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Le Club de Mediapart dim. 31 juil. 2016 31/7/2016 Dernière édition

La gauche et la mouvance rouge-brune : ma réponse à Judith Bernard réitérant son soutien politique à Etienne Chouard

J'attire l'attention sur le passage suivant du texte de Judith Bernard : «Qu’il [Chouard] ait montré à l’égard de Soral une coupable indulgence, en le qualifiant, quand on l’interrogeait sur lui, de “ résistant ”, sans dénoncer vigoureusement son antisémitisme, est une chose certaine : je l’ai maintes fois interpellé là-dessus, et nous sommes nombreux à lui avoir demandé de clarifier ses positions ...d’une manière qui ne permette plus de malentendu.» En effet dans cette interview que cite Judith Bernard, Chouard qualifie Soral de "résistant" et, comme je l'ai déjà fait remarquer dans mon billet, d'"homme de gauche qui se bat contre les privilèges" (dans la même phrase ou juste avant).

E. Chouard ne peut écrire que Soral est un "résistant" et "un homme de gauche" sans, de fait, cautionner son orientation politique. Judith Bernard continue à légitimer la pensée d'un tel homme (Chouard) qui qualifie ainsi le fasciste Soral : non seulement il ne le condamne pas comme fasciste mais il l'encense. C'est ce qui ressort de la suite du texte de Judith Bernard ((http://blogs.mediapart.fr/…/les-militants-du-sort-portent-u…).  Ce positionnement confusionniste, celui de Chouard, mais également celui de Judith Bernard, me semble parfaitement injustifiable et insoutenable politiquement, moralement, humainement. 
Plus au fond des choses, je suis convaincue que l'urgence pour la gauche, c'est-à-dire le renouvellement démocratique (et la survie de la démocratie : on en est là), et la bataille pour la perspective d'un dépassement du système économique inégalitaire dans lequel nous vivons, n'est pas de draguer l'extrême-droite comme semblent le penser un certain nombre de gens notamment au PG ou dans la direction du m6r, mais passe d'abord par le rassemblement de ceux qui se retrouvent sur un socle de valeurs communes (égalité, justice sociale et juste répartition des richesses, démocratie représentative, écologie, féminisme, liberté des moeurs). 
Je crois qu'il y a là un désaccord de fond : d'orientation politique. Non seulement je crois que c'est une erreur absolue d'ouvrir la porte aux fascistes via Chouard (complaisant envers Soral) et Judith Bernard (complaisante envers Chouard), mais que c'est une faute politique que je me refuse à cautionner.

Cela crée une chaîne par où s'infiltrent de "gentils virus" (c'est le nom qu'ils se donnent) qui "contaminent" par ce canal (encore leur vocabulaire) toute la gauche, du "tous pourris" anti-parlementairen et il faudrait plutôt dire "anti-politique", signature de l'extrême-droite depuis les années 30 : en effet, contrairement à ce qu'on nous raconte, rien de nouveau sous le soleil aveuglant du "fascisme". Parce que le "fascisme", c'est bien le mot, il n'y en a pas d'autre : du faisceau au réseau et d'un réseau l'autre, il y a l'instantanéité du net.

Je pense comme Jacques Rancière (La haine de la démocratie) que la démocratie est l’affaire de « n’importe qui ». Je ne suis donc pas opposée a priori au tirage au sort. Sauf que : le tirage au sort court-circuite la parole politique : on est tiré au sort et non élu sur un discours, défendant un programme. Je qualifie donc le tirage au sort de procédé anti-politique : et c’est par cet aspect anti-politique qu’il risque d’agréger d’autres courants antipolitiques fascistoïdes, puisque le discours fasciste se caractérise précisément par une rhétorique antipolitique confusionniste : tous pourris, haine des corps intermédiaires (partis, syndicats), antiparlementarisme. Le fascisme fustige aussi bien les « ploutocrates » (gouvernement des plus riches) que la défense des droits catégoriels des salariés. La tendance oligarchique (le gouvernement d’un petit nombre), au compromis voire à la trahison de l’intérêt de ceux qu’ils représentent, est un vrai problème des organisations de gauche (syndicats et partis), et renforce la rhétorique antipolitique fascistoïde, parfois portée de bonne foi par des libertaires pour cette raison.

