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Billet de blog 3 déc. 2020

Giscard, l'héritage européen

Retour sur le bilan international, très européen, du président Giscard d'Estaing.

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Valéry Giscard d’Estaing pensait que l’histoire était injuste avec lui puisqu’il était le moins populaire des présidents de la Ve République. Pourtant, son impact sur la modernisation de la société française après son élection a été réel. Rappelons que c’est lui qui fait passer le droit de vote à 18 ans alors que les jeunes sont censés voter à gauche, c’est sous sa présidence qu’est adoptée dès 1974 la légalisation de l’avortement contre l’avis de sa propre majorité, puis le droit pour l’opposition de saisir le Conseil constitutionnel, une réelle avancée démocratique.

Quel est son bilan sur le plan international ?

Il est président lorsque se déroule la Conférence sur la sécurité et la coopération en Europe (CSCE) à Helsinki en 1975, préparée avant son arrivée au pouvoir. C’est alors l’apogée de la Détente. Les « faucons » avaient dénoncé un marché de dupes dans lequel l’Union soviétique admettait le principe des libertés d’expression et de déplacement sans vouloir les respecter alors que les Occidentaux lâchaient la proie de la reconnaissance des frontières issues de la Seconde Guerre mondiale. En réalité, personne ne voulait remettre en cause les frontières, avec ou sans CSCE. C’est à partir de Helsinki qu’allaient se créer le Comité de défense des ouvriers en Pologne qui a débouché sur le syndicat Solidarnosc et la Charte 77 en Tchécoslovaquie, avec le futur président Václav Havel. Pour le monolithisme soviétique, le ver était dans le fruit.

Giscard n’a peut-être pas été assez conscient que la Détente avait pris fin et que l’on entrait à partir de 1979 dans une nouvelle guerre froide, il n’a pas voulu soutenir la double décision de l’OTAN. C’est François Mitterrand, qui pourtant allait faire entrer des ministres communistes au gouvernement qui l’a soutenu, qui a accusé Giscard d’être le « petit télégraphiste de Varsovie » parce que ce dernier avait rapporté au G7 l’annonce faite par Brejnev - qu’il avait rencontré quelques semaines auparavant en Pologne - d’un retrait des troupes soviétiques d’Afghanistan. L’annonce s’était avérée être un message de propagande du dirigeant soviétique.

C’est à l’initiative de Valéry Giscard d’Estaing qu’a été créé le G7, en voulant éviter que le repli sur soi des économies en difficulté après la désindexation du dollar et de l’or et du quadruplement des prix pétroliers, ne conduisent à une crise aussi grave que celle de 1929. Il pense alors que si les chefs d’État des nations les plus industrialisées se réunissent comme des amis dans une maison au coin d’un feu de bois, ils pourront trouver les solutions pour éviter cela. Le G7 est depuis devenu un fantastique barnum loin d’une simple réunion entre amis.
Dans tous ces cas, Giscard comptait sans doute de façon excessive sur son pouvoir de séduction, sur l’ascendant qu’il pourrait prendre sur les autres. Il fut écouté par Helmut Schmidt, par ses pairs du G7, mais se heurta à l’intransigeance de Brejnev.

Il tenta également de lancer un dialogue euro-arabe avec un volet économique important du fait des nouvelles richesses des pays pétroliers. Il sera considéré comme hostile à Israël pour avoir été à l’initiative de la déclaration de Venise de 1980 qui reconnaît à l’unanimité des Etats membres de la CEE le droit des Palestiniens à l’autonomie gouvernementale.

Giscard a par ailleurs joué un rôle important dans la réconciliation franco-allemande : Adenauer et de Gaulle avaient formé le premier couple franco-allemand. Il va poursuivre avec Helmut Schmidt. Bien que celui-ci ne soit pas de son bord politique, ils vont ensemble lancer le système monétaire européen, prologue de l’euro, et accélérer la construction européenne à une époque où les sociétés allemande et française étaient encore éloignées.

C’est bien la construction européenne qui fut la boussole de Giscard. Il parvint à faire adopter l’élection du Parlement européen au suffrage universel direct, à partir de 1979. Depuis son lit d’hôpital après un accident de la route, Jacques Chirac énonçait en décembre 1978 l’accusation de « parti de l’étranger » en désignant l’UDF, la formation politique créée par Giscard. Accusation grave s’il en est. Il se dira par la suite que Pierre Juillet et Marie-France Garaud, principaux conseillers de Chirac, avaient profité de son hospitalisation pour lui forcer la main.

Valéry Giscard d’Estaing poursuivra son engagement européen après avoir quitté l’Élysée. Il subira un autre échec douloureux avec le « non » au référendum de 2005 sur le traité constitutionnel européen.

Malgré tout cela, il n’a pas laissé dans l’histoire la trace d’un De Gaulle ou d’un Mitterrand. Il n’a pas eu l’occasion d’un coup d’éclat comme Chirac avec le « non » à la guerre d’Irak. Il fut élu au moment où l’on ne savait pas encore que les 30 glorieuses allaient prendre fin et plonger la France dans la crise et l’apparition d’un chômage de masse.

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