Pascal.Boniface
Directeur de l'Institut de relations internationales et stratégiques
Abonné·e de Mediapart

698 Billets

0 Édition

Billet de blog 22 déc. 2021

Pascal.Boniface
Directeur de l'Institut de relations internationales et stratégiques
Abonné·e de Mediapart

« Géopolitique du climat » - 3 questions à François Gemenne

François Gemenne est chercheur du FNRS à l’Université de Liège, enseignant à Sciences Po et à IRIS Sup’, co-directeur de l’Observatoire Climat et Défense à l’IRIS. Il répond à mes questions à l’occasion de la parution de son ouvrage « Géopolitique du climat » chez Armand Colin.

Pascal.Boniface
Directeur de l'Institut de relations internationales et stratégiques
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Est-ce que la géopolitique du climat est plus faite de coopération que de compétition ?

Cela dépend des moments et des sujets. En réalité, nous sommes condamnés à la coopération, aussi lente et laborieuse soit-elle : à part peut-être la Chine, aucun pays n’a le pouvoir ou la capacité d’avoir une action décisive sur le climat. Le problème, c’est que cette coopération est souvent handicapée par la compétition. Ainsi, les pays industrialisés sont davantage préoccupés par la réduction de leurs propres émissions de gaz à effet de serre que par la réduction des émissions globales, ce qui les conduit souvent à ne rechercher des solutions que pour eux-mêmes. Si le changement climatique est un phénomène mondial, il affecte les pays très diversement – certains ont donc davantage intérêt à l’action que d’autres, et tous ne partent pas de la même ligne de départ.

Comment s’établissent les rapports de force entre États, ONG, scientifiques et opinion publique ?

Autour de la table de négociations, seuls les États sont représentés : les ONG et les scientifiques, mais aussi les entreprises ou les entités locales, ne sont pas parties prenantes de la négociation, mais essaient évidemment d’influencer les États, qui ne peuvent prendre des décisions qu’au consensus. Le problème, c’est d’abord que les États ne disposent pas de tous les leviers d’action, mais aussi qu’ils ont souvent tendance à remplacer leur action par des promesses non contraignantes. C’est pour cela qu’il est essentiel que l’opinion publique fasse pression sur les États pour que leurs promesses soient respectées.

D’une certaine manière, on traite du changement climatique, un problème du 21e siècle, avec les institutions du 20e siècle. Cela nous condamne à être sans cesse déçus par les négociations internationales : comme les décisions ne peuvent être prises qu’au consensus, cela donne un poids immense aux pays les moins-disants, et cela tue dans l’œuf toute ambition. Je pense qu’il faut aujourd’hui ouvrir la négociation à d’autres acteurs que les États, pour permettre d’avancer via des coalitions ad hoc, sans avoir besoin à chaque fois d’un consensus qui tire l’ambition vers le bas.

Quels types de conflits pourraient être déclenchés par le réchauffement climatique ?

Ils sont nombreux, et certains de ces conflits existent déjà aujourd’hui. Par exemple, dans plusieurs endroits du monde, la compétition pour les terres entre bergers nomades et agriculteurs sédentaires est exacerbée par la dégradation des sols et les changements dans les précipitations, ce qui donne lieu à des tensions et à des conflits, notamment au Nigéria ou autour du lac Tchad. Le changement climatique risque aussi de fragiliser les États les plus faibles, qui risquent de voir leur légitimité contestée s’ils ne sont plus en mesure de satisfaire les besoins primaires de leur population. La faim, par exemple, est un  puissant moteur de révolutions. Il existe aussi la possibilité de conflits plus classiques entre deux États, bien sûr, notamment autour de la gestion de ressources communes, mais nos recherches montrent que ce ne sont pas les conflits les plus probables. Un monde plus chaud sera aussi un monde plus violent, mais l’essentiel des tensions et des conflits se feront ressentir à l’intérieur des États.

Cet article est également disponible sur mon blog. 

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal
Sobriété : le gouvernement a un plan, mais qui pour l’appliquer ?
L’exécutif annonce de nombreuses mesures pour réduire la consommation d’énergie de 10 % d’ici à 2024. Mais presque tout est basé sur le volontariat et les moyens de mise en œuvre restent flous. 
par Jade Lindgaard
Journal
Altice obtient une censure d’articles à venir au nom du secret des affaires
Le groupe de Patrick Drahi demandait en référé, au nom du secret des affaires, la censure de trois articles publiés par le site Reflets et exploitant des documents interne mis en ligne par des hackers. Le tribunal de commerce a rejeté cette demande mais ordonne au journal de ne plus écrire sur le sujet.
par Jérôme Hourdeaux
Journal — Migrations
En France, « rien n’a été prévu » pour accueillir les exilés russes
Depuis le début de la guerre d’invasion russe en Ukraine, des centaines de Russes sont venus chercher refuge en France. Confrontés à un manque criant de politique d’accueil et à des obstacles en tout genre, ils ont surtout trouvé de l’aide auprès de réseaux d’entraide.
par Nejma Brahim
Journal
Procès France Télécom : une condamnation pour l’exemple ?
Le 30 septembre, les anciens dirigeants de France Télécom ont vu leur condamnation pour « harcèlement moral institutionnel » confirmée en appel. Leur politique de départs forcés, menée à partir de 2007, avait débouché sur une vague de suicides. Mais les responsables échappent à la prison ferme. Quelle portée pour ce jugement ?
par À l’air libre

La sélection du Club

Billet de blog
Doudoune, col roulé et sèche-linge : la sobriété pour les Nuls
Quand les leaders de Macronie expliquent aux Français comment ils s'appliquent à eux-mêmes les injonctions de sobriété énergétique, on se prend à hésiter entre rire et saine colère.
par ugictcgt
Billet de blog
Reprendre la main pour financer la bifurcation sociale et écologique
Attac publie ce jour une note intitulée « Reprendre la main pour financer la bifurcation sociale et écologique ». Avec pour objectif principal de mettre en débat des pistes de réflexion et des propositions pour assurer, d’une part, une véritable justice fiscale, sociale et écologique et, d’autre part, une réorientation du système financier.
par Attac
Billet de blog
Transition écologique ou rupture sociétale ?
La crise actuelle peut-elle se résoudre avec une transition vers un mode de fonctionnement meilleur ou par une rupture ? La première option tend à parier sur la technologie salvatrice quand la seconde met la politique et ses contraintes au premier plan.
par Gilles Rotillon
Billet de blog
Quand les riches se mettent à partager
Quand Christophe Galtier et Kylian Mbappé ont osé faire leur sortie médiatique sur les jets privés et les chars à voile, un torrent de réactions outragées s'est abattu sur eux. Si les deux sportifs clament l'erreur communicationnelle, il se pourrait en fait que cette polémique cache en elle la volonté des dominants de partager des dettes qu'ils ont eux-mêmes contractées.
par massimo del potro