La dernière chance de la gauche

Exiger le retrait total du projet de loi El Khomri, grève générale le 3 mai pour fêter l'anniversaire du Front Populaire : la dernière chance pour la (vraie) gauche de faire entendre sa voix. Le chantage de M. Valls est insupportable et son "compromis" indécent.

Exiger le retrait total du projet de loi El Khomri : la dernière chance pour la (vraie) gauche de faire entendre sa voix. Le chantage de M. Valls est insupportable et le "compromis" avancé ignominieux. De qui se moquent-ils ? Cette reculade affolée et stupide ne reprend même pas les propositions avancées par la direction du parti qui a port

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é ce gouvernement au pouvoir : le Parti socialiste.

La balle est dans le camp du PS : si les socialistes laissent faire, ils manquent NOTRE dernière chance de donner un coup d'arrêt à la roue libre des politiques ultra-libérales, lesquelles depuis 30 ans démantèlent systématiquement le droit social arraché en deux siècles de combats des salariés, et enrichissent continûment davantage une minuscule caste de riches : qui s'est d'ailleurs (re)constituée en caste au cours de cette période : c'est ce que l'Histoire retiendra. Rappelons une fois de plus que les plus riches des Français se sont enrichis de 25 pc dans la dernière année, pendant que le chômage, la précarité et les politiques insupportables d'exclusion des pauvres, des immigrés et des réfugiés (l'ignoble discours policier de Munich le bien-nommé, vomi par le déatiste M. Valls) continuent à sévir (l'ignominie et l'imbécilité criminelle et inhumaine du démantèlement de Calais : "disperser le 'problème'"). Au constat de cette violence, il faut ajouter l'absurdité incompréhensible de la "politique" industrielle et agro-industrielle, incapable de prendre le tournant écologique - "Les pesticides sont dangereux mais on ne peut pas les interdire" dernière perle de ce gouvernement minable, sans parler des atermoiements sur la fermeture de centrales nucléaires notoirement dangereuses"". Tout ce qu'ils savent faire, c'est laisser-faire la politique humainement suicidaire du profit ; le "volontarisme" affiché de M. Valls est une pitoyable bouffonnerie. 

Mais leur affolement même est un point d'appui pour le mouvement qui s'est engagé. Ils peuvent reculer, ils reculeront davantage. De ce point d'arrêt seul peut renaître la "vraie" gauche. Ceux qui ne seront pas de cette résistance renaissante seront balayés et renvoyés à l'"union nationale" néo-pétainiste qui fait tous les jours le lit de l'extrême-droite.


Quant à la querelle de leaders à l'intérieur de notre camp, elle est aussi nulle que la politique de ce gouvernement : à l'évidence les A. Montebourg (à qui on doit l'arrivée au pouvoir du déatiste M. Valls, merci Monsieur Montebourg), C. Duflot, et autres ex-participants à ce gouvernement,sont disqualifiés d'avance, de ce fait même, pour être les dirigeants de la vraie gauche. La gauche du Parti socialiste, incapable de se prononcer clarirement contre la candidature Hollande, est disqualifiée également - y compris la pourtant très vaillante Martine Aubry dont le texte du Monde était remarquable). Quant au Parti communiste, il réunit à lui seul entre 0, 5 et 3 pc des voix et on peut espérer que ne viennent pas à ses dirigeants l'idée absurde de présenter l'un des leurs aux primaires. Reste Jean-Luc Mélenchon.


On peut regretter le caractère solitaire de sa proposition de candidature et de leadership. On peut être comme moi en désaccord important sur des points majeurs de son discours : politique internationale, républicanisme trop centraliste et trop étatique. J'ai proposé une critique de son dernier ouvrage L'Ere du Peuple, publié par Regards : mes désaccords sont à peu près ceux de Ensemble et de Clémentine Autain : cf. http://www.regards.fr/web/l-ere-du-peuple-de-jean-luc,8024

Cela dit je ferais remarquer que

1. Jean-Luc Mélenchon avait relayé sur son propre blog cette recension critique (et même sa version longue) faisant mentir ceux qui le peignent en autocrate autoritaire ;

2. Cet ouvrage est à ce jour la seule proposition complète et concrète de politique alternative écologiste et sociale : personne d'autre n'a fait ce travail - et sa mise en discussion sérieuse est essentielle pour l'avenir de la "vraie" gauche ;

3. Que le reproche pertinent fait à Jean-Luc Mélenchon de personnalisation est contredit par un fait politique : à savoir qu'il est le seul homme politique à avoir tenté de créer un mouvement de fond de contestation de la Vème République : le m6r ;

4. Je rappellerai à ceux qui s'épuisent à s'énerver contre le caractère sûrement trop réactif de ce leader, qu'ils sont de ce fait tout autant suspects de "personnaliser", ce qui est le problème politique de la situation actuelle.

5. Qu'il ne s'agit pas d'une question de personne, mais de savoir qui peut briser le plafond de verre médiatique de la toute-puissance idéologie dominante ultra-libérale : JL Mélenchon, grâce même peut-être à ses défauts personnels, une certaine brutalité, est le seul capable de faire face à l'invraisemblable arrogance violente des journalistes "mainstream" (quasiment tous). Et ce n'est pas de tout repos. Se interventions sont toujours extrêmement riches, précises, pertinentes, percutantes - malgré le mépris et la violence qu'il parvient à neutraliser - et c'est un très, très difficile exercice.

