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Billet de blog 11 nov. 2021

Ce que n'a pas dit E. Macron : "Sans eux, aurions-nous ce dont nous bénéficions ?"

Emmanuel Macron a une larme à l'oeil....A l'heure de la destruction de tous les acquis issus de la Résistance, à l'heure de la mise à bas de l'Etat social voulu par nombre de ceux qui ont résisté, cette larmichette est malvenue. Très.

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Emmanuel Macron a une larme à l'oeil en écoutant le Chant des partisans lors de l'inhumation d'Hubert Germain dans la crypte du Mont-Valérien. Tartuffe est parmi nous : « Cachez ce sein que je ne saurais voir »....
Car quoi ? C'est au creux des temps les plus sombres, en 1943, que, sous l'égide de Jean Moulin, l'ensemble des forces résistantes, gaullistes certes, mais aussi communistes, notamment, se sont rassemblées pour définir ce beau programme qui avait le nom de « Les Jours heureux » et qui sera publié en Mars 1944.
Que voit-on dans les actions ou les volontés exprimées d'Emmanuel Macron ? L'inverse de ce que prônaient les forces résistantes à l'aube de notre libération dont nous ne saurons jamais leur être assez gré : c'était un programme qui portait les Français vers le haut, vers « les jours heureux » avec l'assurance que les plus humbles seraient protégés.
Mais dans un temps où le Président, par son cinéma, nous appelle à ne pas avoir la mémoire courte, nous devons affirmer que nous ne l'avons pas, que nous nous souvenons, que nous mettons en lien les choses, que nous savons ce que nous devons à qui.... et ce n'est pas à lui....
"Défaire méthodiquement le Programme National de la Résistance".
Car il est incontestable, quand on porte un regard sur les intentions du MEDEF en ce temps pas si lointain  de 2007 ( 2007, qu'est-ce, par rapport à 1944?), qu'Emmanuel Macron met en œuvre scrupuleusement le plan élaboré à cette époque par le syndicat (grand)-patronal. Plan alors clairement énoncé par Denis Kessler, numéro 2 du MEDEF.
C'était dans le Challenge du 4 octobre 2007: "Le modèle social français est le pur produit du Conseil national de la Résistance. Un compromis entre gaullistes et communistes. Il est grand temps de le réformer, et le gouvernement s'y emploie. Les annonces successives des différentes réformes par le gouvernement peuvent donner une impression de patchwork, tant elles paraissent variées, d’importance inégale, et de portées diverses : statut de la fonction publique, régimes spéciaux de retraite, refonte de la Sécurité sociale, paritarisme...A y regarder de plus près, on constate qu'il y a une profonde unité à ce programme ambitieux. La liste des réformes ? C'est simple, prenez tout ce qui a été mis en place entre 1944 et 1952, sans exception. Elle est là. Il s'agit aujourd'hui de sortir de 1945, et de défaire méthodiquement le programme du Conseil national de la Résistance !".
C'était au temps de la "Refondation sociale" impulsée par l'ancien CNPF devenu quelques années plus tôt le MEDEF, version agressive et rénovée du syndicat du patronat, en ordre de bataille pour faire entrer la France dans le néolibéralisme.
La liste des réformes engagées n'a guère bougé - et Emmanuel Macron peut sembler donc celui qui souhaite poser la clef de voûte de cette entreprise de démolition avec cette dimension particulière que, comme le soulignait Romaric Godin dans son excellent livre La Guerre sociale en France (éditions La Découverte, 2019), plus rien ne semble le brider.

D'ailleurs, Martine Orange, qui faisait la recension de ce livre le soulignait : "Car même les moins avertis comprennent vite ce qui se trame. L’État qui, depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, s’était posé en arbitre entre le capital et le travail, qui, même s’il avait fait de nombreuses concessions depuis les années 1980, avait veillé à ménager le second, a totalement basculé : il est désormais sans nuance aux côtés du capital. Toute la suite en témoigne : APL, ordonnances sur le travail, réforme du chômage, réforme de la fiscalité, réforme des retraites, démantèlement des services publics… Rien ne doit en réchapper. C’est qu’il y a dans cette politique une revanche sociale. Tous les acquis sociaux, toutes les lois que les pouvoirs du capital ont dû concéder, du fait notamment de leur faillite morale, après 1945, doivent disparaître."
On en est là quand on regarde les annonces concernant les retraites, l'indemnisation du chômage, les reculs en matière de Sécurité Sociale, l'état désastreux des hôpitaux et des services de santé ainsi que celui de l'Education Nationale, tous dévastés par une gestion comptable des choses.

E.Macron pleure


Plutôt qu'E. Macron, écouter  ...

Avant que les Résistants les plus prestigieux ne soient morts, ils étaient... vivants... - et ils pouvaient parler.  Et en 2004, nombre d'entre eux, parmi les plus prestigieux, avaient signé un Appel à la commémoration du 60° anniversaire du Programme de la Résistance: ils avaient noms Lucie Aubrac, Raymond Aubrac, Henri Bartoli, Daniel Cordier, Philippe Dechartre, Georges Guingouin, Stéphane Hessel,  Maurice Kriegel-Valrimont, Lise London, Georges Séguy, Germaine Tillion, Jean-Pierre Vernant, Maurice Voutey.
A cette époque, le journal Le Monde avait refusé de publier leur tribune...Et c'est le mouvement Attac, à l'époque sous la présidence de Jacques Nikonoff, qui avait organisé un colloque pour rendre compte de cet appel...
Celle qui écrit ce billet a vu s'éteindre au fil des ans chacun des signataires. Si le grand Jean-Pierre Vernant n'a pu répondre à ses questions parce que déjà malade, elle a pu interviewer Raymond Aubrac, Stéphane Hessel, Philippe Dechartre, et Maurice Kriegel-Valrimont.
C'était en 2005 et je vous propose de réécouter ce que disait à cette époque Maurice Kriegel-Valrimont, grand Résistant qui avait reçu le 25 août 1944, avec Henri Rol-Tanguy et le général Leclerc, la reddition du général von Choltitz, chef de la garnison allemande de Paris. L'écouter, c'est  rendre bien plus hommage à la volonté des Résistants qui se sont levés contre la barbarie nazie et qui portaient dans leur coeur l'espoir de jours heureux que de regarder la larme de crocodile à l'oeil de celui qui compromet et promet de compromettre encore plus s'il est réélu ce que nous devons à nos aînés, ce dont ils avaient rêvé au creux de l'hiver nazi, ce qu'ils ont  gravé dans le marbre, le Programme National de la Résistance : voilà ce qu'il ne faut pas oublier, voilà, outre notre liberté dans l'honneur, ce que nous leur devons. Nous n'oublions pas.

Maurice Kriegel-Valrimont - Des Sous et des Hommes 2005 - Aligre FM - Pascale Fourier © Pascale Fourier

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