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Billet de blog 23 nov. 2015

Comment vaincre Daech ?

Nous sommes confrontés à une double contradiction. La première c’est que l’on sait que l’on ne pourra pas vaincre l’État islamique s’il n’y a pas d’intervention militaire au sol. Mais on sait également qu’une intervention terrestre occidentale, russe ou iranienne chiite ne ferait que renforcer Daech. La question est de savoir comment intervenir au sol sans que ce soit présenté par Daech comme un complot contre les sunnites et le retour des croisés ?

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Nous sommes confrontés à une double contradiction. La première c’est que l’on sait que l’on ne pourra pas vaincre l’État islamique s’il n’y a pas d’intervention militaire au sol. Mais on sait également qu’une intervention terrestre occidentale, russe ou iranienne chiite ne ferait que renforcer Daech. La question est de savoir comment intervenir au sol sans que ce soit présenté par Daech comme un complot contre les sunnites et le retour des croisés ? On ne s’en sortira que si les pays sunnites (pays du Golfe, Égypte, Jordanie, Turquie), acceptent d’intervenir car ils sont plus légitimes aux yeux des sunnites syriens et irakiens. Mais on est encore loin de trouver un accord sur ce point. L’intervention militaire terrestre ne peut être le fait que des pays sunnites qui en ont les moyens militaires mais qui doivent se décider à agir et se coordonner.

Tout le monde reconnaît aujourd’hui que Daech est l’ennemi principal, que ce soit les Russes, les Français, les Iraniens, les pays du Golfe, l’Egypte, la Jordanie ou les Turcs. Il y a toutefois un agenda secondaire qui vient empêcher cet accord de se mettre en place. Il y a un consensus sur le diagnostic de la maladie mais il n’y en a pas sur la mise en place d’un traitement pour guérir cette maladie.

Pour les Turcs, la question kurde est centrale. Ils privilégient le fait de contenir les Kurdes, pour éviter un risque de sécession ; c’est à leurs yeux un enjeu plus important que la victoire sur Daech. Les Saoudiens ont, pour leur part, peur d’une montée en puissance de l’Iran dans la région, jugé expansionniste et dont ils craignent que l’accord sur le programme nucléaire ne lui donne les moyens d’être plus ambitieux sur le plan régional. Les Iraniens, eux, veulent continuer à contrôler l’Irak, à exercer une influence sur la Syrie et surtout à avoir accès au Liban, puisque le Hezbollah constitue le seul succès à l’exportation de leur révolution. Ils ne plaident pas pour la réinsertion des sunnites dans le jeu politique irakien. Or, c’est cela qui affaiblirait Daech.

Les Russes, quant à eux, veulent maintenir Bachar al-Assad, tandis que les Français veulent vaincre Daech mais se débarrasser d’Assad. La position française à l’égard de Bachar al-Assad n’est pas une position morale (refuser de traiter avec quelqu’un qui a du sang sur les mains) mais une position de realpolitik. Ils pensent comme les Américains que le président syrien est plutôt le sergent recruteur de Daech et que tant qu’il sera au pouvoir, Daech continuera d’être considéré comme un recours contre lui par une partie de la population syrienne.

Il faut donc accélérer les consultations diplomatiques pour mettre ces différends de côté. Si tous les pays concernés parviennent à se mettre d’accord sur le fait que l’État islamique est l’ennemi principal qui mérite que l’on oublie au moins provisoirement les autres points de désaccord, une victoire est possible.

On peut penser que l’État islamique a commis une erreur majeure en s’attaquant à la fois à la Russie, à la France, au Liban, à la Turquie, à l’Égypte et au Mali, et en menaçant tous les autres pays, car il a renforcé la volonté de l’anéantir. Si le but de Daech était de constituer un califat à cheval entre la Syrie et l’Iran, peut-être aurait-il pu trouver à terme des modus vivendi avec les autres pays. Il serait resté une menace gérable pour les États du Golfe, vu leur supériorité militaire. Les États occidentaux, même révulsés par la barbarie de Daech, auraient pu se résigner à ce que cette organisation gère de fait un territoire. Des géopolitologues américains commençaient à faire valoir que, dans le passé, les démocraties occidentales avaient traitées avec les régimes de Staline et de Mao qui avaient beaucoup plus de morts sur la conscience. Après tout, les Américains s’étaient bien accommodés du régime des Talibans en Afghanistan, avant les attentats du 11 septembre…

Mais en s’attaquant de front à plusieurs pays, l’État islamique est devenu une menace inacceptable. Le calcul de Daech était-il que les pays en question avaient trop de divergences pour former une coalition ? Que l’effet de galvanisation par les candidats au djihad était tel que la nouvelle mobilisation dépasserait en avantage les pertes liées à l’intensification des frappes ? Ce pari risque fort d’être perdu.

Pour le moment, les États concernés ne sont pas tombés dans les pièges tendus. Il n’y pas eu un déferlement d’islamophobie en Europe comme l’espérait l’État islamique. Il n’y a pas eu – et il n’y aura pas - d’intervention militaire terrestre occidentale. Reste à mettre en place une large coalition politique et militaire pour vaincre Daech, les pays membres acceptant de mettre leurs divergences de côté, car l’organisation terroriste est leur menace la plus urgente à affronter. En sachant que l’instrument militaire, pour être efficace, doit être mis au service d’une solution politique. 

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