Le pari de l'immunité collective : 335 000 morts en France au moins.

Au 11 mai, seule 5,7% de la population française aura été infectée par le Covid19 d'après une étude de l'Institut Pasteur. Et les médias de se plaindre du fait que nous serions bien loin de l'immunité collective vantée par certains. Mais quelles seraient les conséquences d'une proportion de 60% de Français infectés à terme... Calculs sinistres pour réalité sinistre...

C'était un journal télévisé un peu fou que celui du mardi 21 Avril, dans lequel, juste après un sujet sur la réouverture des établissements scolaires, le deuxième sujet était une suite de chiffres énoncés d'une voix neutre par Simon Cauchemez, suite interrompue à un moment par le lamento d'Anne-Sophie Lapix s'inquiétant du fait qu'on ne pouvait compter sur l'immunité collective, qui suppose que 60 à 70% de la population française soit contaminée. Zut, nous nous sommes trop bien confinés....

Qui est Simon Cauchemez ? Un épidémiologiste à l'institut Pasteur, membre du conseil scientifique Covid19 – et l'institut Pasteur vient de publier un article sur l'estimation de la contamination par le le virus en France. Le pourcentage estimé de contaminations au 11 Mai par le Covid, sera, d'après l'estimation de l'Institut Pasteur, de 5,7% des Français.

 D'aucuns ont l'air de regretter que le pourcentage de Français infectés ne soient pas plus grand, ce qui permettrait d'assurer l' "immunité collective" - et la reprise d'une vie (quasi-) normale. Mais quelles seraient les conséquences de cette fichue « immunité collective » dont on nous rebat les oreilles sans nous expliquer les choix qu'elle supposerait.

Examinons les choses : d'après les chiffres énoncés au journal de 20H et l'étude de l'Institut Pasteur, sur un pourcentage de personnes contaminées, 2,6% seront des cas graves et 0,5% en mourront.

Combien de morts dans la population de France pour atteindre l'immunité collective?

La France comporte 67 millions d'habitants. L'immunité collective s'acquerrait avec entre 60 et 70% de la population infectée, soit 40.200. 000 personnes. Sur ces 40 millions, 2,6% feraient une forme grave de Covid, nécessitant une hospitalisation, soit 1 045 200 malades. Sur ces 40 millions de personnes infectés, 0,5% en mourraient, soit 201 000 personnes. C'est du moins ce que l'on peut penser à priori – et qui valait en soit de sursauter en entendant le journal de 20 heures.

Mais appliquons ce taux-cible de 60% de personnes qui devraient être infectées à la réalité chiffrée de la population française et observons-en les conséquences en reprenant les chiffres indiqués dans l'étude faite par l'Institut Pasteur ( taux de létalité du Covid par tranche d'âge). On obtient les résultats ci-dessous, soit un total cumulé de 335 081 morts. Qu'on étale la courbe de l'épidémie ou pas, cela ne change rien à l'affaire ( sinon le fait qu'on ne renoncerait pas à intuber les plus vieux...). Et ce pourrait être pire, le taux d'incidence du Covid par tranche d'âge n'étant pas encore connue ( l'étude est en cours).

 © Pascale Fourier © Pascale Fourier

Sauver les actifs et sacrifier les retraités ( et les enseignants?) : une bonne affaire.

Dès lors, on peut s'interroger sur le déconfinement prévu le 11 Mai et surtout sur la réouverture des écoles, sujet n°1 du fameux JT de France 2 du 21 Avril. Parce que, in fine, on peut se demander si la pensée latente du Président de la République n'est pas de pousser la population à s'infecter plus, pour tendre vers l'immunité collective. Lentement. Par le biais des enfants et de leurs parents... Le fait que les écoles, fermées avant même le confinement général, rouvrent en premier contre l'avis de très nombreuses instances sanitaires serait, dans cet esprit, logique : les moins de 15 ans forment près de 18% de la population, les 15/19 ans sont un peu plus de 6% - et ils seront asymptomatiques pour l'essentiel d'entre eux. Les parents des premiers sont pour la plupart âgés de moins de 45 ans – ce qui n'est pas du tout le cas de leurs enseignants dont la moitié environ a plus de 45 ans....

Si telle est donc la volonté présidentielle, il faut qu'il l'exprime clairement. Quand on se veut Churchill, il faut l'être pleinement, et promettre du sang et des larmes. A la guerre, on perd des hommes. D'ordinaire , dans les guerres, on sacrifie les jeunes. Là, on sacrifierait les vieux.... Qui sait? Peut-être pourrions-nous accepter la mort programmée de nos pères et nos mères, de nos grands-pères et grands-mères, de nos si chers vieux amis?

Et puis avouons-le : plus de 300 000 retraités en moins, voilà de quoi assurer la pérennité de nos caisses de retraite... Ca nous arrangerait, en fait...On va y réfléchir....

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.