Covid: On achève bien les Hussards Noirs de la République...

Il fut un temps où les instituteurs étaient le ferment de la République. Instruction, élévation, citoyenneté, République. Il est désormais un temps où on les envoie à l'abattoir. Sacrifiés sur l'autel de l"économie. Pas vecteurs du COVID, les petits? La bonne blague ! Face au virus, seuls, avec un masque DIM, les instituteurs tombent et tomberont. Sacrifiés.

Le protocole est allégé.

Hourra ! Les parents pourront travailler. Et comme à Tchernobyl on a sacrifié les secouristes de la première heure, on sacrifie les instituteurs... Bien sûr, il ne faut pas les appeler ainsi, parce qu'ils sont désormais des "professeurs des écoles"', parce que le mot "instituteur" effectivement a perdu son sens, si on n'entend pas par son étymologie le terme de "instituo", i.e la racine "st- " du verbe "sto, stas, stare, steti, statum" , qui établit ce sens "d'être debout, être dressé", droit, vertical ( statue) , élève posé dans son identité, par l'intelligence et la compréhension du monde qui l'entoure - élève  "élevé" vers la citoyenneté.

Jean Ferrat disait : "C''est un joli nom, camarade" - et moi je crois que c'est un joli nom, "instituteur"....

J'entends, j'entends  ( oui, c'est encore du Ferrat qui chante Aragon..., connu grâce à celle qui habitait la chambre d'à côté de moi, ma soeur, devenue institutrice investie, portée par son métier), j'entends ce que vous dites, le fait qu'on vous envoie en première ligne, en masque Dim comme on envoyait il y a cent ans les gars au front, habits garance pour mieux servir de cible.

 

Témoignage sur le groupe Facebook Les Stylos Rouges - 22/09/2020 © Témoignage Groupe Facebook Stylos Rouges -22/09/2020 Témoignage sur le groupe Facebook Les Stylos Rouges - 22/09/2020 © Témoignage Groupe Facebook Stylos Rouges -22/09/2020
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Hourra ! Le protocole est allégé ! Les enfants ne sont peu ou pas porteurs, pas contaminants entre eux, pas contaminants vers l'adulte, le seul qui est là, cloîtré avec ses 30 gamins dans 45 m2 au maximum, quand on exige, y compris dans de petites villes de provinces aux rues larges, que le masque soit porté en plein air, dès fois qu'on attrape le virus en croisant juste le rare passant que l'on rencontre, l'espace d'un instant...... Armés de votre masque Dim, masque tissu tout-venant pour lequel, il y a une semaine vous étiez censés être cas-contact si un de vos élèves était déclaré COVID + - mais pas si vous étiez venus avec un masque chirurgical payé avec vos propres deniers - comme quoi l'Education Nationale protège bien ses salariés-, là, vous pouvez y aller franco, live - open-bar ! Plus cas-contact. Cool, zen, tout va bien. Pourtant....

Choupinou revoit et Mamie et Papi.... Hourra !

Parents, si vous croyez en cette fable, envoyez Choupinou ou Choupinette chez vos propres parents.... Ils sont vieux??? Pas de risque. les enfants sont peu contaminants. La preuve? Dans les écoles, même s'ils sont  testés Covid +, tous ceux qui les ont fréquentés ne sont pas cas-contact. Ni les camarades, ni les instituteurs armés de leur masque Dim ( qui  évite les contaminations par le porteur, pas le porteur du maque de la contamination par les enfants non-porteurs de masques), rien , personne ( il faut attendre 3 cas avérés dans une classe pour fermer la classe, désormais..). Mamie va adorer. Papi va crever. Ou l'inverse. La maîtresse ou le maître - 50% de malchance qu'il soit expérimenté, âgé de plus de 45 ans, selon les statistiques officielles- lui, va peut-être développer un COVID-long....ou crever ...ou faire crever son mari fragile, ou ses gosses ( car que savez-vous de la vie des instituteurs... Leur enfant n'a pas la mucovicidose, comme une collègue à moi?? Des parents, vieux, nécessairement - voire - quelle horreur ! - un vieux mari fragile? ) . Faut pas s'en faire........ Votre enfant, Covid + ( mais faut-il rappeler que les enfants développent des formes très atténuées du Covid, tellement atténuées qu'on les dit "asymptomatiques", sans  symptômes, donc - porteurs, mais pas visibles, porteurs-fantômes en somme... ) ne contamine personne...

