Retraites par points : le diable se cache dans la valeur du point !

"Un euro cotisé donnera les mêmes droits à tous" ! Enfin la retraite sera juste. Vraiment? Mais quels seront les déterminants de la valeur du point? Silence radio dans la majorité présidentielle. Et la désindexation récente des retraites par rapport au coût de la vie ne peut que faire craindre le pire...

Jusqu'à présent, vous aviez accumulé des trimestres. Et ces trimestres ouvraient des droits. Vous pouviez savoir avant votre retraite combien vous gagneriez, au moins approximativement. C'était sans surprise (si on excepte la très désagréable surprise qu'ont eu nos aînés voici quelques semaines...).

Dorénavant, vous cumulerez des points. Privé, public, anciens régimes spéciaux, artisans, commerçants, etc..., on va tous cumuler des points. Les éléments de langage du gouvernement Macron étaient déjà en place avant même l'élection d'Emmanuel Macron : c'est plus juste, tout le monde est sur un pied d'égalité; ""Un euro cotisé donnera les mêmes droits à tous". C'est bien...

Il n'empêche que tout est dans ce qui n'est pas dit. Quel sera le coefficient multiplicateur de ce point, la "valeur du point" comme on dit dans les régimes complémentaires Argic et Arrco, et surtout, quels seront les déterminants de ce coefficient multiplicateur? Et qui garantit que les pensions servies ne pourront pas baisser d'une année sur l'autre?

Laurent Mauduit, dans cet article accessible aux abonnés, Macron veut dynamiter les retraites par répartition ( 31 Mai 2018), le soulignait à juste titre : " Dans le premier système, une fois que la retraite a été liquidée par un salarié, le montant de la retraite est garanti – et les seules mauvaises nouvelles possibles pour le retraité concerné sont les modalités d’indexation de sa pension. Mais dans le système de retraite par points, cette garantie minimale de maintien du pouvoir d’achat de la pension n’est pas garantie, puisque la valeur du point peut changer.
Or, cela change évidemment tout, car dans un régime de retraite par points, les retraités peuvent connaître une baisse, même brutale, du pouvoir d’achat de leur pension. C’est l’exemple de la Suède, qui s’est convertie en 1999 au système de retraite par points, qui en atteste."

On trouvera sans doute dans ce document du Conseil d'Orientation des Retraites issu d'une séance plénière de Février 2018, en son point 4 : "La valeur de service du point", un certain nombre d'éléments qui permettront de comprendre les enjeux ou plutôt les arbitrages qu'il faudra nécessairement faire. Car arbitrages il y aura, ce que dessine déjà ce document du COR, ardu à lire certes.

Les organisations syndicales et les journalistes désireux de faire comprendre les choses auraient sans doute tout intérêt à forcer le Gouvernement à répondre à la question des déterminants de la valeur du point si on ne veut que le débat ne s'enlise dans les questions de pénibilité, de prise en compte ou pas des primes pour les fonctionnaires, dans toutes ces questions finalement annexes si c'est l'ensemble des salariés qui doit se trouver dans une perpétuelle inquiétude sur le montant potentiellement erratique des pensions de retraite.

La présentation irénique, a-conflictuelle de cette réforme déjà bien en marche est un leurre. Elle n'apportera qu'incertitude, conflits générationnels organisés - avec en perspective la nécessité de cotiser à des fonds de pension - pour ceux qui le pourront !

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