Le sport n’est pas une priorité gouvernementale

Peu de temps après que la France célèbre quasi-unanimement l'obtention des Jeux Olympiques pour 2024 et s’enthousiasme des valeurs du sport pour la société, le budget nous ramène à de plus tristes réalités.

Le sport n'est pas une priorité gouvernementale. Rien de nouveau sous le soleil, c'est plutôt une longue tradition. Les responsables politiques aiment célébrer les victoires de nos champions mais ne font guère d'efforts pour préparer la relève et diffuser la pratique du sport. Les jours de victoire, le haut de la pyramide est fêté. Au quotidien, le bas de la pyramide est trop souvent oublié.

Bien sûr, il faut réduire les déficits. Mais, il y a des budgets qui sont sanctuarisés quand d’autres vont augmenter. Celui du sport, lui, subira une baisse de 6,9 % des crédits. Le Centre national de développement du sport connaît une baisse de 260 à 133 millions d’euros tandis que le ministère passe de 247 à 348 millions. Le budget de dernier s’élève désormais à 481 millions d’euros, contre 507 l’an dernier.

Le mauvais traitement subi par le ministère du Sport n'est pas étonnant. Le sport ne fait pas partie de la formation des élites françaises contrairement à d'autres pays, notamment anglo-saxons.

En France, le sport n'est pas une priorité. La seule subvention accordée à l’opéra de Paris est de 100 millions d’euros, soit 1/5ème du budget global alloué au sport. Cette subvention est en grande partie auto-accordée par les élites, elles-mêmes, car les spectateurs de l’opéra sont majoritairement classés socialement. Je ne souhaite pas ici opposer la culture au sport. Les deux sont indispensables. Ceux qui les opposent privilégient justement la première pour négliger le second.

Certains expliqueront qu’il y a beaucoup d’argent dans le sport. C’est vrai. Mais il s’agit du sport professionnel qui ne coûte rien à l’État, voire lui rapporte, par le biais des impôts et des taxes. C’est sans charge pour l’État que le tour de France offre un spectacle gratuit à dix millions de spectateurs. C’est également sans charge pour l’État que, chaque année, environ 8 millions de personnes assistent à des matchs de football de ligue 1.

Là où les financements manquent, c’est pour le sport amateur, afin de permettre une plus grande pratique du sport de masse, bénéfique pour la cohésion sociale, l’éducation et la santé. Souvent, les clubs ne peuvent pas accueillir la totalité des enfants souhaitant s’inscrire, faute d’installations et/ou d’encadrants. Le risque est de créer un fossé entre ceux qui ont les moyens de s’inscrire dans des salles ou clubs privés aux abonnements coûteux et ceux qui, faute de moyens, seraient privés de pratiques sportives.

Il y a pourtant 17 millions de Français adhérents à une association sportive, sans compter les pratiquants informels et les bénévoles qui encadrent ces différentes activités. Le monde du sport est peut-être trop légitimiste et peu conscient de sa réelle puissance pour faire valoir ses droits.

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