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Billet de blog 9 janv. 2022

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Remplaçants à l'Education Nationale : le prix du mépris

La crise du Covid aura eu cette vertu de rendre manifeste aux yeux de tous le mépris de leur institution auquel sont soumis les enseignants depuis des années. Mais les derniers développements dépassent ce que l'on pouvait imaginer. Que le Ministre soit aux abois, certes, mais ça....

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Qui fréquente les réseaux sociaux et est enseignant voit passer des posts hallucinants : enseignants cas-contact intra-familiaux sommés par leurs inspecteurs de venir enseigner, enseignants cas-Covid sommés de faire du distanciel alors que malades,... - tout cela qui s'ajoute aux masques-slip, au fait que la classe peut bien pulluler d'élèves malades tombant les uns après les autres, l'enseignant, lui, n'est jamais cas-contact ( magie sans doute du masque-slip devenu cape d'invulnérabilité....).

Mais il est certains posts qui pourraient faire vomir qui a pourtant le coeur bien accroché depuis de nombreuses années. Parce que les informations circulent entre enseignants – et ils sont 830 000 devant élèves. Même retraités, ils restent de la grande maison..., partagent encore avec leurs anciens collègues...

27,44 euros de l'heure

Et ne voilà-t-il pas que l'un des jeunes retraités de l'Education Nationale a partagé la lettre qu'il a reçue, avec la précision qui tue : « Je vous précise que l'heure d'enseignement sera rémunérée au taux horaire de 27,44 euros ». Bruts. L'heure d'enseignement ! Comme si une heure d'enseignement ne supposait pas préparation du cours ! Si on ne décompte qu'une demi-heure de préparation pour une heure de cours, le tarif de l'heure de cours tombe à 18 euros bruts et 9 euros pour la demi-heure de préparation. Si on compte une heure de préparation, le tarif tombe à 13, 50 euros l'heure de cours en présence des élèves! Bruts !

Une recherche rapide du tarif horaire pour du baby-sitting amène à ce tarif : « niveau 1baby-sitter, 10,13 € brut/heure : surveiller occasionnellement un ou plusieurs enfants de plus de 3 ans ». Et il ne s'agit que de surveiller des enfants ! Et pas 30 d'un coup...

C'est dans l'académie d'Amiens que le Recteur, Raphaël Muller, crache ainsi son mépris à la face des enseignants. 27, 44 euros. Le prix du mépris !

lettre envoyé à un jeune retraité de l'Education Nationale


Bac + 2

Mais l'académie de Paris n'est pas en reste, elle qui cherche sur Pôle Emploi n'importe qui qui serait détenteur d'un bac +2 quand les enseignants sont recrutés actuellement à Bac + 5 avec l'obtention d'un concours à la fin de ces 5 ans d'études.

Plus de chirurgien ? Vous êtes infirmière : postulez. Plus de pilote dans l'avion : stewarts, hôtesses de l'air, postulez !


La politique du ruissellement...du mépris

Le mépris dans l'Education Nationale ruisselle, du Ministre qui cherche moins à protéger les enseignants qu'à leur trouver des remplaçants aux recteurs, IEN, inspecteurs, certains personnels de direction, en suivant la chaîne hiérarchique, jusqu'au crachat sur les enseignants : vous n'avez aucune valeur professionnelle, puisque vous pouvez être remplacés par le moindre clampin à peine diplômé qui traversera la rue ; vous valez 27, 44 de l'heure, feignasses qui ne faites rien en dehors de vos heures de présence en classe, ne préparez rien, ne corrigez rien ! Anne -Sophie Lapix, Laurent Delahousse ou Gilles Bouleau n'ont qu'à frémir... : même en multipliant par dix le tarif-horaire des enseignants, avec leur demi-heure « en scène », ils ne vont pas toucher gros si leurs salaires sont alignés sur le concept « une heure de présence face public = une heure-payée.

Le prix du mépris.
Il se paiera. Les enseignants sont 830 000 face aux élèves. 830 000. Une force du nombre dont ils vont peut-être enfin finir par se rendre compte.
A la mémoire de Christine Renon, de Jean Willot et de tant d'autres...
A Samuel Paty

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