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Billet de blog 6 mai 2019

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Corée : au-delà de l’enjeu régional, un enjeu global (2/3)

Les tirs de missiles de courte portée effectués par la Corée du Nord samedi 4 mai montrent que les espoirs sur une prochaine dénucléarisation de la Corée du Nord sont loin d’être réalisés. Ils montrent également les limites de la stratégie de Trump. La Corée du Sud fait son maximum pour en limiter les conséquences négatives.

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L’Axe du mal fait échouer une occasion historique

Il faut se rappeler que Madeleine Albright - secrétaire d’État de Bill Clinton entre 1997 et 2001, peu susceptible d’être considérée comme une naïve colombe - était revenue de son spectaculaire et surprenant voyage à Pyongyang en 2000 confiante dans la perspective d’une dénucléarisation de la Corée du Nord. La priorité accordée à Camp David et à la question israélo-palestinienne n’ont pas permis à Bill Clinton de se saisir du dossier avant la fin de son mandat pour conclure le deal. Mais chacun pensait qu’Al Gore – dont il paraissait évident qu’il allait succéder à B. Clinton - allait finir le travail. Et déjà, selon M. Albright elle-même, le complexe militaro-industriel s’élevait contre une dénucléarisation qui allait priver de légitimité le programme de défense antimissile.[1]

M. Albright a cherché à attirer l’attention de l’équipe Bush, après son élection, sur cette possible avancée majeure, sans succès. Pire encore, en janvier 2002, G.W Bush, certainement pour montrer qu’il ne visait pas que des pays musulmans, incluait la Corée du Nord dans la liste des pays constituant l’« Axe du mal ». Pas de quoi inciter Pyongyang à des concessions.

Chacun a au contraire pu constater qu’alors que l’Irak déclarait n’avoir pas d’armes nucléaires et acceptait les inspections internationales, G.W Bush a mis en place une solution militaire pour régler le problème. À l’inverse, alors que Pyongyang se vantait d’avoir un arsenal nucléaire et balistique et refusait toute inspection (et dont le dirigeant insultait copieusement les dirigeants américains), les États-Unis se sont gardés de toute intervention armée, plaidant pour l’effort diplomatique.

Le sort de Saddam Hussein et de Kadhafi n’a pu que conforter la certitude de Kim Jung-il et Kim Jong-un, selon laquelle la possession de l’arme nucléaire, dont ne disposaient pas les leaders libyen et irakien, était l’assurance vie parfaite pour leur régime, mais aussi pour eux-mêmes.

Une occasion historique venait d’être gâchée. Alors que la dénucléarisation du « Royaume ermite » était à portée de main, la radicalisation des néoconservateurs américains – dont la réelle priorité était le Proche Orient – a entrainé la radicalisation de Pyongyang. La guerre d’Irak a également eu des répercussions négatives dans la péninsule coréenne.

L’ironie de l’histoire, la malchance stratégique, le mauvais sort a voulu qu’il y ait toujours une disjonction entre les présidents sud-coréens et américains, dont l’attitude vis-à-vis de la Corée du Nord a trop souvent divergé. Kim Dae-jung et ses successeurs de gauche se sont heurtés à Georges Bush, Obama, intellectuellement ouvert au dialogue de façon structurelle à Lee Myung-bak et Park Geun-hye, à l’esprit faucon. Trump et Moon Jae-in sont aujourd’hui tout autant dissociés. La priorité de Moon est aujourd’hui d’éviter d’être entrainé contre son gré dans une politique de confrontation que Trump pourrait mettre en place pour prouver sa force à ses électeurs et au monde.

[1] Cf Madeleine Albright, « Madame le secrétaire d’État », Albin Michel _ Chapitre XXVII « Au cœur du royaume ermite ».

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