barthes
La France vue d'Allemagne (lien vers l'article : https://www.neues-deutschland.de/…/1050337.frankreich-steht…: mais de quoi se plaignent ces Français, en particulier en ce qui concerne la croissance (en panne en Allemagne) et la pauvreté (plus importante en Allemagne qu'en France jusqu'à il y a peu, notamment en raison de la faible indemnisation des chômeurs... Mais grâce à F. Hollande et à son gouvernement Valls-Macron, la France a rejoint l'Allemagne et a maintenant un taux de pauvreté équivalent. Où l'on apprend également que le coût du travail a davantage augmenté ces dernières années en Allemagne qu'en France. Alors qu'à longueur de colonne d'éditorialistes du système on nous vante le modèle allemand d'austérité budgétaire libérale!

A lire aussi dans ce même article : "Das Wirtschaftswachstum und der Jobaufbau waren möglich unter arbeitsrechtlichen Regeln, die nun in der Kritik stehen." : La croissance économique et le taux de chômage ont été maintenus grâce au code du travail qui est maintenant remis en cause."" Qu'en pense Emmanuel Macron, qui a contribué à tuer le code du travail et s'apprête à l'achever par ordonnances?

Relevons encore ceci (mais il faut lire l'article entier) : "Ein Grund für das insgesamt schwache Wachstum war die Sparpolitik, die auch Paris verfolgt hat, um die Maastricht-Kriterien der EU einzuhalten. Mittlerweile ist das französische Staatsdefizit von sieben Prozent auf 3,3 Prozent geschrumpft." : "Une des raisons de la croissance faible, est l'ajustement des politiques françaises aux critères de Maastricht imposés par l'UE : le déficit français a dans le même temps baissé de 7 à 3,3 pc". Et du reste à qui profite le récent redémarrage (extrêmement relatif) de la croissance en France? Apparemment ni aux salaires, qui ont été gelés, contrairement à ce qui s'est passé ailleurs et notamment en Allemagne, ni aux chômeurs, puisque le taux de chomage demeure un des plus élevés de la zone euro. Ce qui repose la question de la manière dont sont calculés les dits taux de croissance, mais ce n'est pas le seul problème.

Qui est "de gauche"? Pas le gouvernement Hollande-Valls-Macron-Edouard Philippe : ça ne fait plus de doutes pour personne. C'est précisément cette politique d'austérité qui ne profite qu'aux plus aisés que le nouveau Président, et le gouvernement qu'il s'apprête à nommer, veulent poursuivre.

Que signifie "réussir sa politique" pour un gouvernement? Faire une politique en faveur de sa population (aux 3/4 salariée et gagnant pour moitié moins de 1500 euros par mois), ou pour ses classes supérieures (10 pc de la population est aisée : propriétaire de capitaux immobiliers et mobiliers)?

Remarquons à quel point les termes employés par les journalistes et repris par les politiques même à gauche (la vraie, je veux dire, pas le PS Cambadélis-Hollande-Valls-Macron), une politique qui "réussit"/ qui "échoue", n'ont aucun sens. C'est par le vide sémantique des mots employés, que s'opère la manipulation mentale. La question politique consiste à se demander à QUI réussissent les politiques qui sont menées.

Enfin, on apprend dans cet article que le directeur de l'Institut allemand de recherches économiques qualifie de "dépression mentale" le sentiment français de crise économique. Cela signifie qu'il considère que l'appréciation critique de la situation sociale et économique relève de la "dépression mentale". Autrement dit encore, la protestation politique, qui est le corollaire de cette appréciation critique, à l'égard par exemple, des politiques d'austérité menées sous contrainte de l'UE, relève, selon cette logique, de la pathologie.

Ceci est à rapprocher, que cela soit dit en passant, du titre malheureux d'un article de Mediapart  : "La société civile de Macron : des gens qui vont bien" https://www.mediapart.fr/…/la-societe-civile-de-macron-des-….

Dans les deux cas, cette assimilation de la difficulté sociale à un problème psychique relève d'un vocabulaire que je n'hésite pas à qualifier de totalitaire, tant il forclot toute opposition politique, qualifiée de "dépression mentale", ou, variante de la même idéologie dominante, d'"extrémisme" - ce qui permet de fourrer dans le même sac "populiste", voire, depuis peu, fasciste, la contestation nationaliste d'exrême-droite et la contestation politique au nom de la juste répartition des richesses et de l'égalité de tous avec tous. 

Plus que jamais, faire de la politique commence par exercer une vigilance à l'égard du langage employé : comme l'expliquait Roland Barthes dans ses Mythologies (1957) : c'est au raz de la langue que commence le fascisme (sic). C'est-à-dire à partir du moment où les mots employés interdisent ou culpabilisent ou pathologisent ou marginalisent toute réflexion critique, toute remise en cause de l'ordre régnant. La réduction de la protestation, de la critique, de tout parole non consensuelle à la manifestation d'un malaise inconvenant : voilà une représentation collective si répandue et si profonde qu'elle en devient inconsciente. C'est la raison pour laquelle on la retrouve implicite dans ce titre de Mediapart - à l'insu en quelque sorte des auteurs, on peut le supposer. 

Hommage à mon vieux maître (photo INA) que je n'ai connu, mais ô combien, qu'en livres. Sûr qu'il aurait jugé bon de la déconstruire cette nouvelle mythologie : la politique = dépression mentale?

Ca ne vous rappelle pas quelque chose? Totalitaires, qu'ils disaient, les régimes qui enfermaient les dissidents politiques dans des hopitaux psychiatriques. Totalitaire, oui, la représentation collective qui conduit à pathologiser ou psychologiser la politique. 

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