Un des marqueurs de cette antipolitique fascistoïde est le thème de la « transgression des tabous » ; ces tabous sont : le pacte social de 1945, la défense catégorielle des salariés, l’antiracisme, le féminisme, la tolérance envers les orientations personnelles religieuses ou sexuelles. Tout le champ politique est « contaminé » par cette rhétorique antipolitique fascistoïde : la droite républicaine est en train de s’auto-dissoudre et de passer par-dessus bord tous ses gardes-fous (démocrates-chrétiens ou gaullistes – le gaullisme de la Résistance et du gouvernement de 45) : voir les récentes déclarations de Fillon ou les meetings pétainistes actuels de Sarkozy-la France aux français aux accents mussoliniens. Valls, de même, par son ton volontarisme viriliste « anti-tabous » à tendance raciste (les déclarations sur les Roms) et son confusionnisme politique (prétendre que la politique de l’offre est de gauche) participe de ce mouvement. La gauche républicaine jacobine, et l’extrême-gauche centraliste est perméable à certains des thèmes par son laïcardisme étroit et sectaire (antisionisme ou islamophobie pas trop regardant sur les soubassements racistes de ces passions idéologiques), tendance au bonapartisme et au centralisme autoritaire. Les libéraux n’en sont pas exempts (l’obsession islamophobe d’une Caroline Fourest par exemple), ni les libertaires, je l’ai déjà dit : la détestation de tous les corps intermédiaires, partis, syndicats, des anarchistes dits individualistes est un point de contact important avec la mouvance fascistoïde que j’essaie de décrire.

Le champ politique n’est pas un jardin de curé bien réglé, c’est plutôt un liquide en fusion dont les composants se mélangent sans cesse. D’où la  nécessité de la vigilance critique sans repos possible.  

 J’insiste dans ce blog, précisément en vue de résister à la vague de fond fascistoïde antipolitique qui secoue le pays et lutter contre le confusionnisme politique qui est son marqueur, pour réhabiliter fortement l’opposition gauche-droite, et pour revenir à la définition jauressiste du socialisme et de la gauche : voir à cet égard le livre des Socialistes affligés : La gauche ne doit pas mourir, dans lequel Philippe Marlière analyse le vocabulaire politique (socialisme, social-démocratie, social-libéralisme) avec une remarquable précision historique. Une des raisons majeures du succès du confusionnisme fascistoïde auquel participe la non-pensée molle d’un Chouard est que la très-nécessaire critique radicale du capitalisme a été abandonnée par la gauche alors qu'elle est un de ses marqueurs centraux. Or la gauche (relisez Jaurès, Messieurs les post-blairistes "néo-progressistes") n’est la gauche, que si elle porte la perspective d’un dépassement du capitalisme, qui est un système d’accaparement des richesses par une minorité, à son profit exclusif, mais surtout et c’est plus grave : contre l’ « intérêt général humain », pour reprendre l’expression de Jean-Luc Mélenchon, écologique et social ; la financiarisation de ce système aggravant les inégalités sociales, qui se sont creusées partout depuis les années 80, déstabilisant les équilibres alimentaires (retour des famines), politiques et géopolitiques : en ce sens, la crise systémique du capitalisme financier alimente le courant antipolitique fascistoïde, par son instabilité, par son caractère destructeur des ressources naturelles, mais aussi par son totalitarisme idéologique : la théorie de la fin de l’Histoire des néo-libéraux et leur mantra TINA : il n’y a pas d’autre système possible.

Il est donc très nécessaire d’expliquer que le « peuple » ça n’est pas les 99% de Chouard : favoriser l’intérêt général ne consiste pas à donner la parole au peuple contre les 1% d’accapareurs et de vrais privilégiés, mais à penser l’opposition structurante des rapports économiques et politiques entre capital et travail, et d’observer, comme le font Liêm Huang Ngoc et Philippe Marlière dans leur livre (La gauche ne doit pas mourir), que la réalité économico-politique est le contraire exact de ce que la presse dominante en dit : ce n’est pas le coût du travail qui est exorbitant mais au contraire le coût du capital (les 29% de VA qui vont aux dividendes essentiellement empochés par les plus riches des possédants financiers, et non par les patrons de PME). Autrement dit, les actionnaires, détenteurs des capitaux financiers, détruisent la richesse produite par leur avidité (se payer cash sur les profits des entreprises : un tiers !) et interdisent un « développement industriel » que par ailleurs il est temps de mettre en cause : l’anarchie du développement industriel uniquement motivé par le profit conduit aux crises de surproduction et à la destruction de la biosphère, cela ne fait plus aucun doute.

