Faut-il participer à un débat truqué ?

C’est la question que nombre de ceux qui contestent la politique d’Emmanuel Macron se posent. Car ils ont vu à quel point la longue lettre du président limite le débat aux seules solutions qu’il préconise depuis son élection. Solutions dont on attend toujours les résultats positifs tout en subissant durement leurs effets dramatiques.

« Dites moi ce dont vous avez besoin je vous expliquerais comment vous en passer » ironisait Coluche. C’est ce que suggèrent les questions du président, censées encadrer le débat national. Pour être encadré il l’est, il est même proprement canalisé. La méthode est connue.

Le président contraint au débat

Sous la pression populaire des luttes dans les entreprises, des retraités, de la jeunesse et des gilets jaunes dont l’ampleur a dépassé toutes ses craintes, le président nous invite à sa table.
Bien. Mais il prévient d’emblée qu’il retire du menu le plat de résistance et les desserts, qu’il réserve à ses amis qui dinent dans un salon loin de là. Cela étant dit, tout en assurant que tout le monde est libre de réclamer son dû, il nous invite à partager, à nous disputer les restes, entrées et amuse-gueules. Le chantage est en place. Lisons-le entre les lignes.

Des questions en forme de chantage

  • Vous voulez des augmentations de salaires ? On va supprimer les cotisations sociales et compenser la perte de recettes par une augmentation de la CSG.
  • Vous voulez une ligne de chemin de fer dans votre région ? Dites-moi où faut-il que j’en supprime.
  • Vous voulez de meilleures conditions d’hospitalisation ? Dites-moi quels hôpitaux faut-il fermer
  • Vous voulez de meilleurs services publics ? Dites-moi lesquels faut-il supprimer.
  • Vous voulez de l’innovation ? Hé bien on va privatiser les aéroports de Paris, la Française des jeux et Engie pour la financer
  • Vous voulez lutter contre le réchauffement climatique ? On va augmenter les carburants
  • Vous voulez moins d’impôts ? On va réduire les dépenses et donc les services publics
  • Et au cas où vous vous entendriez sur d’autres solutions que les miennes, je vous suggère de discuter de l’accueil des migrants qui je l’espère va vous diviser et détourner le débat de vos attentes.

Des réponses soigneusement ignorées

Jamais, jamais le président n’évoque les ressources colossales que constituent les profits dégagés par les grandes sociétés. Et, contrairement à sa théorie du « ruissellement », ces profits ne se retrouvent pas dans les investissements et encore moins dans les salaires, mais pour l’essentiel dans la spéculation, les paradis fiscaux et les fortunes de quelques uns. En fait de ruissellement les salariés et les retraités constatent que ça ruisselle oui mais du bas vers le haut, vers les premiers de cordée chers, c'est le cas de le dire, au président.

La récession c’est eux, les solutions c’est nous

Empruntons à Albert Einstein une citation qui s’applique à merveille à nos préoccupations : « On ne résout pas les problèmes avec les modes de pensée qui les ont engendrés ». Oui pour dégager des solutions aux problèmes que connaît chacune et chacun d’entre nous, il faut penser le développement de notre société hors de la pensée libérale d’Emmanuel Macron et de ses soutiens.

Ces solutions existent, elles émergent des carrefours des gilets jaunes, des longues luttes syndicales, des études d’universitaires et d’économistes progressistes. 

Emmanuel Macron a été contraint d’accepter un débat sur les revendications populaires. Il tente cependant de reprendre en main une situation qui lui échappe. Ce faisant il s’expose à ce que tous les mécontents de sa politique investissent ces lieux de confrontation et mettent en lumière des solutions qui rompent avec ses fondamentaux financiers. D’autant que les mécontents en question peuvent en outre organiser leurs propres débats et les verser dans le débat national.

Les retraités c'est le 31 janvier

Mais s’il espère que ce débat éteindra les luttes, il se fait quelques illusions. Les gilets jaunes poursuivent leur mobilisation, les syndicats dans les entreprises organisent la lutte. Les retraités se proposent de lui rendre ses cadeaux empoisonnés et exigent que leur pouvoir d’achat leur soit rendu. Elles et ils préparent activement la journée nationale d’actions du 31 janvier à l’appel des 9 organisations de retraités.

Pascal Santoni

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.