Bac 2019 : Environ un enseignant sur 6 de lycée général et technologique gréviste.

Décidément, les compétences en calcul du Ministère de l'Education Nationale ne vont pas être validées.Car on est bien loin des 5, 4% de grévistes annoncés par le Ministère soit un rapport de 1 sur 20: un enseignant sur 6 ( 1 sur 6 environ !) de " lycée général et technologique" appelé à faire grève des surveillance des épreuves du baccalauréat manquait à l'appel aujourd'hui. Démonstration.

C'est un article de Libération qui tirait déjà la sonnette d'alarme : "Grève du bac : Blanquer additionne des choux et des carottes"...
Mais outre le fait qu'effectivement le Ministère omet de compter ceux qui n'auraient pas cours le lundi ( et même, soyons plus précis, ceux qui n'auraient pas été convoqués en ce lundi), il passe sous silence les chiffres qu'il détient pourtant....

5,4% des enseignants du Second degré, habilités à travailler ou en collège ou en lycée général et technologique, ou en lycée professionnel, aurait fait grève. Certes. Mais combien de grévistes pour ceux qui étaient directement concernés par l'appel à la grève de surveillance des épreuves du baccalauréat général et technologique dont les épreuves débutaient aujourd'hui par la philosophie? Le Ministère enfume, communique, mais ne dit pas ce qu'il sait...

Sur l'ensemble des enseignants en charge d'élèves sur l'année 2017-2018, soit 367.469 enseignants, 98.148 ont un poste en lycée général et technologique, dont 5.117 travaillent dans le privé. 100.000 en gros donc sur les 367.000 enseignants du second degré,  public et privé confondus. Les chiffres sont là , d'après donc cette source ministérielle : https://cache.media.education.gouv.fr//file/RERS_2018/38/6/depp-2018-RERS-chap-09_1067386.pdf.

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Petit problème de calcul:

Sachant que le Ministère compte 5.4% de grévistes sur 367.000 enseignants du second degré ( mais on trouve dans d'autres documents du Ministère 498.00, il faudrait savoir...), dont seul un tiers était clairement appelé à faire la grève des surveillances du baccalauréat général et technologique auxquelles ils étaient convoqués, quel est le nombre réel de grévistes pour le bac ( et même si, à la marge, des enseignants d'école primaire et collège ont pu soutenir le mouvement).

Solution : Mécaniquement, et sans poser le calcul, vu que la base de calcul a été amoindrie d'un tiers a minima, ça ne ferait pas un 5.4 X 3, soit 1 enseignant de lycée sur 6? Qui veut affiner le calcul peut le faire...

Un enseignant  général et technologique sur 6 environ a donc préféré faire grève des surveillances de la première épreuve du baccalauréat cette année. On appelle cela un coup de semonce. Même si le Ministre de l'Education Nationale prétend ne pas l'entendre. Même s'il a fait appel aux enseignants de collège, aux retraités, aux  AVS, aux parents-mêmes, pour cacher le camouflet, les faits sont là, et il le sait. C'est énorme. Enorme parce qu'il en faut beaucoup pour qu'un enseignant mette en jeu cette épreuve pour laquelle il a préparé ses élèves pendant un an, pendant trois ans parfois. Il en faut beaucoup ! Entre burn-out, suicides, perte du sens de leur métier, inquiétudes pour eux ( salaires, retraites), et leurs élèves ( accroissement des inégalités avec la réforme qu'on ne peut pas ne pas appeler réforme-Blanquer, même s'il s'en défend), la coupe est pleine. Même les syndicats, parfois timides en ce domaine, finissent pas bouger, sous la pression des Stylos Rouges notamment, et avaient fait un appel quasi-unanime à la grève des surveillances. Quousque tandem abutere, semblent crier les enseignants au Ministre d'une corporation paupérisée, épuisée souvent, exténuée par les réformes, insécure sur son avenir et notamment sur les retraites à venir, inquiète pour l'avenir des jeunes qu'elle forme.


Oui, quousque tandem abutere?


NB : Le Ministère, s'il conteste ces faits, est invité à communiquer les chiffres précis des grévistes, par lieu d'exercice des grévistes ( LP, LGT, Collèges, Ecoles primaires, autres). Il les détient, nécessairement.


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