Bref, contre la mouvance fascistoïde, il faut faire de la politique en expliquant que tout le monde n’a pas les mêmes intérêts dans la société : que les salariés sont le plus souvent les otages (je pense à l’industrie agro-alimentaire bretonne anti-écologique) de patrons irresponsables sur le plan industriel et de rentiers actionnaires qui ne cessent de défendre, avec d’immenses relais médiatiques, et à défaut de l’intérêt général (celui du plus grand nombre : les salariés, 23 sur 26 millions d’actifs), l’intérêt immédiat de leurs dividendes.

Evidemment, tout cela est un peu plus long à expliquer que « 99% contre 1% » ou « tirage au sort ». Ne pas prendre les gens pour des cons, c’est cela : leur dire franchement qu’ils nourrissent le fascisme qui vient et qui est déjà là partout ; y compris, en effet, dans cette presse bien-pensante, adepte hallucinée du TINA, ou grande-prêtresse d’une Europe salvatrice : dont tout le monde voit que, malheureusement, elle n’existe pas. Leur dire que s’ils ne s’organisent pas politiquement à gauche, en obligeant la vraie gauche écologiste à s’unir (la gauche sociale d’EELV, la gauche du PS, le FDG, et la gauche de cette gauche, anarchistes, trotskystes, et surtout tous les citoyens conscients, le plus souvent isolés), nous allons vers un régime césariste ou fasciste d’apartheid, c’est-à-dire vers de graves affrontements sociaux et politiques, avec une police d’état surarmée on le voit. Les oligarques, comme les appelle amoureusement Christine Ockrent, préfèrent quant eux la guerre civile, ou la guerre internationale, à la perte de la moindre parcelle de leur hégémonie économico-politique : la guerre de 14 devrait nous avoir donné cette leçon. Le capitalisme n’est pas démocratique par essence. Je dirais même que c'est par essence qu'il n’est pas démocratique, puisqu’il tend à l’accaparement du pouvoir politique par les accapareurs de richesse : toute l’histoire de ce pays le montre et que cet accaparement a lieu, en dépit du contrepoids de la promesse spirituelle d’égalité de la Révolution française, sur le socle de laquelle notre état républicain se fonde.

Je pense donc qu’au lieu de draguer la mouvance fascistoïde en adoptant un vocabulaire apolitique : « le peuple » versus les oligarchies, 99% contre 1%, il faut au contraire refaire de la politique ; informer les militants des distinctions politiques majeures qui leur permettent de voir clair là où ils sont, et de reconstruire par la base une culture de gauche populaire dans la tradition des Rouges, en évitant les écueils fascistoïdes qui ont aussi été ceux du stalinisme. Cela implique de mener des débats clairs et argumentés avec ceux qui colportent une rhétorique d'une autre nature, laquelle nous mine de l'intérieur, et contribue à nous détruire.

Même si cela risque de faire perdre du temps à la construction du m6r par exemple, le temps perdu ici est du temps gagné pour la renaissance intellectuelle, morale, politique de la gauche. La gauche est en effet, sinon "saignante", comme se moque un peu vite Jean-Luc Mélenchon dans son dernier billet de blog (http://www.jean-luc-melenchon.fr/2014/11/17/le-lendemain-et-meme-ensuite/#more-21168), du moins blessée à mort, au moins par deux côtés : le renoncement oligarchique de ses organisations à défendre les intérêts des salariés contre ceux des actionnaires, et la dérive totalitaire des régimes dits communistes, qui ont pratiqué ou pratiquent encore la collectivisation étatique forcée des moyens de production. Si l'on veut guérir la gauche, il faut panser ces deux blessures profondes : réaffirmer son double fondement, critique radicale et dépassement du capitalisme mais aussi démocratie politique et critique du centralisme autoritaire. C'était tout l'objet de mon livre, Les Rouges, de réinsuffler un tel débat (ce qui, le contraire eût été surprenant, n'a été relevé par aucun journaliste).


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On dirait une querelle de personne en fait. J'aime pas "machin" parce qu'il a pas dit ce que je voulais qu'il dise au sujet de "bidule" et comme "truc" le soutien aussi alors c'est un méchant.

C'est du niveau de la cour de récréation.

E.Chouard et J.Bernard sont à situer dans les humanistes, dans les gens qui réfléchissent globalement, pour le bien commun, pas pour leur seule personne et qui cherchent à faire avancer les choses.


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