« Energie Jeunes », une énergie au profit de qui ?

Très régulièrement et notamment pendant les périodes électorales, les débats sur l’Ecole sont nombreux, souvent passionnés et parfois obscurs. Notre institution scolaire y est accusée de bien des maux par les candidats de droite, d’extrême droite mais aussi par les candidats qui ne sont ni de droite et ni de gauche, ou bien les deux à la fois. Ce discours est relayé abondamment par les grandes ent

Très régulièrement et notamment pendant les périodes électorales, les débats sur l’Ecole sont nombreux, souvent passionnés et parfois obscurs. Notre institution scolaire y est accusée de bien des maux par les candidats de droite, d’extrême droite mais aussi par les candidats qui ne sont ni de droite et ni de gauche, ou bien les deux à la fois. Ce discours est relayé abondamment par les grandes entreprises et particulièrement par leur syndicat le plus revendicatif, le MEDEF.

Les critiques portent, entre autres, sur le fort taux d’illettrisme des élèves à l’entrée en 6ème ou le trop grand nombre de jeunes sortants sans qualification du système scolaire. Les méthodes pédagogiques sont jugées obsolètes, vieillottes, les enseignants ne sachant pas se remettre en cause et le manque d’autonomie des établissements gênant l’innovation pédagogique.

Depuis plusieurs années, l’offensive patronale pour une grande réforme de l’école se déploie, parce que celle-ci est trop  rigide et pas assez proche des besoins des entreprises. 

Et c’est notamment sous l’angle des innovations pédagogiques que des officines patronales, des associations regroupées au sein de fondations privées ayant reçu l’agrément du ministère ou des recteurs, œuvrent dans des établissements ou des académies sous couvert d’expérimentation.

C’est le cas de l’association « Energie Jeunes » (1) qui déploie ses activités depuis plusieurs mois dans les collèges et lycées des Réseaux d’Education Prioritaire afin de « motiver les jeunes et  lutter contre le décrochage scolaire ». Mais qui sont les promoteurs de cette association de « bénévoles » ? Comment et par qui est-elle financée ?  Et quelles sont ses motivations réelles ?

Les documents publics que l’on peut trouver sur son site internet apportent déjà quelques réponses mais invitent également à approfondir bon nombre d’interrogations.

A l’origine de la création d’Energie Jeunes 

 

L’association a été créée en 2009 à l’initiative de Korda & Partners, cabinet de conseil en management et en pédagogie des adultes. Ce cabinet aide des entreprises comme Renault ou L’Oréal à développer les compétences et à accroître l’engagement de leurs salariés. Il crée notamment des outils de formation auprès de milliers de collaborateurs dans ces entreprises.

Son fondateur et dirigeant, Philippe Korda, est diplômé de Sciences Po Paris et titulaire d’une maîtrise en droit. Il est auteur ou coauteur de plusieurs ouvrages, dont L’entreprise réconciliée (Albin Michel, Prix FNAC-DCF 2008).  

 

L’idée qui a présidé à la création de cette association est d’exploiter l’expertise de formation habituellement réservée aux collaborateurs des grandes entreprises afin d’en faire bénéficier, bénévolement, des jeunes en milieu scolaire.

 

Son financement

 

Tous les intervenants sont bénévoles. Aucune rémunération n’est exigée des établissements scolaires.

Les dépenses de l’association sont principalement couvertes par des subventions accordées par des partenaires publics et privés.

 

Les principaux partenaires de l’association Energie Jeunes

 

Au-delà de Korda & Partners, on peut citer parmi les principaux soutiens la Fondation Manpower pour l’Emploi qui soutient des actions qui favorisent l’insertion professionnelle de jeunes en situation difficile. Cette Fondation s’engage dans des actions de mécénat destinées à des jeunes en situation de fragilité ou victimes de discrimination. Elle apporte son soutien à des associations qui développent des initiatives concrètes facilitant l’accès à l’emploi de ces jeunes, sur tout le territoire national. Elle encourage l’implication des collaborateurs permanents de Manpower qui, au titre du bénévolat ou du mécénat de compétences, sont volontaires pour intervenir sur certains projets. Mais également Coca-Cola France qui aide des enfants à réaliser leurs rêves. Militer pour l’insertion des jeunes, promouvoir la diversité à tous les niveaux font partie de ses engagements citoyens. Nous trouvons aussi l’association 100.000 Entrepreneurs qui a pour vocation de transmettre aux jeunes la culture d’entreprendre, en organisant des témoignages bénévoles d'entrepreneurs dans les établissements scolaires, de la 3ème à l'enseignement supérieur.

 

La culture de l’entreprise à l’école

Ainsi, pour faire face aux questions du décrochage scolaire et du manque de motivation de certains jeunes pour leur propre avenir à travers les apprentissages scolaires, les pratiques pédagogiques innovantes des bénévoles d’« Energie jeunes » sont empruntées très directement des méthodes de formation des salariés et de management qui sont celles des grandes groupes privés internationaux.

Elles illustrent la volonté patronale, à l’œuvre depuis plusieurs années, d’investir dans l’école les recettes de management propres aux entreprises pour développer les compétences et accroître l’engagement des salariés, c’est-à-dire leur compétitivité. Quelles soient adaptées aux élèves des collèges ou des lycées, l’histoire ne le dit pas mais cette offensive patronale rejoint la volonté des « réformateurs », candidats ou déjà ministres, de notre système scolaire à voir la culture d’entreprise y prendre de plus en plus de place. Au profit de qui ?

(1)     www.energiejeunes.fr

 

Pascal Langlois

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