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Billet de blog 31 juil. 2014

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Jaurès 100 ans après : pourquoi ils ne réussiront pas à le tuer une seconde fois

Pourquoi le dirigeant actuel du Parti socialiste, Jean-Christophe Cambadélis, sans parler du Président Hollande et de son Premier Ministre de droite, ne peuvent pas se réclamer de Jaurès :

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Pourquoi le dirigeant actuel du Parti socialiste, Jean-Christophe Cambadélis, sans parler du Président Hollande et de son Premier Ministre de droite, ne peuvent pas se réclamer de Jaurès :

Parce qu'ils ont perdu toute confiance en la possibilité de s'appuyer sur "l'immense majorité" des salariés pour bouleverser l'inertie sociale qui garantit la pérennité du pouvoir aux oligarchies financières. Cambadélis comme Hollande pensent qu'il s'agit d'une affaire de négociation à la marge, qu'on peut arracher des miettes à condition de flatter dans le sens du poil au moins une partie des oligarchies, et que le peuple pèse peu dans la balance. Leur religion, c'est celle des "rapports de force", et mécaniquement, ils penchent du côté où le rapport de force est le plus favorable.

Ce manque de confiance en la souveraineté du peuple hautement proclamée par la Révolution française, est la raison profonde de l'impasse politique actuelle : Jaurès, lui, au contraire, croyait en la force de la démocratie - qui est une force de l'esprit (sourire). Il pensait que ça valait le coup de s'appuyer sur le peuple, sur la réclamation du peuple, sur la clameur de l'injustice subie, sur le malheur des vies volées, sur toute cette boue de l'injustice pour la transformer en l'or de l'espoir politique.

Et ça a marché, un peu, avant d'être écrasé par l'immense machine de la guerre (14) qui a fascisé l'Europe et l'a précipité dans le gouffre moral de la tuerie généralisée et la terreur politique de l'extermination industrielle des Juifs. Plus de morts que n'en comptait le monde au Moyen Âge : ils auront essayé ça pour tuer cet espoir (et pas seulement l'assassinat de Jaurès), et ILS N'ONT PAS REUSSI.

Le nom de Jaurès dit cela : ILS NE REUSSIRONT JAMAIS.

Jaurès, à cette impossibilité de tuer l'espoir politique et spirituel de la justice, de l'égalité, de la liberté, il y CROYAIT. Parce qu'en effet, c'est une croyance, une foi. Pas une religion : une foi. Ce à quoi il FAUT croire, sinon on est morts.

Et c'est parce que Jaurès affirmait cette foi comme foi qu'il s'est élevé bien au-dessus de tous les politiciens de son temps,  c'est la raison profonde pour laquelle on le vénère aujourd'hui (comme une relique - mais méfiez-vous de la puissance des reliques). Une foi, qui a été systématiquement sapée, une foi en la souveraineté du peuple : ce n'est pas une idéologie, mais un PRINCIPE politique majeur, précisément, la possibilité de CHANGER le rapport de force, et non pas seulement de l'aménager à la marge. Cette "promesse" d'égalité, née avec la Révolution française, Jaurès l'a écrit et répété, n'est pas une génération spontanée : elle s'enracine dans les mouvements historiques profonds et dans la mentalité des sociétés européennes, et particulièrement dans la société française : elle tire sa puissance d'effectivité dans la contradiction entre la promesse d'égalité des Evangiles et l'imposition féodale et ecclésiastique des pouvoirs oppressifs et inégalitaires.

Ce moteur à explosion de la spiritualité européenne a produit le concept irrécupérable de "liberté", qui est une flèche, une direction indiquée bien au-delà de la question de l'organisation politique des sociétés, comme l'est aussi l'impératif posé de respecter la DIGNITE de chaque être humain (qui s'en soucie aujourd'hui? - allez voir un peu comment vivent les ouvriers payés au SMIC dans les débris de l'industrie française), et de tout l'environnement humain (ce qu'on appelait autrefois la nature) : et on voit où on en est à force d'irresponsabilité productiviste au profit d'une infime minorité d'êtres humains. 

C'est pour raviver les cendres de cette foi que j'ai écrit Les Rouges : et bien sûr, Jaurès en est le cœur (le milieu du livre), pas seulement par ce que le petit gars de Mailly, l'ouvrier bronzier Camélinat, a participé avec le grand Jaurès à la fondation de la Section Française de l'Internationale Ouvrière (Seconde Internationale). Mais parce que ce fil rouge, ce filon d'or de l'espoir, Cambadélis ou Hollande auront beau jeu de l'enrubanner de discours qui camouflent leur indigence politique et leur manque d'audace personnel, rien ne le tuera.

On dit qu'ils assassinent la gauche : on se trompe. C'est impossible, et ce centenaire de Jaurès le prouve en creux. Ils peuvent mentir, ruser, et même tuer, quelque chose de cette histoire, "notre histoire", comme je l'ai appelée dans mon livre, elle ne mourra jamais.

Jaurès le disait, écoutons-le enfin : "La démocratie est à ses débuts, elle ne fait que commencer". 

http://www.dailymotion.com/video/xtvvr8_jacques-brel-jaures-1977_music

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