Pascal.Boniface
Directeur de l'Institut de relations internationales et stratégiques
Abonné·e de Mediapart

693 Billets

0 Édition

Billet de blog 4 mai 2016

Pascal.Boniface
Directeur de l'Institut de relations internationales et stratégiques
Abonné·e de Mediapart

Élections américaines : deux candidats que tout oppose

Les élections primaires américaines ont rendu leur verdict. Début novembre devront s'affronter Donald Trump côté Républicain et Hillary Clinton côté Démocrate. Ce sont deux leaders qui s'opposent, autant par leur personnalité que par leur programme, ce qui devrait susciter un grand intérêt partout dans le monde.

Pascal.Boniface
Directeur de l'Institut de relations internationales et stratégiques
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

On voit déjà, à la façon dont le débat politique américain est suivi mondialement, que les États-Unis ont un rôle à part sur l'échiquier mondial. Car, si du Proche-Orient à l'Asie, de l'Afrique à l'Europe, les élections sont suivies de si près, c'est que chacun sait que le résultat peut avoir des conséquences importantes pour son propre pays.

Sur le plan des questions internationales et stratégiques, un fossé gigantesque sépare Hillary Clinton de Donald Trump.

La première est très expérimentée, ayant été la secrétaire d'État de Barack Obama lors de son premier mandat, après avoir été sénatrice de New York pendant six anset première dame du pays de 1992 à 2000. Elle est entourée d'une équipe nombreuse et solide de spécialistes et a un carnet d'adresses international fourni. Le second n'a exercé aucune responsabilité à vocation internationale. On ne lui connaît aucun expert connu qui lui serait attaché et il avoue lui-même se fier à son intuition pour décider des grandes orientations. Cela ne semble pas effrayer pour l'instant les électeurs.

C’est un peu la limite du système politique américain. Les États-Unis ont un poids international très fort, mais ses citoyens sont assez peu au fait des questions de politique étrangère. Ils n’ont pas réellement conscience des conséquences de la mondialisation, notamment du fait que, si les États-Unis restent le pays le plus important du monde, il ne leur est plus possible d'agir sans tenir compte des autres ; que l’unilatéralisme n’est plus possible dans un monde globalisé.

Donald Trump a fait des déclarations chocs, qui ont eu pour effet de satisfaire une partie de l’électorat américain. Il a proposé d'interdire l'entrée du pays aux musulmans, qu'il assimile assez vite au terrorisme ; il veut construire un mur pour empêcher les Mexicains et Latino-Américains de venir aux États-Unis (aux frais du Mexique). Tout ceci peut être populaire chez les électeurs américains blancs qui sont inquiets à l’idée de perdre la bataille démographique et devenir minoritaires d'ici la moitié du siècle. Mais, évidemment, ce programme est tout à fait irréalisable et aurait des conséquences catastrophiques. Cela ne serait pas la première fois qu'un candidat ferait de telles déclarations, impossibles à mettre en œuvre. Par ailleurs, si Trump était élu, le poids de l'administration au Pentagone, département d'État, viendrait modérer ses propositions les plus excessives, et en tous les cas suffisamment inquiétantes, pour que plus de deux-cent anciens diplomates militaires et spécialistes géopolitiques signent un texte commun pour mettre en garde les conséquences de son élection sur les intérêts nationaux américains.

Les déclarations outrancières de Trump font craindre à certains qu’il ne lance son pays dans de nouvelles aventures militaires. Les plus récentes ont coûté très cher non seulement aux États-Unis mais également au reste du monde. Mais là, le danger est moindre. Donald Trump est en fait isolationniste, reprenant une tradition américaine antérieure à la Seconde Guerre mondiale. Il veut laisser les alliés européen, coréen, japonais, arabe se débrouiller et n'entend pas engager les États-Unis pour les défendre. Le risque est plutôt dans le repli sur soi que dans un interventionnisme débridé. Là-encore, s'il était élu, il pourrait adopter une politique différente de celle qu'il proclame mais l'inquiétude demeure, essentiellement parce qu'elle correspond à une lame de fond aux États-Unis, après les expéditions catastrophiques en Afghanistan et en Irak.

