Lorant Deutsch et l’Histoire: pour un enseignement débarrassé des charlatans

La polémique récente suscitée par la venue de Lorant Deutsch, comédien et auteur d’ouvrages de vulgarisation de l’Histoire de France, au salon Histoire de Lire de Versailles prévu le 4 novembre 2016 (1), montre à quel point l’enseignement de cette discipline est un enjeu politique qui met à mal le respect de la laïcité à l’école.

La polémique récente suscitée par la venue de Lorànt Deutsch, comédien et auteur d’ouvrages de vulgarisation de l’Histoire de France, au salon Histoire de Lire de Versailles prévu le 4 novembre 2016 (1), montre à quel point l’enseignement de cette discipline est un enjeu politique qui met à mal le respect de la laïcité à l’école.

Le comédien était l’invité du salon Histoire de Lire de Versailles, une  initiative du Conseil Départemental des Yvelines présidé par M Bédier et appuyée par l’Inspection pédagogique régionale d’histoire-géographie  auprès des chefs d’établissements, pour parler de l’Histoire de France aux élèves de toutes les classes de Quatrième de la ville de Trappes. Cette conférence, en fait obligatoire pour les élèves comme pour leurs professeurs, a été déclinée par quelques enseignants qui ont dénoncé « fermement le projet et les principes qui l’animent », à savoir « faire aimer la France et la République au travers d’une histoire présentée sous la forme d’un roman national »(2). 

La réaction de ces enseignants relève d’abord du principe de liberté pédagogique, reconnu dans leur statut, mais également par le fait qu’il ne relève pas de leur rôle de « faire aimer la France », contrairement à ce qu’affirme un conseiller départemental divers droite des Yvelines qui souhaite que «  l’enseignement de l’histoire de France nous rendre fiers de ce que nous sommes à travers l’enseignement des grandes figures ».

Il faut dire que Lorànt Deutsch, royaliste proclamé qui se définit comme un passionné d’histoire non militant, n’a pas laissé indifférents les enseignants d’Histoire à la suite de ses publications de vulgarisation qui ont eu un énorme succès de librairie. « Approximations historiques », « partis pris idéologiques », « erreurs sur la méthode » lui sont reprochés notamment quand il évoque la bataille de Poitiers gagnée par le très chrétien Charles Martel sur les Sarrasins musulmans en 732, épisode particulièrement polémique récupéré par les militants identitaires et d’extrême droite en général(3). D’ailleurs, lors de la polémique qui suivit la publication de ces ouvrages, le journal très à droite Valeurs Actuelles fut le seul à prendre la défense de cet historien improvisé (4).

Ainsi donc, sur la pression d’un conseil départemental de droite relayé par les autorités académiques, un comédien-écrivain aux idées royalistes assumées peut être promu professeur d’Histoire auprès de collégiens !

L’enseignement de l’Histoire ne se résume aux anecdotes et aux images d’Epinal de la vie des grands personnages qui l’ont marquée ; c’est, comme le souligne justement ces professeurs, « une science qui permet de comprendre le passé par une étude critique et dépassionnée » et « d’amener les élèves vers la connaissance ».  

C’est ce qui fait que  l’école, l’enseignement, l’éducation, par le nécessaire respect du principe de laïcité, doivent être préservés de l’influence des charlatans comme des idéologies politiques nauséabondes. On ne forme pas des citoyennes et des citoyens capables de penser par eux-mêmes en leur enseignant une discipline, l’Histoire, de manière biaisée et idéologiquement orientée.

 Pascal Langlois

 (1)http://www.leparisien.fr/trappes-78190/trappes-la-conference-de-lorant-deutsch-pour-les-collegiens-fait-des-histoires-19-10-2016-6228810.php

(2) https://aggiornamento.hypotheses.org/3533

(3)https://bigbrowser.blog.lemonde.fr/2012/07/10/histoire-polemique-autour-du-metronome-de-lorant-deutsch/

(4)https://www.valeursactuelles.com/trappes-un-professeur-dhistoire-nest-pas-la-pour-faire-aimer-la-france-65824

 

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