards. Les retraités ont très vite le sentiment que le recul de leurs pensions n’est pas destiné aux actifs mais aux très riches, d’où le surnom qui colle désormais à la peau d’Emmanuel Macron de « président des riches ».

Une mobilisation sans précédent

Mais tout cela n’aurait pas suffi si les retraités, sous l’impulsion de la CGT et de huit autres organisations de retraités, n’avaient pas rapidement entrepris de se mobiliser. Dès l’annonce de la mesure en septembre, pétitions, tracts, manifestations se sont succédé jusqu’à la journée exceptionnelle du 15 mars 2018 qui a réuni près de 200 000 retraités à travers le pays. Le président et son gouvernement ont dû reculer en relevant le plafond du revenu fiscal à 2 000 € en dessous duquel la hausse de la CSG ne serait pas appliquée.

Mais cette mobilisation se poursuit et rencontre les mêmes aspirations dans le mouvement des gilets jaunes qui compte de très nombreux retraités. Le 31 janvier fut l’occasion de montrer que la colère des retraités n’avait pas faibli. Avec les actifs, le 5 février a vu les premières convergences avec les gilets jaunes qui ont su résister aux tentatives de dénaturation de leur mécontentement et qui, malgré une répression particulièrement sauvage, poursuivent leurs actions.

Un « grand débat » pour ne pas répondre aux revendications

Ce débat, qu’une majorité de Français voit plutôt comme une campagne électorale, semble paraphraser Coluche : « Dites-moi quels sont vos problèmes, je vous explique pourquoi ma politique est la seule valable. » Les thèmes imposés par Emmanuel Macron révèlent sa difficulté à répondre à la colère des retraités : il les a exclus du débat ! Mais là encore, les retraités ont rempli les cahiers de doléances ouverts dans certaines mairies de leurs revendications : annulation de la hausse de la CSG pour tous les retraités, rétablissement de l’ISF, revalorisations des pensions !

La suite n’est pas écrite

Emmanuel Macron espérait avec le débat corriger son image et regagner un peu de popularité, ce que certains sondages, très contestés, semblent lui accorder modérément. Mais l’échéance cruciale approche : quels enseignements seront tirés et quelles décisions seront prises à l’issue de ces échanges ?

Dès maintenant et au lendemain d’un débat qui les a écartés, les retraités vont se retrouver dans toutes les villes de France pour poursuivre et amplifier leur mobilisation. Les neuf organisations de retraités ont décidé d’une nouvelle journée d’action le 11 avril. La suite, nous l’écrirons ensemble Monsieur Macron, mais sans vous et contre votre politique.

Pascal Santoni

 

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