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Billet de blog 24 juin 2019

La France face à la Chine, que faire ? (2/4)

Comment la France doit-elle organiser sa relation avec la Chine ? Comment faire face à la future première puissance mondiale, dotée d’un système politique bien différent et qui ne constitue ni un allié ni un rival ? Quelles sont les divergences et les convergences à prendre en compte ? En somme, comment la France peut-elle définir ses intérêts ?

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Aujourd’hui, asymétrie mais intérêt maintenu

Si à l’époque l’avantage démographique jouait déjà en faveur de Pékin[1], la France menait sur les plans économique – qu’il s’agisse du produit intérieur brut (PIB) global (94 milliards de dollars contre 59 milliards de dollars), et plus encore du PIB par habitant –, technologique, du rayonnement et de l’ouverture au monde. La République française était membre permanent du Conseil de sécurité, alors que la RPC n’était pas membre de l’Organisation des Nations unies (ONU), Taiwan occupant alors le siège chinois. Paris disposait d’un des réseaux diplomatiques les plus denses au monde, Pékin n’avait pour sa part qu’une poignée d’ambassadeurs. Les Français accédaient à la société de consommation, la Chine se relevait à peine de la tragédie du grand bond en avant, et son économie demeurait de survie.

À la fin de la guerre froide, ou plus précisément au début de l’ère Deng Xiaoping, prévalait encore une certaine équivalence entre les deux pays. La Chine avait relativement stagné à la fin des années 1960-1970, alors que la France continuait à bénéficier des Trente Glorieuses. Puis, grâce à la politique de Deng Xiaoping, la Chine a pris son envol, rattrapé, puis dépassé la France.

Tableau n° 1 : Évolution des PIB chinois et français depuis l’établissement de leurs relations diplomatiques jusqu’à aujourd’hui (en milliards de dollars)

Source : Banque mondiale.

Aujourd’hui, les deux pays siègent ensemble et de manière permanente au Conseil de sécurité de l’ONU mais, sur la plupart des points, « ils ne tirent pas dans la même catégorie ». L’évocation des heures glorieuses de la relation franco-chinoise par les autorités de Pékin est en effet une politesse qui ne doit pas cacher la réalité du rapport de forces, incontestablement favorable à la Chine. Ces heures glorieuses de la décennie 1960 n’expliquent en rien la qualité des relations bilatérales aujourd’hui : si Pékin tient compte de l’avis de la France, c’est que celle-ci compte encore.

La France n’est en effet pas devenue insignifiante à ses yeux. Tout d’abord parce qu’elle est justement un membre permanent particulièrement actif au Conseil de sécurité et que la Chine, dans sa stratégie onusienne, doit tenir compte de l’attitude de Paris ; que la France reste la 6e ou 7e puissance économique mondiale, une puissance nucléaire et l’un des rares pays à disposer d’une capacité de projection militaire ; que sa voix continue de porter en Afrique ; qu’elle est un État majeur au sein de l’Union européenne, entité particulièrement importante pour la Chine.  Si la puissance de la France n’a plus rien à voir avec celle de la Chine, elle reste toutefois l’une des rares puissances globales, légitimes sur tous les dossiers d’envergure internationale.

Il est de ce fait important que la France ait toujours une position spécifique. L’opposition à la guerre d’Irak, par exemple, avait impressionné les dirigeants chinois, par le courage qu’elle manifestait et le prestige que la France en avait reçu. La relative rentrée dans le rang opérée dans la foulée[2], dès la fin du second mandat de Jacques Chirac, puis la réintégration du commandement intégré de l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN) opérée en 2009 par Nicolas Sarkozy, ont au contraire été considérées comme un affaiblissement de la singularité française, et donc de son poids international. À ce titre, et dans cette même perspective, l’évocation du gaullo-mitterrandisme par Emmanuel Macron au cours de la campagne présidentielle de 2017 avait suscité une curiosité positive.

En définitive, la France, aux yeux de Pékin, comme des autres capitales, pèse d’autant plus qu’elle développe une politique autonome et singulière, et ne cherche pas à apparaître comme le meilleur lieutenant du général en chef du monde occidental. Face à Pékin, comme face à Moscou, aux capitales asiatiques, latino-américaines, africaines ou arabes, la France compte davantage si elle est elle-même et si son objectif majeur n’est pas de chiper à Londres le rôle de meilleur allié des États-Unis. Et le débat pour déterminer ce qui est le plus avantageux pour Paris, la reconnaissance d’un statut privilégié par Washington ou la recherche d’un statut autonome vis-à-vis des États-Unis divise toujours les décisionnaires français.


[1] Jacques Dutronc chantait alors « 700 millions de Chinois et moi, et moi, et moi » contre « 50 millions de gens imparfaits » – comprendre ici 50 millions de Français.

[2] Voir Pascal Boniface, Je t’aimais bien tu sais. Le monde et la France : le désamour ?, Paris, Max Milo, 2017.

J’ai publié, en janvier 2019, Requiem pour le monde occidental aux éditions Eyrolles.

Cet article est à retrouver sur mon blog.

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