Pascal.Boniface
Directeur de l'Institut de relations internationales et stratégiques
Abonné·e de Mediapart

668 Billets

0 Édition

Billet de blog 23 janv. 2019

"Trump, syndic de faillite de l'hégémonie libérale ?" (4/5)

A l'occasion de la parution de mon dernier ouvrage "Requiem pour le monde occidental" aux éditions Eyrolles, je publie une série d'articles d'analyse portant sur l'hégémonie libérale et la politique extérieure de Donald Trump.

Pascal.Boniface
Directeur de l'Institut de relations internationales et stratégiques
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Exagérer la menace et contribuer à sa montée en puissance

Selon Walt, aux États-Unis, pour convaincre la population, les avocats de l’interventionnisme international amplifient les menaces, affirment que le monde est très dangereux et que la sécurité des Américains dépend d’une intense activité du pays à l’extérieur. Ils exagèrent les bénéfices de cette hégémonie libérale, affirmant que c’est la meilleure façon de réduire les dangers et d’augmenter la prospérité et l’expansion des valeurs sacrées. Enfin, ils diminuent les coûts de ces interventions extérieures. Les partisans d’un leadership international ont l’avantage sur ceux qui plaident pour des restrictions de celui-ci. Et ces derniers prennent le risque de passer pour des partisans d’États-Unis affaiblis et de mettre en danger leur sécurité.

Pour Walt, le risque zéro n’existe pas, mais l’actuelle menace que représente Al-Qaïda, Daesh ou toute autre organisation terroriste ne mérite pas l’attention obsessionnelle qui lui est portée. Il en était de même pour l’exagération concernant la possession d’armes de destruction massive par Saddam Hussein ou l’existence de liens entre l’Irak et Al Qaïda. On parle régulièrement d’un nouvel Hitler ou d’un nouveau Munich. Mais la menace que représentait Saddam Hussein ou même Ben Laden n’a rien à voir avec la puissance nazie. À l’inverse, avoir exagéré la menace que représentait Saddam Hussein a conduit à faire accepter la guerre d’Irak de 2003, qui est elle-même venue affaiblir la sécurité internationale, et notamment celle des États-Unis.

La naissance d’Al-Qaïda au début des années 1990 pour Walt est largement due à l’opposition à l’expansion du rôle global des États-Unis et notamment à ses interférences au Moyen-Orient. Si les États-Unis s’étaient retirés d’Arabie saoudite après la première guerre du Golfe, Ben Laden n’aurait peut-être jamais décidé d’attaquer l’ennemi lointain. Donc, au lieu de rendre l’Amérique plus sûre, les libéraux ont diminué sa sécurité.

Les 15 000 Américains tués chaque année par arme à feu créent moins de mobilisation que le terrorisme. Les accidents dans les salles de bain ou les éclairs tuent plus d’Américains chaque année que le terrorisme, pourtant, aucun politicien n’a déclaré la guerre ou lancé de campagne nationale contre les carrelages glissants, note Walt avec ironie.

Après les attentats du 11 septembre, Georges W. Bush déclarait à la télévision qu’il ne comprenait pas que l’on puisse détester les États-Unis sachant combien ils sont bons. Pour les Américains l’antiaméricanisme est un rejet des valeurs américaines et non la condamnation de la politique du pays. Les experts américains répètent en boucle que les opposants haïssent la liberté existant aux États-Unis, ce qui revient à absoudre de toute responsabilité Washington concernant l’hostilité des étrangers et permet de dire que rien ne peut être fait pour la réduire, que les ennemis de l’Amérique sont implacables et qu’il n’existe pas d’autres options que de les éliminer. Comme l’a déclaré Cheney en 2003, « on ne négocie pas avec le diable, on lui fait subir une défaite ».

Walt multiplie les citations de présidents et de secrétaires d’État portant sur le caractère exceptionnel des États-Unis, leur rôle unique pour répandre et gérer l’ordre libéral et l’attente, à cet égard, du reste du monde.

