Un G7, au final utile

Le G7 représente le monde occidental qui dominait encore largement le monde en 1975. Il a depuis perdu le monopole de la puissance, mais aussi de la richesse économique. Par ailleurs, le concept de monde occidental avec un président américain, censé en être le leader naturel, qui refuse la notion d’alliance n’a plus le même sens.

On connaît toutes les réserves d’usage sur le G7. Elles sont légitimes. Ce club n’est plus un rendez-vous informel où se retrouvaient des amis au coin d’un feu de cheminée comme l’imaginait Valérie Giscard d’Estaing lors de sa création en 1975. C’est devenu un vaste barnum diplomatico-médiatique préparé de longue date par de nombreux collaborateurs, plus nombreux encore à assister à l’événement. Celui-ci fait la une de l’actualité et mobilise les médias et suscite des oppositions. La brigade de gendarmerie de Fontainebleau était suffisante pour assurer la sécurité du premier G7, il a fallu plus de 13 000 policiers-gendarmes pour sécuriser celui-ci.

Le G7 représente le monde occidental qui dominait encore largement le monde en 1975. Il a depuis perdu le monopole de la puissance, mais aussi de la richesse économique. Par ailleurs, le concept de monde occidental avec un président américain, censé en être le leader naturel, qui refuse la notion d’alliance n’a plus le même sens.

Oui le G20 est devenu plus pertinent que le G7. Celui-ci s’est affaibli lui-même en excluant la Russie en 2008, mais il est impossible de réintégrer celle-ci sans progrès sur le dossier ukrainien. Mais passer de G7 à G8 ne changerait pas grand-chose. Ce qui serait plus pertinent d’un point de vue stratégique et économique serait de faire un G8 avec la Corée du Sud.

Si D. Trump empêche de G7 d’être un véritable club de concertation des pays occidentaux, il est néanmoins toujours utile. Tout d’abord parce que les rencontres diplomatiques ne sont jamais superflus et qu’il est préférable de se parler que de s’ignorer, voire de s’insulter. Ensuite parce qu’il permet une coordination des six autres membres qui ont pu rappeler face à Trump qu’ils étaient toujours favorables à une solution diplomatique avec l’Iran et un retour à l’accord conclu en 2015 et qu’ils étaient hostiles à l’idée de guerre économique. Boris Johnson, bien que martelant son envie d’être le meilleur allié de Donald Trump, est resté du côté de la position commune des Européens sur ces deux sujets.

Emmanuel Macron en a profité pour avoir une longue séquence diplomatique commencée dès le lundi 19 août avec la réception de Vladimir Poutine à Brégançon puis avec une rencontre bilatérale avec le Premier ministre indien Narendra Modi.

Il a continué sa stratégie de câlinothérapie avec Donald Trump, celui-ci affirmait qu’il n’était pas sûr d’assister au dîner du samedi soir, est finalement venu en avance et a même déjeuné avec le président français.

Il est peu probable que cela débouche sur un changement de position du président américain sur les sujets les plus cruciaux. S’il devait changer d’avis dans la guerre commerciale dans laquelle il s’est lancé avec la Chine, ce serait plutôt du fait des sombres perspectives économiques qu’elles peuvent avoir pour les États-Unis et à la mobilisation des entreprises américaines.

Si la visite surprise du ministre iranien des Affaires étrangères est un joli coup diplomatique pour Emmanuel Macron, il serait excessivement optimiste de penser que Donald Trump revienne rapidement à de meilleurs sentiments. Le dossier iranien est avant tout un dossier de politique intérieure pour lui aux États-Unis. La voix de la fermeté agressive ne lui coûte pas. Il doit cependant entendre les réserves de ceux qui mettent en garde contre la perspective d’un affrontement armé lancé de façon accidentelle. S’il y avait un progrès dans le dossier, Emmanuel Macron pourrait en réclamer une partie de la paternité. Si rien ne se passe, il pourra se targuer d’avoir fait tout ce qui était en son possible.

Le président français continue à endosser le rôle du champion du multilatéralisme face au retour de l’unilatéralisme avec Donald Trump, sans pour autant rompre avec ce dernier. Mais cette méthode pourrait ne pas être durable et il faudra peut-être passer à une phase plus offensive si rien ne bouge. Le président brésilien n’était pas présent, mais la tenue du G7 a donné un coup de projecteur supplémentaire sur le problème de la protection de la forêt amazonienne. 

Il faut noter aussi, même si c’est moins spectaculaire, le succès obtenu sur le textile dans une perspective de protection de l’environnement dû à une mobilisation des entreprises. La lutte contre le réchauffement climatique semble être le nouveau cheval de bataille diplomatique d’Emmanuel Macron. Cela n’est pas dénué de préoccupations de politique intérieure. Mais il y a un espace à prendre et la France est légitime pour le faire au niveau international. Macron lui-même a cité les propos de Jacques Chirac en 2002 : « Notre maison brûle » et c’est bien à Paris et en grande partie grâce aux efforts de Laurent Fabius et de la diplomatie française que l’accord de décembre 2015 a été signé.

 

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Pascal Boniface va publier, le 4 septembre avec Hubert Védrine, l’Atlas des crises et des conflits (Armand Colin, Fayard) ainsi que L’Année stratégique (Armand Colin).

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