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Billet de blog 9 janv. 2017

« Ennemi de la Nation » ou patriote dérangeant ? Ma réponse à MM. Encel et Haziza

Le 17 décembre 2016, sur la chaîne LCP/AN, Frédéric Encel, sur invitation insistante de Frédéric Haziza, dressait une liste « d’ennemis de la Nation », où il citait Alain Badiou, Edwy Plenel et moi-même.

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On ne peut qu'être choqué que, sur une chaîne du service public, de surcroît émanant de la représentation parlementaire, des personnes apparemment complices puissent s'attaquer nominalement à des journalistes ou intellectuels, en les traitant « d'ennemis de la Nation », sans que les mis en cause puissent répondre. C’est clairement un appel à la haine, d’ailleurs relayé par de nombreux sites extrémistes. Est-ce admissible ? Conforme à l’éthique d’une chaîne dépendante du Parlement français ? Je peux d’autant moins répondre que, pour ma part, à la demande de Fréderic Haziza, Marie-Ève Malouines a interdit aux journalistes de LCP Assemblée nationale de m'inviter. Est-il acceptable que la chaîne parlementaire soit ainsi privatisée ?

Mais, finalement, je préfère que Frédéric Encel m'attaque directement plutôt qu'il s'en prenne à un de mes fils, comme il l’a fait récemment[1], ou qu'il le fasse publiquement, et non en privé comme à chaque déplacement, ainsi que cela m’est souvent rapporté, disant systématiquement que je suis « payé par les Arabes ». Ce qui est savoureux, lui qui n'a jamais occupé un poste permanent et vit grâce à ses engagements communautaires.

Je suis par ailleurs habitué au harcèlement que me fait subir Frédéric Haziza. Celui-ci a suscité une pétition en ma faveur, signée par plusieurs milliers de personnes[2]et un rappel aux bonnes règles du Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA). Je peux me défendre, comme je l'ai fait dans « Les pompiers pyromanes ». Je suis donc moins à plaindre que les collègues journalistes ou stagiaires de LCP Assemblée nationale.

Le débat intellectuel est nécessaire. La polémique est acceptable. C’est même le sel du débat public. Encore faut-il qu'ils soient fondés sur des arguments et restent contradictoires. Le problème de Frédéric Encel, nourri aux méthodes d'officine, c'est qu’il lance des accusations injustifiées car infondées.

Entre autres choses, Messieurs Encel et Haziza ont en commun de me poursuivre de leurs assiduités depuis 2001. Ils privilégient insultes et calomnies aux arguments. Ils n'ont toujours démenti aucune information les concernant contenues dans « Les pompiers pyromanes » ou « Les intellectuels faussaires »[3]. Ces livres contiennent des critiques fondées sur leurs écrits et propos, et non des accusations en l'air. C’est ce qui sépare le débat intellectuel du travail d'officine et de désinformation.

Sur quelle phrase ou citation des personnes qu’il met en cause, Frédéric Encel peut-il dire que nous sommes des « ennemis de la Nation » ? Parce que nous refusons le racisme antimusulman ? Parce que nous plaidons pour le vouloir vivre ensemble ? Être accusé « d'ennemi de la Nation » par deux personnes dont la protection du gouvernement israélien est la priorité absolue révèle leur absence totale de limites intellectuelles et éthiques. F. Encel a déclaré devant un public israélien ce printemps : « je ne critique jamais Israël »[4]. F. Haziza, dialoguant avec des membres de la Ligue de défense juive, a, quant à lui, expliqué : « Tout au long de ma carrière de journaliste, j’ai toujours défendu Israël »[5].

Et ce sont donc eux qui m’accusent d’être un « ennemi de la Nation ? » C’est justement parce que je plaide pour une France forte et rayonnante et pour l’application - y compris au Proche-Orient - des valeurs universelles qu’ils m’attaquent. Eux souhaitent une France qui rentre dans le rang, quitte à ce qu’elle perde en prestige et popularité internationale. Or, la France est attractive pour les peuples du monde lorsqu’elle défend le droit international et le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, pas quand elle se tait devant l’occupation et la répression. Leur critère principal est bien l’absence de critiques du gouvernement israélien.

Je n’ose imaginer les réactions outragées, si j’avais osé qualifier M. Encel ou M. Haziza d’ennemis de la Nation. Eux jouent sur du velours, certains de leur impunité. Ils peuvent déclarer la guerre à des intellectuels français, dont les positions sur la politique israélienne leur déplaisent.

J’ai lourdement payé pour avoir combattu en faveur de l’universalisme. C’est leur communautarisme qui leur sert de sauf-conduit.


[1] BONIFACE (Pascal), Les pompiers pyromanes : ces experts qui alimentent l’antisémitisme et l’islamophobie, Max Milo [Rééd. Pocket] 2015.

[2] https://www.change.org/p/l-opinion-publique-stop-%C3%A0-la-chasse-aux-sorci%C3%A8res-soutien-%C3%A0-pascal-boniface-624c1e83-0f68-4032-88c4-5573503fdba4

[3] BONIFACE (Pascal), Les intellectuels faussaires : le triomphe médiatique des experts en mensonge, JC Gawsewitch [Rééd. Pocket], 2011.

[4] https://www.youtube.com/watch?v=4wIt8DFgBro

[5] https://www.dailymotion.com/video/xvet48_frederic-haziza-dans-ma-carriere-de-journaliste-j-ai-toujours-defendu-israel_news

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