Envoyez-le chez vos ( vieux) parents ! Ils ne risquent rien, vos vieux parents ! Les enfants contaminent pas ou peu.... La preuve par les instituteurs pour lesquels il faut trois cas avérés Covid dans une même classe, alors qu'en maternelle, ils ont mouché leur nez, consolé sur leurs genoux leurs chagrins ... Allez bosser, tranquilles, faites garder Choupinou par Papi et Mamie.........................ou alors quoi???? Vous avez des craintes??? Et un instituteur, malade longuement malade, voire mort.... ça se remplace, ça? Allez... ce n'est pas comme s'il n'y avait plus de remplaçants, de jeunes qui voulaient s'engager dans la carrière.... Les concours d'enseignants débordent de candidats: on en prend à peine 15% comme il y a 40 ans -- avant le temps du grand mépris ?.... Ah non??? ce n'est pas cela??? Et c'est pour cela qu'on envoie les instituteurs au front, quelles que soient les circonstances - quelques morts à venir, qu'est-ce que c'est....Ils sont dociles, ils se taisent - oui, ils ont l'intérêt des gosses, de VOS gosses - je les lis sur différents sites............ - Il n'y aura pas de remous.... Et puis le Code du Travail ne s'applique pas à eux... Non? Non, cherchez !

Tombeau pour Madame Christine Renon.

Madame Renon, il y a un an, institutrice et directrice d'école, se donnait la mort. Sur son lieu de travail. En écrivant une lettre dans laquelle chacun des enseignants s'est reconnu.Il est triste de penser que le fait qu'elle ait choisi la date de sa mort il y a un an est presque une bonne chose.

 Si elle voyait comme nous avons été traités. Annonces du Ministre par BFM, annonce surprise du confinement, des mesures de déconfinement - tout tout, toujours tout suivre sur BFM... Directeurs d'école, principaux de collège: tous branchés sur BFM pour entendre les directives...mépris mépris mépris ! Protocole strict, moins strict, allégé, supra-léger -  vos collègues, Christine, laissés en première ligne, il faut faire tourner la machine économique, masques Dim pour protéger les gosses des miasmes des  adultes, mais pas les collègues des miasmes des enfants, évaluations spéciales-sortie-de-Covid comme si les difficultés ancrées pour certains depuis des années n'étaient dues qu'à cela, injonctions de "remédiation", tableaux à rendre, réunions - merde merde merde !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!! On crève sous le masque nécessaire pour tenter de nous protéger nous.............Merde merde merde !!!!!Copies, préparations de cours, liens avec les parents, masque masque masque nécessaire - mais merde merde merde ! Toujours plus, toujours plus, réunions, injonctions, faire faire faire, plus plus plus, tableaux évaluations remédiations aide aux devoirs ENT liens parents évictions merde merde merde ! Et s'occuper d'une classe pour de vrai, la prendre en main, comprendre qui a quoi comme problèmes réels, mettre en place des routines, des pratiques, tout tout tout, enseigner quoi, gérer le collectif ?....

Madame Christine Renon, je suis triste. Vous aviez à coeur, d'après ce que j'ai lu, l'intérêt des enfants, mais aussi de vos collègues. Ca vous aurait encore plus achevé, n'est-ce pas, le mépris dans lequel on tient les instituteurs, ceux qui instituent les mômes dans leur individualité, ancrée dans un collectif... Moi, j'y crois, en ce beau métier que vous faisiez.Et je suis triste triste triste de que que je lis de la condition que l'on fait à mes collègues du primaire.... Certains grinchent,  jeunes peut-être,  contre le port du masque qui ne les protège de rien, mais protège les gosses de leurs miasmes éventuels. Soit. Mais, ils tombent, savez-vous.  Ils tombent. Je les vois, je les entends, désarmés  armés d'un masque Dim. Ils tombent....

Je vous embrasse, un an après. Je pense à vous et à vos collègues.

Je pense à vous, collègues  du primaire. Il faut demander  au Ministère les  études sur la contaminations possibles par les enfants - études contradictoires, d'après ce que j'ai lu... Les étudier, interpeler - vous protéger autant que possible. Lutter.



A mes instituteurs, sans lesquels je ne serai  rien : Mesdames Calmont, Boulandet, à Madame et Monsieur Pilliot, à Monsieur Ohana, à mon institutrice de CP et à l'institutrice-directrice de ma maternelle.

Plus tard, et différemment, à mes professeurs, au premier chef desquels on trouve Mesdames Halimi, Armand - puis Besse, Salvan, Gaignière , les bien-aimées...- et messieurs De Balmann, Borne, Le Gallo, Métayer. Professeurs, enseignants,maîtres en somme. Merci.







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