Najat Vallaud-Belkacem remet en place la classe élitiste de latin !

  Madame le Ministre demande au Conseil Supérieur des Programmes « d'apporter dans son projet de programme de français de la cinquième à la troisième «des articulations plus lisibles avec les langues et cultures de l'Antiquité», de plancher sur un programme d'enseignement complémentaire de latin et sur les EPI LCA. La belle affaire.

 

 Madame le Ministre demande au Conseil Supérieur des Programmes « d'apporter dans son projet de programme de français de la cinquième à la troisième «des articulations plus lisibles avec les langues et cultures de l'Antiquité», de plancher sur un programme d'enseignement complémentaire de latin et sur les EPI LCA. La belle affaire.

Sans doute faut-il rappeler à chacun que l'enseignement complémentaire de Langues et Civilisations de l'Antiquité ( LCA) - dont on a compris qu'il porterait plus sur la langue latine et/ou grecque - ne peut être suivi qu'à condition que l'élève volontaire suive également un enseignement pratique interdisciplinaire -EPI- LCA.

Les EPI ne s'ajoutent pas aux heures disciplinaires obligatoires, mais s'en retranchent. Or le profeseur de latin n'a pas d'heures disciplinaires obligatoires. Pour qu'un EPI LCA se mette en place, il faut qu'il quémande auprès de ses collègues une demi-heure pour faire un EPI d'une heure avec un autre collègue d'une autre matière.

Or, qui va-t-il aller supplier ? La demande faite par Madame la Ministre au CSP de reprendre les programmes de français rend les choses limpides : à ses collègues de français. Quels sont les nouveaux horaires en français ? Quatre heures et demie en sixième, cinquième, quatrième ; quatre heures en 3°.

De l'impossibilité pratique qu'un EPI-LCA puisse être mis en place.

La majorité des enseignants sont certifiés et doivent 18 heures de cours. Comment obtenir ces 18H ? En prenant 4 classes à 4H30. Quand bien même le professeur de français serait-il extrêmement bienveillant, il ne peut accepter de laisser une demi-heure pour ne serait-ce qu'un seul EPI parce qu'il tombe en sous-service... Avant la réforme proposée, ce n'était pas en soi un problème : on pouvait prendre une heure d'aide qui, à l'époque, s'ajoutait aux heures disciplinaires et n'en était pas retranchée. Là, il ne pourra que refuser la toute petite demi-heure pour faire un EPI.S'il était assez fou pour laisser un EPI-LCA naître sur ses 4 classes, il serait en sous-service de deux heures, et devrait partager une classe de troisième avec un autre collègue, ce qui suppose concertation non-rémunérée...

On le voit : aucun enseignant de Lettres Modernes n'acceptera d'aider son collègue à créer un EPI -LCA. On rétorquera qu'il peut faire lui-même l'EPI... Certes... Mais à quoi bon alors avoir au sein de l'Education Nationale des spécialistes des Langues et Civilisations de l'antiquité si on les laisse au placard ?

Mais si ! Il y a une solution ! Que le professeur de Lettres Classiques, souvent seul dans son établissement, prenne lui-même une cinquième, une quatrième, une troisième, fasse lui-même trois EPI LCA avec un collègue, puis assure les cinq heures d'enseignement complémentaire ( 1 heure en 5°, 2 en 4° et 3°) . 18H de cours ! L'affaire est dans le sac ( même s'il aura à préparer 6 niveaux de cours et à inventer 3 EPI de niveau différent.

Mais que se passera-t-il pour les élèves ?

Ceux qui voulaient fréquenter la langue de Cicéron seront regroupés dans une seule et même classe, celle qui proposera l'EPI-LCA entamant les heures de français sur trois niveaux et n'ayant pas d'accompagnement personnalisé en français ( ce qui entamerait encore les heures disciplinaires d'une demi-heure au moins...).

La réforme des collèges amène nécessairement à cette conclusion. De deux choses l'une : soit, de fait, Madame Najat Vallaud-Belkacem remet en place la classe « d'élite » de latin alors même qu'elle met à bas le système d'option actuelle pour lutter contre l'élitisme, dit-elle ; soit les EPI LCA ne verront jamais le jour, ou rarissimement – ce qui est le plus probable ( et ce qui permettra au Ministre de gagner l'équivalent de 3500 postes environ en français)

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.