6. Non seulement de l'aveu de ses pires adversaires, il connaît ses dossiers sur le bout des doigts, mais ses interventions médiatiques relèvent chaque fois quelque chose de NOTRE dignité : la dignité de ceux qui ne s'en laissent pas compter par les incessants mensonges des dominants pour maintenir leur domination;

7. On peut déplorer ET JE LE DEPLORE que la démocratie politique soit à ce point inexistante qu'il faille en passer par les fourches caudines de la personnalisation à cause de la double ignominie de ce régime présidentialiste renforcé par Jospin (les 5 ans et les élections législatives organisées en même temps que les présidentielles : merci Lionel Jospin!), inventé par De Gaulle pour disqualifier la démocratie partisane de dissensus (les partis) : mission accomplie (merci De Gaulle ! Mais celui-là a d'aures titres de gloire). Cette ignominie anti-démocratique est aggravée par l'imbécilité de la société du spectacle qui entrave tout véritable droit à l'information et transforme en jeux du cirque ce qui devrait être un débat politique (ONPC : et au moins la politique y existe encore).

8. On peut déplorer ET JE LE DEPLORE qu'un seul homme, en l'occurrence JL Mélenchon, grâce à sa visibilité médiatique (et je viens de dire ce que je pense de ce qu'elle vaut : il ne s'agit pas, chers amis, de nous faire, ou de vous faire le coup du "Grand Homme"), soit le seul en mesure de faire exister publiquement la (vraie) gauche sur cette scène viciée à la base que sont les élections présidentielles. Il n'empêche que ce qui se joue en ce moment est la DISPARITION totale de la gauche dans ce pays, à contre-courant de ce qui se passe en Espagne, en Grèce (Mélenchon a tort de tacler Tsipras, comme ceux qui tapent sur lui ont tort ici), en Angleterre et jusqu'aux Etats-unis avec les incroyables succès de Bernie Sanders.

9. Il faut ADDITIONNER ET NON SOUSTRAIRE. L'heure est trop grave. Il faut se regrouper et non se tirer dans le dos. Donc accepter que JL Mélenchon aille au feu médiatique et l'encourager dans cette voie. Quitte à faire entendre à côté de lui et non contre lui (qu'y a-t-il à y gagner??) une autre musique.

Je ne suis pas mélenchoniste, et sensible ABSOLUMENT aux voeux de ceux qui s'impatientent d'un renouvellement générationnel, d'une plus grande visibilité politique des Français issus de l'immigration, et des femmes. 
Je souhaite comme beaucoup d'entre nous qu'un mouvement réellement citoyen émerge dans ce pays dans une contestation radicale des institutions bonapartistes de la Vème République. 
Mais ceci n'est pas contradictoire avec cela.
L'heure est grave : il s'agit de se faire entendre ENSEMBLE, de dire dès maintenant et bien évidemment sans attendre les présidentielles et moins encore d'hypothétiques primaires (payées par qui???) que la criminelle et irresponsable politique ultra-libérale : ça suffit! Rien d'autre ne compte vraiment.

RIEN ne sortira des primaires, parce que l'idée même des primaires - choisir UN homme ou UNE femme - renforce la réduction de la politique à une question de personne, et conforte l'esprit même de la Vème République au lieu de le contester.
La pétition lancé par des intellectuels, tout le monde le sait, est soutenue par les ambitions politiques d'un ou plusieurs des A. Montebourg, C. Duflot, gauche du PS etc. On a déjà vu ce qu'ils valaient politiquement : je rappelle une fois encore QU'ON DOIT A A. MONTEBOURG ET A B. HAMON DE SUBIR VALLS COMME PREMIER MINISTRE (leur mini-coup de force d'alliance contre le pauvre JM Ayrault, lequel, nonobstant son obsession des aéroports, est quand même moins mauvais bougre que le déatiste Valls). Sans parler de C. Duflot, ni de la vaillante C. Taubira, qui n'ont quitté que fort tard, bien tard, le navire - pour y revenir subitement  - certes sous les traits de l'inénarrable et bien "jeune" à tous égards E. Cosse - pauvre d'elle, plaignons-la. 


Aucune illusion à se faire : aucun leader "nouveau" n'émergera de ces primaires. C'est triste, mais la politique ça ne se joue dans les dîners en ville, à coups de poker de pétitions audacieuses. Et cela, je ne le regrette pas : ce n'est pas ma conception de la politique démocratique.


La politique, ça se joue en ce moment : avec le collectif # On vaut mieux que ça, l'exigence maintenue de retrait total de la loi, la contrainte exercée sur le PS pour refuser cet ultime RENIEMENT DES VALEURS DE GAUCHE qu'incarne cette loi - y compris avec les aménagements ridicules qui viennent d'être proposés. Tout le monde connaît la blague qui court sur la CFDT : quand le gouvernement rétablira l'esclavage, ils négocieront le poids des chaînes. J'ajoute : la CFDT négocie le poids des chaînes, ce n'est pas un syndicat, c'est une filiale du MEDEF (je parle là de la direction de ce syndicat - contesté ça et là à la base).

La politique, ça se joue aussi sur les réseaux sociaux, n'en déplaise aux conservateurs, ça se joue avec les you-tubers, passionnant phénomène nouveau que je connais grâce à mon fils de treize ans, porte-voix des jeunes stagiaires et autres plus-ou-moins-chômeurs qui n'en peuvent plus  : 50 pc des jeunes hommes de moins de 25 ans sans diplôme au chômage dans ce pays : les autres sont DEJA des précaires.

La politique, ce printemps, pour fêter le'anniversaire du Front Populaire, ça se joue dans la rue. 

Je propose que le jour-anniversaire du Front Populaire : le 3 mai, soit une journée de grève générale.

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