LCP, Le Monde, Mediapart: journalisme de complaisance et journalisme d’investigation

Le Monde, dans son édition du 11/12 juin 2017, a publié un portrait plus que flatteur, signé Alain Constant, sous le titre : « Marie-Ève Malouines, l’exigence démocratique » et le sous-titre : « Passionnée par la politique depuis son enfance, la présidente de LCP veut rajeunir le public de la chaîne ».

Ce dernier nous apprend que LCP – Assemblée nationale (AN) « malgré un modeste budget de 16,5 millions d’euros, possède cependant une importance stratégique majeure pour faire vivre la démocratie au jour le jour. » Rien que ça ! Nous voilà rassurés ! C’est en effet peu cher payé pour faire vivre la démocratie. La conclusion de l'article, plus écrit avec une brosse à reluire qu’un clavier, en est en fait la justification : « Dans un an, son mandat prendra fin. Mais pour boucler les dossiers en cours et consolider la modernisation de la chaîne, Marie-Ève Malouines espère bien être reconduite. » Manifestement l'auteur de l'article s’y emploie également.

A. Constant évoque l'émission « Questions d'info » à laquelle Marie-Ève Malouines participait avant son arrivée à la tête de LCP-AN. Le Monde est partenaire de l'émission mais cela n'est pas précisé dans l’article. Ce journal ne peut-il être qu’élogieux avec la présidente d’une chaîne diffusant une émission dont il est partenaire ? C’est un peu la limite des émissions croisées entre médias qui créent une solidarité au détriment de l’information du public.

Comment penser que les dossiers en cours ne seront pas bouclés ou que la modernisation de la chaîne soit interrompue ? Il ne saurait en être question et il est utile que les parlementaires fraîchement élus en soient conscients. Ce portrait, qui leur sera sans doute largement distribué, fait partie des manœuvres pour obtenir un nouveau mandat.

Mais l’information des lecteurs sera incomplète. Il ne se sauront pas l’essentiel, à savoir les conditions plus que douteuses de la nomination de Marie-Ève Malouines à la présidence de LCP-AN[1]. Estimant que sa réputation professionnelle avait été mise en cause dans cet article, elle avait annoncé publiquement porter plainte pour diffamation. Elle y a tout aussi discrètement qu'honteusement renoncé[2] .

Marie-Ève Malouines est en effet tellement « passionnée par le débat » qu’elle a interdit à tous les journalistes de la chaîne qu’elle préside de m’inviter. Une telle fatwa a également été prononcée à l’encontre de Thomas Guénolé. D’autres en sont peut-être également victimes… La passion du débat aurait-elle ses limites ? Admettons que ces faits soient ignorés par A. Constant. J’ai envoyé à ce dernier une question à ce sujet, à laquelle il me répond en précisant que, s’il en a entendu parler, il n’avait pas la place de l’évoquer au sein d’un article limité à 5000 signes. Curieux. Il s’agit pourtant d’un élément essentiel. Les lecteurs du Monde ne sauront rien non plus du houleux conseil d’administration qui s’est tenu en juin 2016 ni de l’ambiance morose de la chaîne…

Patatras ! Le 17 juin, Laurent Mauduit publie dans Mediapart (où ce blog est également hébergé) l'article suivant : « La présidente de LCP exaspère sa rédaction »[3]. Celui-ci parle d’une « fronde de l’ensemble de la rédaction qui connaît un malaise profond ». Y sont évoquées « les mauvaises manières de Marie-Ève Malouines » et le « climat détestable qu’elle fait régner au sein de la rédaction ». Soit le malaise n’a pas été perçu par A. Constant, ce qui signifie qu’il s’est contenté de parler uniquement à Marie-Ève Malouines pour rédiger son papier, soit il a été masqué, ce qui est plus grave.

[1] https://blogs.mediapart.fr/pascalboniface/blog/070217/lhonneur-perdu-de-marie-eve-malouines-0

[2] https://blogs.mediapart.fr/pascalboniface/blog/120517/marie-eve-malouines-renonce-logiquement-defendre-sa-reputation

[3] https://www.mediapart.fr/journal/culture-idees/170617/la-presidente-de-lcp-exaspere-sa-redaction?onglet=full

 

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