Pascal.Boniface
Directeur de l'Institut de relations internationales et stratégiques
Abonné·e de Mediapart

678 Billets

0 Édition

Billet de blog 11 déc. 2020

Les mémoires de Barack Obama (5/5) : Obama et Israël

Dans cette série de cinq articles, j’aborde au fil de l’eau les mémoires de Barack Obama, "Une terre promise", parues aux éditions Fayard le 17 novembre 2020.

Pascal.Boniface
Directeur de l'Institut de relations internationales et stratégiques
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Barack Obama avait beaucoup d'espoir de parvenir à un accord de paix sur le conflit israélo-palestinien. On peut penser que le comité Nobel lui avait attribué par avance le prix Nobel de la paix dans l’espoir qu'il y parvienne, là où tous ses prédécesseurs avaient échoué. Mais peut-être Barack Obama a-t-il échoué pour les mêmes raisons que les autres présidents américains. Il écrit par exemple que George W. Bush était favorable à une solution à deux États, mais qu'il n'a jamais voulu faire pression sur Israël. Mais Barack Obama n'a pas fait plus en réalité. Il explique un tel échec « nos diplomates se trouvaient contraints à chaque fois de faire le grand écart, en défendant Israël pour des actes auxquels nous nous opposions par ailleurs » et il ajoute « en d'autres termes l'absence de paix entre Israël et les Palestiniens constituait un risque pour les États-Unis ». Mais en même temps, il explique que du point de vue israélien « les Palestiniens demeuraient largement invisibles et leurs problèmes étaient ennuyeux, mais lointains ». Il écrit également « Arafat avait souvent employé des tactiques abjectes, mais tout ceci n’enlevait rien au fait que des millions de Palestiniens étaient privés de leur droit à l'autodétermination et de tant d'autres droits dont jouissaient même des populations de régimes non démocratiques. » 

Dans un assez long et robuste passage il explique qu’à sa prise de fonction « la plupart des républicains avaient cessé de faire semblant de s'intéresser au sort des Palestiniens. Au contraire, une majorité importante de protestants évangéliques blancs, le réservoir des voix républicaines le plus consistant, pensait que la création et l'expansion progressive d'Israël réalisaient la promesse faite par Dieu à Abraham et annonçait le retour du Christ. Quant aux démocrates, même les plus progressistes redoutaient de paraître moins pro-Israël que les républicains et du reste une bonne partie d'entre eux étaient juifs ou représentaient des circonscriptions abritant une importante population juive. » 

Il poursuit « les membres des deux partis préféraient éviter de s'attirer les foudres de l'American Israel Public Affairs Committee (AIPAC), un puissant lobby transpartisan qui veille à ce que les États-Unis continuent de soutenir inconditionnellement Israël. L’AIPAC pouvait exercer son influence sur presque tous les districts du pays est pratiquement tous les politiciens Washington - compris – en comptaient parmi les plus importants soutiens et donateurs. Autrefois l'AIPAC hébergeait en son sein une pluralité d'opinions concernant la paix au Proche-Orient et il avait pour ligne de conduite que les politiciens cherchant en ce soutien devaient approuver le prolongement de l'aide américaine à Israël et s'opposer aux tentatives d’isoler ou de condamner Israël à l'intérêt au sein de l’ONU ». Puis la politique israélienne s’est décalée à droite et l'AIPAC a suivi. « L’AIPAC continuait à prôner une alliance et le renforcement de cette alliance entre les gouvernements américain et israélien même lorsque les agissements du second entraînaient une contradiction avec la politique du premier. Les parlementaires qui critiquaient Israël un peu fort risquaient de se voir qualifier d'anti Israël et éventuellement d'antisémite et de découvrir en face d'eux à l'élection suivante un adversaire pourvu d'un budget confortable. » 

Obama avait demandé l'arrêt ou le gel de la colonisation, Netanyahou n'en a tenu aucun compte parce qu'il savait qu'il faudrait compter sur l'appui du Congrès. Malgré la poursuite de l'aide américaine à Israël et même son renforcement sous Obama, Netanyahou a fait en sorte de présenter ce dernier comme un adversaire d'Israël et Obama reconnait que le Premier ministre israélien a remporté la partie en lui collant cette image. Obama rappelle qu'une « divergence normale avec un Premier ministre israélien même à la tête d'un fragile gouvernement de coalition avait un goût politique sans équivalent dans les relations avec le Royaume-Uni, l'Allemagne, la France, le Japon, le Canada ou n'importe quel autre allié proche. » 

