Retraites: les 30 milliards que l'Etat ne versera pas au pot commun

Les militaires ne touchent pas une retraite, mais une pension, a précisé récemment E. Macron. Comme tous les fonctionnaires d'Etat pour lesquels ce dernier paie actuellement 74,28% de contribution sur les traitements bruts en lieu et place des 16,87% prévus pour le nouveau système. L'Etat va-t-il compenser les 30 milliards annuels au pot commun du système universel? Mystère.

« Quand on est militaire, on ne touche pas la retraite, on a une pension. C'est différent. Tout est différent » a déclaré Emmanuel Macron ce 20 Décembre en Côte-d'Ivoire où il était présent pour fêter Noël avec les soldats déployés à l'étranger.

Oui, tout est différend. Mais pour tous les fonctionnaires. D'Etat en particulier. Qu'ils soient civils ou militaires, ceux-ci touchent une pension, et non une retraite. La contribution employeur que verse l'Etat est de 74,28% du traitement brut pour les fonctionnaires d'Etat civils, 126,07 % pour les militaires.

https://retraitesdeletat.gouv.fr/portal/rest/jcr/repository/collaboration/sites/eppe/documents/cas/2019_circulaire_taux_contribution.pdf https://retraitesdeletat.gouv.fr/portal/rest/jcr/repository/collaboration/sites/eppe/documents/cas/2019_circulaire_taux_contribution.pdf


Avec le système de retraites par points que souhaite le Gouvernement et Emmanuel Macron lui-même, ce sont de substantielles économies qui vont pouvoir être faites.... Car que dit le rapport Delevoye ? La part salariale sera de 11,25% de tout euro brut gagné ; la part patronale, elle, sera de 16,87% de la rémunération.

  30 milliards annuels de chute sur 314?

 16,87% versus 74,28 pour les fonctionnaires d'Etat civil ; 16,87% versus 126,07% pour les militaires. Et ce sont 1 546 685 fonctionnaires d'Etat et 309 142 militaires ( chiffre 2017) qui dépendent du code des pensions civiles et militaires , dont le Gouvernement tait soigneusement le devenir... Pour eux, le Rapport sur les pensions de retraite de la fonction Publique 2019 nous apprend, page18, que la "contribution employeur  au financement du régime de retraite des fonctionnaires civils et militaires de l'Etat" est de 52 milliards d'euros environ en 2019.

Si, comme le prétend le gouvernement, personne ne sera lésé par le système de retraite par points, et même que chacun y sera gagnant, on peut s'interroger sur l'absence de communication du Gouvernement sur la disparition, de fait, du Code des pensions civiles et militaires. A qui transférera-t-il la charge du différentiel de cotisation « patronale » de 57,41% , soit 30 milliards sur les 314 milliards d’euros de pensions versées ( tous régimes confondus, en 2017), qu'on peut observer entre ce qu'il « cotise » actuellement et ce qu'il devra cotiser si la réforme par points est mise en oeuvre ? Aux autres cotisants? Ou nous annoncera-t-on très vite que le système est en déséquilibre et nécessite une baisse des pensions?

RAPPORT SUR LES PENSIONS DE RETRAITE DE LA FONCTION PUBLIQUE 2019 RAPPORT SUR LES PENSIONS DE RETRAITE DE LA FONCTION PUBLIQUE 2019

Certes, il pourrait arguer du fait qu'il cotisera désormais sur les primes qu'il verse et qui n'entrent pas jusqu'à présent dans le calcul de ses retraites... Selon le SIASP (Système d'Information sur les Agents des Services Publics ), la part des primes dans la rémunération moyenne des fonctionnaires civils d’État s’élève à 21,7 % en 2014.

Mais ce serait oublier qu'elle n'est que de 12.1 % en moyenne chez les enseignants ( très inégalement répartie d'ailleurs entre professeurs des écoles ( 7% de primes), professeurs du secondaire (13% ) et professeur de chaire supérieure (34%)) - et ce sont donc 736.997 salariés devant élèves qui sont concernés par ce faible taux de primes. 736.997 sur les 1.855.827 fonctionnaires concernés par le Code des pensions civiles et militaires. Environ donc 40% de ses agents pour lesquels il ne pourra pas user de cet argument.

Quant aux 309 142 militaires pour lesquels l'Etat « cotisait » à hauteur de 126,07 % et qui ne le fera plus que pour 16,87%, on n'ose même pas se lancer dans les calculs.

Dans le tout beau nouveau régime universel, le compte risque de ne pas y être – ce qui devrait amener à terme, on peut le craindre, à des « ajustements » fort peu au goût des futurs retraités...

 








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