En face, Hillary Clinton est beaucoup plus classique, représente une ligne plus dure que Barack Obama et pourrait être plus tentée d'intervenir militairement. Elle est en même temps consciente des limites des possibilités d'action des États-Unis ; on sait qu'elle était réticente à l'accord nucléaire sur l'Iran mais ne devrait pas le remettre en cause, pas plus que la réconciliation entre les États-Unis et Cuba. Sur le Proche-Orient, elle a proclamé une solidarité sans faille avec Israël ; elle avait déjà approuvé la guerre de Gaza en 2014.

Avec Clinton, on resterait dans le cadre d’une politique américaine connue, avec ses limites qui le sont également. Avec Trump, on entrerait dans une zone inconnue et imprévisible. Même si Obama a déçu, on risque de le regretter après 2016.

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

Les articles les plus lus
Journal — Qatar : le Mondial de la honte
Journal — À Saint-Étienne, le maire, la sextape et le chantage politique
Journal — À Saint-Étienne, le maire, la sextape et le chantage politique

À la Une de Mediapart

Journal — Europe
Le jour où le post-fascisme a pris le pouvoir en Italie
Le parti de Giorgia Meloni a largement dominé les élections italiennes du 25 septembre. La coalition de droite devrait obtenir une majorité absolue au Parlement. Le résultat de décennies de confusionnisme et de banalisation du fascisme dans lesquels se sont fourvoyés tous les mouvements politiques de la péninsule.
par Ellen Salvi
Journal — Europe
« La droite fasciste n’a jamais disparu de la société italienne »
L’historienne Stéfanie Prezioso explique ce qui a rendu probable l’accès d’une post-fasciste à la tête du gouvernement italien. De Berlusconi en « docteur Frankenstein » au confusionnisme propagé par le Mouvement Cinq Étoiles, en passant par le drame des gauches, elle revient sur plusieurs décennies qui ont préparé le pire.
par Fabien Escalona
Journal — Moyen-Orient
Des Russes désertent vers la Turquie pour ne pas « mourir pour Poutine »
Après que le président russe a décrété la mobilisation partielle des réservistes pour faire face à la contre-offensive de l’armée ukrainienne, de nombreux citoyens fuient le pays afin de ne pas être envoyés sur le front. 
par Zafer Sivrikaya
Journal — Politique
La justice dit avoir les preuves d’un « complot » politique à Toulouse
L’ancienne députée LR Laurence Arribagé et un représentant du fisc seront jugés pour avoir tenté de faire tomber une concurrente LREM à Toulouse. Au terme de son enquête, le juge saisi de cette affaire a réuni toutes les pièces d’un « complot » politique, selon les informations de Mediapart.
par Antton Rouget

La sélection du Club

Billet de blog
Les sulfureuses éoliennes de la baie de Saint-Brieuc en débat
[Rediffusion] A l’initiative d’Ensemble ! deux débats ont été organisés les 24 et 25 septembre autour du projet de parc éolien dans la baie de Saint-Brieuc. En voici le compte rendu vidéo, avec mon intervention, présentant mes enquêtes sur Mediapart, et les prises de parole de Katherine Poujol (responsable de l’association « Gardez les caps !) ou encore de Lamya Essemlali (présidente de Sea Shepherd France).
par Laurent Mauduit
Billet de blog
Le gigantisme des installations éoliennes offshore en Loire Atlantique et en Morbihan
Un petit tour sur les chemins côtiers en Loire Atlantique et en Morbihan pour décrire et témoigner du gigantisme de ces installations offshores, de la réalité de l'impact visuel, et de quelques réactions locales.
par sylvainpaulB
Billet de blog
Saint-Jean-Lachalm, un village qui a réussi ses éoliennes, sans s'étriper
Saint-Jean-Lachalm, un village de la Haute-Loire qui a trouvé le moyen de ne pas s’étriper lorsque l’idée d’un champ d’éoliennes a soufflé dans la tête de son maire, Paul Braud. En faisant parler un droit coutumier ce qui, de fil en aiguille, a conduit… au chanvre.
par Frédéric Denhez
Billet de blog
L’éolien en mer menacerait la biodiversité ?
La revue Reporterre (par ailleurs fort recommandable) publiait en novembre 2021 un article auquel j’emprunte ici le titre, mais transposé sous forme interrogative … car quelques unes de ses affirmations font problème.
par jeanpaulcoste