Pourquoi un couvre-feu ?

La décision d’Emmanuel Macron de soumettre 20 millions de personnes à un couvre-feu a suscité de nombreuses protestations. Le refus de toute dérogation, notamment pour la vie culturelle et la restauration les a amplifiées. Et pour cause : leur incohérence est flagrante.

Une situation hors de contrôle

Le moins que l’on puisse dire est que ce gouvernement n’est pas plus préparé à affronter la deuxième vague de l’épidémie qu’il l’a été pour la première vague. Les masques ne sont toujours pas mis à disposition gratuitement. On ne sait toujours pas quels sont les modes de transmission du virus, une étude vient seulement d’être lancée par l’Institut Pasteur… Les suppressions de lits, y compris de lits de réanimation dans les hôpitaux ont continué de plus belle. Les soignants ont dû une nouvelle fois manifester leur mécontentement pour que la revalorisation de leurs salaires prévue par « le Ségur » pour mars 2021, soit avancée à la fin de l’année.

Mais le mal est fait : après des démissions en cascade, une consultation réalisée auprès de 60 000 soignants par l’Ordre national des infirmiers confirme que 57 % des d’entre eux sont en « burn out », un soignant sur cinq n’a pas pris de vacances depuis mars et certains pourraient même en être privés, 40 % des personnels soignants veulent changer de métier.

Incohérences à tous les étages

Face aux résultats prévisibles de leur inconséquence Emmanuel Macron et son gouvernement prennent peur et tentent de nous la communiquer. Ils créent un climat particulièrement anxiogène dans le pays, culpabilisent les individus et les familles et justifient ainsi des sanctions financières drastiques. Le président décide seul et apparemment contre l’avis des scientifiques eux-mêmes un couvre-feu et des modalités qui défient le bon sens !

Les chiffres du ministère de la Santé indiquent eux-mêmes que les foyers de contamination se situent surtout dans les entreprises, les EHPAD  et en milieu scolaire et universitaire, sachant qu’aucune étude sérieuse n’a été faite sur l’impact des transports en commun. On peut comprendre qu’il faille préserver l’activité économique et l’enseignement. Mais quelles mesures sont prises pour protéger les salariés, les collégiens et les étudiants ? Et fallait-il mettre en péril les cafés, la restauration et les entreprises du spectacle qui respectent scrupuleusement les règles sanitaires et chez qui on observe un faible taux de contamination ?

Le feu couve dans la France d’Emmanuel Macron

Le président a conscience de l’ampleur du mécontentement dans le pays à 18 mois de l’élection présidentielle. La colère est palpable dans tous les secteurs de l’opinion. Seul le climat anxiogène que nourrit la couverture médiatique de la propagation du virus empêche cette colère de s’exprimer. L’exaspération des personnels de la santé, des salariés, obligés d’emprunter des transports en commun bondés, les suppressions d’emplois et les fermetures d’entreprises dans l’indifférence du gouvernement, qui continue cependant de verser des milliards aux grandes entreprises sans contreparties, la publication des chiffres records de bénéfices de certaines d’entre elles durant la pandémie, l’incohérence des mesures sanitaires ont fait chuter à 30 % la confiance dans le gouvernement.

Après une tentative de détourner les regards de sa gestion par une dissertation sur l’islamisme, la seule réponse  que le président s’avère capable de prendre c’est le couvre-feu. Mesure qui va perturber gravement la vie de la population en la privant des rares moments de détente qui subsistaient. Elle lui permet de rendre les Français responsables de la propagation du virus, d’étouffer toute contestation possible de sa politique passée et présente et de donner le sentiment de réagir avec autorité à la crise sanitaire et économique.

Les retraités, comme les jeunes quoiqu’on en dise, respecteront les mesures sanitaires mais ils ne se résigneront pas aux menaces qui pèsent sur leur pouvoir d’achat.

Le 17 novembre, à l’appel de sept organisations de retraités, ils manifesteront sous diverses formes leur opposition à toute nouvelle atteinte à leurs conditions de vie.

Pascal Santoni

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