Rentrée - Doléances à Blanquer : « Moi, je veux mon masque-slip pour la rentrée »

«Je veux mon masque-slip», c'est le nouveau mot d'ordre qui fleurit sur les réseaux sociaux entre enseignants et qui promet de faire autant florès que #Metoo. Dans la dernière ligne droite avant la rentrée, et dans la perspective de retrouver bientôt leurs trente chères têtes blondes (ou pas...) dans un nuage de variant Delta, la demande est unanime... et urgente.

C'est une clameur qui s'élève des plages, des sentiers de randonnée ou des logis familiaux où ils sont déjà rentrés préparer la rentrée. A plus de 800.000, ils clament : "Jean-Michel, on veut nos masques-slip pour la rentrée !". Et cela s'entend dans le Landernau, presque autant que les remontrances que le roi Macron a fait récemment à son Ministre - ce qui a fait revenir celui-ci fissa de son île bretonne - petit crochet fait vers la stèle profanée de Simone Veil en Bretagne Nord - le pauvre, il était le plus proche des lieux....

C'est que chacun sent que le protocole sanitaire concocté pour la rentrée par le Ministre de l'Education Nationale est... disons légèrement sous-dimensionné. Alors que le variant Delta semble s'attaquer avec quelque efficacité aux moins de 18 ans, Jean-Michel Blanquer reste droit dans ses bottes : la rentrée doit se passer de façon normale. Normale ?....

Le variant Delta ne semble pas faire le détail entre majeurs et mineurs, entre moins de 15 ans et plus de 15 ans. Mais pour les mineurs donc, open-bar : à 30, dans 45 m2, avec fenêtres à ouverture aléatoire ( systèmes cassés, bridés pour éviter les défenestration ou les intrusions-attentats), en compagnie d'un adulte ou plus. 800.000 enfants par niveau de classe environ, délicieux petits porteurs du virus, asymptomatiques on peut l'espérer, entourés par 800.000 adultes coincés des heures durant avec eux - toujours dans 45m2, mal ventilés. 11 niveaux de classes de la maternelle à la troisième et 3 supplémentaires au lycée, fois 800.000 enfants pour chaque niveau de classe et 800.000 adultes. Plus de 10 millions d'individus, tout cela entassé à trente dans 45 m2 : le Covid, variant Delta, n'en demandait pas tant...et se rit, à l'ère du pass sanitaire...

La demande des salariés de l'Education Nationale est donc unanime :  "Jean-Michel, on veut nos masques-slip pour la rentrée".

C'est que les enseignants, coincés avec leurs 30 élèves dans 45 m2, mais devant donc présenter le pass dans la moindre terrasse en extérieur pour boire un verre ou manger entre amis, ont été particulièrement choyés par leur ministre : au début, rien, l'affirmation de la non-contagiosité des enfants par leur chef incontesté étant parole d'évangile qui valait protection. Puis, bonheur insigne - une manne même, quand on sait que l'employeur de 800.000 enseignants ne fournit à ceux-ci pas le moindre stylo, pas le moindre cahier, rien que dalle nada -,  bonheur insigne donc qui s'est vu paraît-il célébré au champagne dans certaines salles des professeurs, les masques-slips....

On ne peut résister au bonheur d'en partager l'image...

Masque-slip enseignants Masque-slip enseignants




Ils en ont eu 5 toutes les 7 semaines. Au mieux. Lavables. Tout coton. Toxiques pour les premiers qui leur avaient été distribués - mais c'était l'intention qui comptait, n'est-ce pas?

Et ils savent, les enseignants, qu'ils n'auront pas mieux. Ils n'ont déjà pas de médecine du travail, pas le droit d'activer leur compte-formation, pas la possibilité de muter ou peu, d'espérer une rupture conventionnelle, pas même le droit de démissionner parfois ; ils doivent déjà se payer avec leurs deniers leurs livres, cahiers, fournitures diverses, cartouches d'encre et ordinateurs, téléphoner aux parents avec leurs téléphones personnels - alors qu'ils sont parmi les enseignants les moins payés des membres de l'OCDE. En somme, ils le savent, ils en sont certains, ce qu'ils auront de mieux, c'est un masque-slip. Pas des masques chirurgicaux, pas des FFP2 bien qu'ils soient adultes mêlés à 30 gamins dans 45 m2. Non, c'est masques-slips. Alors, ils les veulent. Parce que c'est bien la seule marque de considération, éclatante,  qu'ils aient eue depuis un an et demi. Parce que ce masque-slip, ils en voient le sens : Jean-Michel Blanquer, reprenant le slogan de l'Oréal  ( "Parce que je le vaux bien"), a sans doute pensé en leur offrant leurs masques-slips-Dim : "parce qu'ils le valent bien". C'est peu - mais les enseignants sont des sensibles, peu habitués au moindre élément qui montrerait que leur Ministre est attentif à leurs conditions de travail. Alors ils les veulent, leurs masques-slips !

Mais... avec les 250 millions d'euros économisés par Jean-Michel Blanquer en 2020, celui-ci ne va-t-il justement pas pouvoir leur en offrir à foison, des masques-slips? Peut-être même des FFP2? Et des purificateurs d'air? Et peut-être qu'il va même brusquement embaucher pour réduire le nombre d'élèves par classe? Mettre en place une médecine du travail digne de ce nom pour 800.000 enseignants?

Ce mot d'ordre de "#Jean-Michel, on veut nos masques-slips" ouvre décidément un horizon infini....

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