La technique habituelle consiste à nier le fait que l’hostilité étrangère ait quoi que ce soit à voir avec la politique étrangère américaine, mais n’est que l’expression de la jalousie, du ressentiment ou du rejet des valeurs américaines. Il existe un large consensus à estimer que le reste du monde est reconnaissant aux États-Unis de mener cette politique bienveillante et que seuls quelques dictateurs illégitimes et fauteurs de troubles veulent y résister.

Cet article est également disponible sur mon blog

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal
Élisabeth Borne à Matignon : Macron choisit la facilité
Trois semaines après sa réélection, Emmanuel Macron a décidé de nommer Élisabeth Borne comme première ministre. À défaut d’élan ou de signal politique, le chef de l’État a opté pour un profil loyal, technique et discret, dans la veine de son premier quinquennat.
par Dan Israel et Ilyes Ramdani
Journal
Le maire écologiste de Grenoble fait voter l’autorisation du burkini sous les invectives
Lundi soir, malgré les pressions et après un conseil municipal interminable, Éric Piolle a fait adopter, sur le fil, un changement du règlement intérieur des piscines municipales. Les militantes qui se sont battues pour pouvoir porter le burkini reviennent, pour Mediapart, sur la genèse de leur combat. 
par Pauline Graulle et David Perrotin
Journal
Libertés fondamentales : Darmanin désavoué par le Conseil d’État
La dissolution du Groupe antifasciste Lyon et environs (Gale), prononcée par le gouvernement à l’initiative du ministre de l’intérieur, est suspendue. Les trois dernières dissolutions du quinquennat se sont soldées par des revers devant la justice. 
par Camille Polloni
Journal
À Bobigny, les manœuvres de l’académie pour priver des enseignants d’un stage antiraciste
La direction académique de Seine-Saint-Denis a été condamnée en 2020 pour avoir refusé des congés formations à des professeurs, au prétexte de « désaccords idéologiques » avec Sud éducation. D’après nos informations, elle a retoqué de nouvelles demandes en tentant de dissimuler, cette fois, ses motivations politiques. Raté.
par Sarah Benichou

La sélection du Club

Billet de blog
La condescendance
Je vais vous parler de la condescendance. De celle qui vous fait penser que vous ne savez pas ce que vous voulez. De celle qui vous fait penser que vous savez moins que les autres ce que vous ressentez. De celle qui veut nier votre volonté et qui vous dit de vous calmer et que « ça va bien s'passer » (comme le disait M. Darmanin à la journaliste Apolline de Malherbe le 8 février 2022).
par La Plume de Simone
Billet de blog
Procès Amber Heard - Johnny Depp : l'empire des hommes contre-attaque
Cette affaire délaissée par les médias généralistes en dit pourtant beaucoup sur la bataille culturelle qui se joue autour de #metoo.
par Préparez-vous pour la bagarre
Billet de blog
Présenter le monde tel qu'il devrait être : contre la culture du viol
[Rediffusion] Dans les médias, au cinéma, sur les réseaux sociaux, dans les séries, de trop nombreuses voix continuent de romantiser et d'idéaliser les violences sexuelles. L'influence de ces contenus auprès des jeunes générations inquiète sur la meilleure
par daphne_rfd
Billet de blog
Pour Emily et toutes les femmes, mettre fin à la culture du viol qui entrave la justice
Dans l'affaire dite du « viol du 36 », les officiers de police accusés du viol d'Emily Spanton, alors en état d'ébriété, ont été innocentés. « Immense gifle » aux victimes de violences masculines sexistes et sexuelles, cette sentence « viciée par la culture du viol » déshumanise les femmes, pour un ensemble de collectifs et de personnalités féministes. Celles-ci demandent un pourvoi en cassation, « au nom de l’égalité entre les hommes et les femmes, au nom de la protection des femmes et de leur dignité ».
par Les invités de Mediapart