Débat Cambadélis, Cosse, Mélenchon: une amorce de dialogue pour refonder le socle commun de la (vraie) gauche

Hier soir sur Mediapart, un débat inédit, un ton radicalement nouveau, sur un fond de désarroi exprimé de manière assez touchante et vraie par chacun des trois représentants des trois formations politiques majeures de la gauche parlementaire. L'amer constat commun d’un climat de défaite intellectuelle, semble provoquer en réaction un véritable effort de dialogue.

Hier soir sur Mediapart, un débat inédit, un ton radicalement nouveau, sur un fond de désarroi exprimé de manière assez touchante et vraie par chacun des trois représentants des trois formations politiques majeures de la gauche parlementaire. L'amer constat commun d’un climat de défaite intellectuelle, semble provoquer en réaction un véritable effort de dialogue.

S’il était possible de dégager une dynamique d’unité par-delà les divergences exprimées, ce serait en pointant cette commune analyse des causes de la défaite : la question sociale et de l’égalité est devenue, dit Cambadélis, inaudible dans le champ médiatique et politique, laissant du coup toute la place aux questions identitaires. Mélenchon ajoute : c’est parce que vous les socialistes l’avez abandonnée ; mais il donne acte à Cambadélis de s’en préoccuper, et de vouloir refonder un commun débat d’idées à partir de ce socle : le souci de la justice sociale et de l’égalité. Ce lieu commun de débats de la Gauche : tous conviennent qu'il faut en trouver un ; en attendant ça s'amorce avec cette rencontre, sur Médiapart.

Plus imprécateur, le représentant du Front de gauche insiste davantage sur les dangers de montée de la violence sous-jacente à la situation : la « résistible » ? montée de l’extrême droite, et reprend le vieux dilemme énoncé autrefois par Marx (notamment à propos de la guerre de 1870) : si le capitalisme n’est pas contraint au partage des richesses, il nous accule au nationalisme autoritaire et donc à la guerre.

Emmanuelle Cosse insiste davantage sur la crise de la représentation politique et la crise des partis : comment trouver des passerelles entre les différentes actions menées contre l’inertie sociale et les partis politiques d’élus ? Comment réformer notre manière de faire de la politique ? Cambadélis et Mélenchon sur ce point reprennent le vieux refrain de la défense des militants, qui tiennent ferme le flambeau de la démocratie et de la république – mais chacun à leur manière, ils reconnaissent que ces militants sont bien seuls et isolés.

Troisième point de convergence : les trois dirigeants semblent s’accorder sur la prise en compte urgente des questions écologiques, sur une réorientation des politiques industrielles dans cette direction, voire même sur l’incapacité du système capitaliste à entreprendre de lui-même ce nécessaire tournant historique, même si c’est Mélenchon qui exprime le plus nettement le lien entre gestion des ressources et question sociale. Bref, le philosophe Alain Badiou le disait l’autre jour dans l’excellente émission qu’il anime avec Aude Lancelin sur Mediapart : tout est à reprendre, le dialogue doit de nouveau avoir lieu, et il est nécessaire pour cela de renouer avec les débats du « mouvement ouvrier » (on peut s’y initier en lisant Les Rouges : sourire).

Certes, dit Emmanuelle Cosse, mais cela n’est pas suffisant, il faut prendre en compte également des pratiques politiques citoyennes différentes qui ont déjà lieu. Des pratiques économiques aussi, dit Mélenchon : la reprise par les salariés d’entreprises en faillite sous forme de coopératives. Il faut une révolution citoyenne, ajoute le représentant du Front de Gauche, et une refondation de la République. Et Cambadélis n’exprime pas de désaccord sur la critique des institutions de la Vème République. 

On reste peu convaincu cependant lorsque le nouveau secrétaire du Parti socialiste déclare que son Parti n'approuve pas a priori le Traité transatlantique...  Mais le profil bas affiché par Cambadélis montre que la gauche radicale et écologiste est en mesure, dans la situation de mort annoncée du PS, de faire entendre ses propositions à la gauche dite "de gouvernement", et ça change le climat  d'une manière irréversible.

A l'évidence des temps nouveaux s’ouvrent, dont la remarquée abstention de gauche et la fronde des députés socialistes ont été les déclencheurs. Si une refondation de la gauche était en marche ? Il faudrait, dit Mélenchon, que les citoyens s’en emparent. Chiche ?

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