Après une énième réunion à la Maison-Blanche entre Moubarak, Netanyahou et Mahmoud Abbas où les choses avaient paru avancer, Barack Obama décrit son sentiment à leur propos : « Je les ai imaginés en train de se serrer la main, après coup, à la façon des acteurs sortis de scène qui se débarrassent de leurs costumes et de leur maquillage avant de retrouver le monde qu'il connaisse. Un monde dans lequel Netanyahou pourrait attribuer l'impossibilité de la paix à la faiblesse d'Abbas tout en s'efforçant de l’affaiblir le plus possible et où Abbas pourrait accuser publiquement Israël de crimes de guerre tout en concluant discrètement des contrats commerciaux avec les Israéliens. Un monde où les dirigeants arabes pourraient déplorer les injustices infligées aux Palestiniens pendant que leurs propres forces de police traquaient sans relâche les opposants et les mécontents. » 

Tout ceci permet de conclure qu'il ne faut pas se faire beaucoup d'illusions sur le fait que Biden parvienne à faire avancer un accord de paix entre Israël et Palestine puisque de toute façon les choses sont bloquées, que l'AIPAC exerce un pouvoir sur le Congrès qui est trop important pour que la situation puisse changer. 

Cet article est également disponible sur mon blog.

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal — États-Unis
« La Cour suprême des États-Unis a un agenda : celui de l’extrême droite »
La Cour suprême des États Unis vient de rendre plusieurs arrêts inquiétants. Le premier, actant la fin de l’autorisation fédérale d’avorter, a mis le monde en émoi. Jeudi 30 juin, elle a nié l’autorité de l’agence pour l’environnement américaine a réduire les gaz à effets de serre. Pour l’américaniste Sylvie Laurent, elle est devenue une institution « fondamentaliste ».
par Berenice Gabriel, Martin Bessin et Mathieu Magnaudeix
Journal — Budget
Le « paquet pouvoir d’achat » ne pèse pas lourd
Le gouvernement a confirmé une série de mesures pour soutenir le pouvoir d’achat des fonctionnaires, des retraités et des bénéficiaires de prestations sociales. Mais ces décisions ne permettent pas de couvrir la hausse des prix et cachent une volonté de faire payer aux plus fragiles le coût de l’inflation.
par Romaric Godin
Journal
Covid : face à la septième vague, les 7 questions qui fâchent
Risques de réinfections, protections, efficacité des vaccins actuels et attendus, avenir de la pandémie… Nos réponses pour s’y retrouver face à cette nouvelle vague de Covid-19.
par Rozenn Le Saint
Journal
Urgences : vers la fin de l’accueil inconditionnel ?
La première ministre a reçu, jeudi, 41 recommandations pour l’été « à haut risque » qui s’annonce à l’hôpital. Parmi les mesures mises sur la table : la fin de l’accès sans filtre aux urgences et la revalorisation des heures de travail la nuit et le week-end.
par Caroline Coq-Chodorge

La sélection du Club

Billet de blog
Lettre d’un électeur insoumis à un électeur du RN
Citoyen, citoyenne, comme moi, tu as fait un choix politique mais qui semble à l’opposé du mien : tu as envoyé un député d’extrême-droite à l’Assemblée Nationale. A partir du moment où ce parti n’est pas interdit par la loi, tu en avais le droit et nul ne peut te reprocher ton acte.
par Bringuenarilles
Billet de blog
Oui, on peut réduire le soutien populaire aux identitaires !
Les résultats de la Nupes, effet de l’alliance électorale, ne doivent pas masquer l'affaiblissement des valeurs de solidarité et la montée des conceptions identitaires dans la société. Si la gauche radicale ne renoue pas avec les couches populaires, la domination des droites radicales sera durable. C'est une bataille idéologique, politique et parlementaire, syndicale et associative. Gagnable.
par René Monzat
Billet de blog
Quand le RN est fréquentable…
La dernière fois que j'ai pris ma plume c'était pour vous dire de ne plus compter sur moi pour voter par dépit. Me revoilà avec beaucoup de dépit, et pourtant j'ai voté !
par Coline THIEBAUX
Billet de blog
Boyard et le RN : de la poignée de main au Boy's club
Hier, lors du premier tour de l’élection à la présidence de l’Assemblée nationale, Louis Boyard, jeune député Nupes, a décliné la main tendue de plusieurs députés d’extrême droite. Mais alors pourquoi une simple affaire de poignée de main a-t-elle déclenché les cris, les larmes et les contestations ulcérées de nombres de messieurs ?
par Léane Alestra