Augmenter la défiscaliastion des dons pour Notre-Dame à 90% : la grande arnaque

Ou comment, sous prétexte de favoriser les dons en faveur de la reconstruction de Notre-Dame, la défiscalisation des dons portés potentiellement à 90% est donner la haute main sur l'usage de l'impôt aux plus fortunés et aux grandes entreprises...

Certes... ce ne sera pas tout l'impôt, mais une partie.
Chacun de nous, petit donateur, le fait chaque année...Quand je donne 100 euros au Resto du Coeur, mes impôts baissent de 75 euros. Cela revient au même que si j'avais donné 100 euros à l'Etat en lui donnant l'ordre de verser 75 euros aux Restos. De fait, je détermine ses choix économiques, donc politiques.

Certaines voix s'élèvent pour faire en sorte que Notre Dame soit déclarée "Trésor national", ce qui amènerait à un abattement de 90% du montant du don fait, 90% du don qui ne sera pas versé au budget de l'Etat.  Tout don indiquera donc à l'Etat en cette circonstance qu'on préfère par exemple ne pas donner 90 euros au fisc pour qu'ils soient réutilisés dans l'éducation, les hôpitaux, l'entretien des routes et des monuments, le maintien de l'ordre ou autre. Si  mon impôt sur le revenu est de 2000 euros et que je donne 100 euros pour Notre-Dame, je pourrais défalquer 90 de mon impôt, soit presque 5% : virtuellement, j'oblige l'Etat à donner 5% de mon impôt à la reconstruction de Notre-Dame, amputant d'autant les autres postes budgétaires qui pouvaient être abondés par  mon impôt.

LVMH, numéro un mondial du luxe et la famille Arnault ont annoncé un don de 200 millions d’euros, Pinault 100 millions d’euros, Total 100 millions. C'est bien. Mais s'il est décidé d'organiser une réduction d'impôts de 90%, c'est 360 millions qui n'iraient pas dans la poche de l'Etat. Soit par exemple 3 fois le montant des "économies" faites en baissant les APL de 5 euros par mois. Et tout cela pour un coût total pour ces grandes entreprises de 10% des sommes engagées : pour 10% de la somme due à l'Etat, ces grandes entreprises contraindraient l'Etat à orienter 90% des sommes qu'elles devaient verser au poste budgétaire qu'elles auront donc de fait fléché.

Il y a plus simple ! Si vraiment  les grandes entreprises veulent aider à la reconstruction de Notre-Dame, qu'elles paient bien leurs impôts en France, tous les impôts dus.... Ou, comme le suggère l'article de Romaric Godin sur ce site Mediapart, qu'Emmanuel Macron instaure un "ISF Notre-Dame" : 3,5 milliards d’euros seraient déjà tout trouvés pour organiser la reconstruction de notre cathédrale en 5 ans, comme le souhaite le Président - ainsi sans doute que la préservation d'autres monuments laissés en déshérence si on le pérennisait , ce qui serait souhaitable...

 



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