Marcel Trillat ou le défi aux puissants

Au moment où un projet de loi porte atteinte gravement à la liberté d’informer et d’être informés, il me paraît nécessaire de rappeler le parcours et la mémoire d’un journaliste à bien des égards exemplaire : Marcel Trillat.

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 Nous étions nombreux mardi 29 septembre au Père Lachaise pour dire adieu à Marcel Trillat.   Comme si ensemble nous voulions combler le vide que son décès brutal laissait en chacun de   nous. Ce journaliste symbole d’intégrité, de courage, d’engagement, cet humaniste sans   concessions aura marqué l’histoire de la télévision et le journalisme.

 « Il était une plume, et une voix, qui savait raconter le monde. Une "grande gueule" aussi, qui   n'hésitait pas à braver la censure et mettre des mots sur les maux de la société, un homme de   gauche qui prenait notamment la défense des mouvements ouvriers. » commente si justement   une  journaliste en voix off dans l’émission « Envoyé spécial »le 8 octobre dernier de France 2 en  hommage à Marcel Trillat.

Longtemps communiste, syndiqué et militant CGT, Marcel Trillat se trouvait toujours du côté de ceux qui peinent et qui luttent. Pour lui l’humanisme n’avait ni bornes ni frontières. Il a eu l'audace  de s’intéresser aux "invisibles" et de donner la parole à celles et ceux qui le plus souvent sont représentés en termes négatifs, voire insultants : les ouvriers, les employés, les syndicalistes, les réfugiés, les migrants….

Il suffit de parcourir les titres de ses réalisations pour mesurer la portée de ses engagements : 1er mai à Saint-Nazaire (1967), Étranges étrangers (1970 ), Guerre du peuple en Angola et A Luta continua (1975-1977), Les Enfants de la dalle (1988), Travailleurs fantômes (1994-1995), 300 jours de colère (2002), Les Prolos (2002), Femmes précaires (2005), Silence dans la vallée (2007), Des étrangers dans la ville (2013).

Documentariste exigeant et engagé Marcel Trillat fut un journaliste d'exception, d’une intégrité qui forçait le respect. Premier journaliste français à évoquer les noyades de manifestants algériens d’octobre 1961 aux informations télévisées en 1981, il fut également un des rares journalistes à dénoncer la mise sous tutelle par l’armée américaine des journalistes venus couvrir la guerre d’Irak.

Licencié au lendemain de mai 68, mis « au placard » à plusieurs reprises pour sa franche parole, il n’était pas homme à se laisser intimider. En 1979 il crée à la demande de la CGT une radio libre, ou plutôt une radio de lutte, pour accompagner la lutte des sidérurgistes : « Radio Lorraine cœur d’acier ». Une expérience fabuleuse et douloureuse aussi dont il parle avec émotion.

Mais Marcel Trillat c’était aussi un compagnon attentif et amical qui aimait la vie et qui espérait dans ce monde dévasté en des jours meilleurs. Il est parti mais ses réalisations, ses commentaires, ses écrits restent. Et comment oublier un homme pareil ?

Pascal Santoni

 

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