Najat Vallaud-Belkacem : même les Inspecteurs d'Académie vous interpellent

C'est un document de six pages incroyable. Six pages rédigées par le Syndicat des Inspecteurs d'Académie, le Sia. Six pages qui appellent à l'ouverture du dialogue.

C'est un document de six pages incroyable. Six pages rédigées par le Syndicat des Inspecteurs d'Académie, le Sia. Six pages qui appellent à l'ouverture du dialogue.

En voici un passage essentiel, mais je ne peux que vous inviter à lire le texte en entier :

"Alors que les enseignements interdisciplinaires pourraient être envisagés comme des temps d’un enseignement disciplinaire fondés sur la compréhension d’objets interdisciplinaires aboutissant à des réalisations concrètes et le développement conjoint de compétences, la légitimité des EPI relève d’une idéologie d’une lutte contre l’ennui que les activités pratiques et les projets compris comme exceptionnels et non comme démarche pédagogique permettraient de gagner. Pour favoriser le sens et la valeur des apprentissages, ce sont des enseignements disciplinaires fondés sur des objets d’étude disciplinaires ou interdisciplinaires et portés par des dynamiques pédagogiques de projet qui doivent être développés. Les EPI doivent ainsi s’inscrire dans un espace des programmes disciplinaires permettant de comprendre des objets interdisciplinaires convoquant une pluralité disciplinaire et non dans une entité flou d’une interdisciplinarité thématique ouverte à toutes les dérives. Au sein des 8 thèmes retenus, des problématiques doivent être proposées renvoyant clairement à des savoirs disciplinaires et des compétences du socle commun. Les EPI ne doivent pas reproduire en collège ce qu’aujourd’hui des études universitaires démontrent, à savoir la faible plus-value des TPE en termes d’apprentissage, particulièrement pour les élèves éloignés de l’Ecole.

De même, alors que l’accompagnement personnalisé s’adressera à « tous les élèves selon leurs besoins, en soutenant leur capacité d’apprendre et de progresser, à améliorer leur performance et à contribuer à la construction de leur autonomie », davantage porté par l’acquisition de compétences du métier d’élève voire de moyen de faire un travail personnel, celui-ci s’inscrit de façon incompréhensible dans un horaire disciplinaire. Parce que distinct d’un enseignement disciplinaire par sa nature même, l’enseignement complémentaire « Accompagnement personnalisé » doit s’inscrire dans des moyens autres que ceux des disciplines. Pour des raisons de lisibilité pédagogique indispensables pour que les évolutions des pratiques soient engagées sereinement, la communication du ministère soucieuse de présenter une réforme sans impact sur les disciplines doit être remplacée par une véritable transparence des décisions prises mais surtout une véritable audace politique de la création de moyens pour cet accompagnement personnalisé.

[...]

Pour des raisons pédagogiques, relevant de l’ambition de la réussite pour tous, c’est donc bien l’arrêté relatif à la nouvelle organisation du collège définissant les EPI, qui doit être remis à la discussion."


Le Ministre de l'Education Nationale peut-elle ignorer cette prise de position mesurée, et venant de hauts cadres de son Ministère?

Peut-elle également faire fi de Lettre ouverte de Franco Montanari, président de la Fédération internationale des associations d'études classiques, relayée ici sur une blog de Médiapart, s'inquiétant de ce que" la disparition ou l’affaiblissement significatif des langues anciennes dans l’enseignement secondaire aura des effets – aujourd’hui ignorés ou sous-évalués – catastrophiques pour la recherche française de haut niveau : ce sont des domaines entiers des sciences humaines dont la vitalité, sinon l’existence, seront, par ricochet, menacés, en particulier en archéologie et en histoire. En sapant les fondations des études classiques, on affaiblira et condamnera à court terme un secteur de la science française qui, malgré un contexte international de plus en plus concurrentiel, reste dynamique et conserve une place éminente".

Il est temps que le dialogue s'ouvre !

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